CHAPITRE III
fusé à Sa Majesté les moyens d'entretenir une armée assez forte pour garantir le pays d'une invasion. Or, même les juges de paix, même les délégués et lieutenants des comtés, avaient fait du roi Jacques et du roi Louis un double épouvantai!, afin d'exciter le peuple contre des représentants honnêtes et économes. On passa d'aigres résolutions pour déclarer que la Chambre pensait que pour établir une confiance entière entre le roi et les États du royaume, il fallait llétrir ces mauvais conseillers qui osaient murmurer dans l'oreille du monarque des calomnies contre un Parlement fidèle. On vota une adresse dictée d'après ces résolutions. Plusieurs pensaient qu'une rupture violente devenait inévitable. Guillaume fit une réponse si remarquable de prudence et de courtoisie, que les plus malveillants renoncèrciit à prolonger la dispute ; mais déjà on en commençait une autre. L'adresse avait à peine été votée ([ue la Chambre demanda lés pièces relatives à l'expédition de Kidd. Somers, fort de son innocence, pensa (pi'il était aussi juste que sage de dévoiler toute la vérité. Ses amis l'entourèrent avec courage, et ses ennemis l'attaquèrent avec une fureur si aveugle qu'elle ne blessa qu'eux-mêmes. Howe rugissait comme un maniaque : « Que deviendra le pays, pillé sur terre, pillé sur mer? N'est-ce pas assez qu'on ait mis la main sur nos terres, nos bois, nos mines, notre argent? Nous n'avons pas les moyens d'expédier une cargaison aux extrémités de la terre, mais on trouve bien ceux d'y envoyer une bande de voleurs. » llarley et Sevmour essayèrent d'obtenir un vote de censure sans donner à la Chambre le temps de consulter les documents, mais
le sentiment fjénéral réclama un délai plus long. Enfin, le 6 décembre, une discussion s'ouvrit sur ce sujet dans un comité de la Chambre entière. Shower entreprit de prouver que les lettres patentes sur lesquelles Somers avait apposé le Grand Sceau étaient illéf,'ales. Cowper lui répondit, se fit applaudir, et il semble qu'il le réfuta complètement. Quelques-uns des orateurs tories avaient employé ce qui produisait alors un effet dramatique. Des hommes très-haut placés sans doute étaient intéressés dans cette affaire ; mais les Communes d'Angleterre devaient-elles redouter les gens haut placés? Ne flétriraient-elles pas la corruption et l'oppression dans les plus hautes sphères? Cowper répondit que bien qu'assurément la Chambre ne dût pas négliger son devoir par crainte d'hommes haut placés, la crainte cependant n'était pas la seule mauvaise passion à laquelle les hommes haut placés étaient exposés, et que les flatteurs qui se disputaient leurs faveurs ne valaient pas mieux que les calomniateurs envieux qui prenaient |)laisir à abaisser à leur propre niveau tout ce qui était cminent. Enfin, après un débat qui dura depuis l'aprèsmidi jusqu'à neuf heures du soir, et auquel les orateurs influents prirent tous part, le comité eut à voter sur cette question : que les lettres patentes délivrées à Kidd étaient déshonorantes pour le roi, contraires aux lois de la nation, préjudiciables à la propriété et au commerce. — Les ennemis du Chancelier conij)laient sur une victoire ; ils espéraient le forcer à déposer le Grand Sceau. Ils s'aperçurent bientôt qu'il eût mieux valu proposer une censure plus douce. IWaucoup de leurs partisans, convaincus par les arguments de Cow-