‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 122 sur 147 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

en comparaison des richesses dont quelques-uns de ses persécuteurs avaient été comblés par les deux derniers rois de la maison de Stuart. Il n'était pas facile de faire passer contre lui un vole de censure qui ne rejaillit avec plus de force encore sur deux générations de Granville, deux générations de Hyde, et deux générations de Finch. A la fin, un Tory ingénieux imagina un expédient qui permettait de frapper l'ennemi sans blesser les amis. Les dons de Charles et Jacques avaient été faits en temps de paix, tandis que le don de Guillaume à Somers avait eu lieu en temps de guerre. La haine saisit avec avidité cette distinction puérile. Une motion fut présentée, déclarant que tout ministre qui avait proposé, contre-signe ou accepté pour lui-même vme donation, pendant que la nation gémissait sous le poids des taxes de la dernière guerre, avait manqué à son devoir. Comme si la dépense qui est nécessaire pour assurer au pays une bonne administration de la justice devait être suspendue par la guerre, ou bien comme si ce n'était pas un crime de la part d'un gouvernement de gaspiller en temps de paix les ressources de l'Etat. La motion fut présentée par James Brydges, le fils aîné de lord Chandos, le James Brydges qui devint plus tard duc de Chandos, qui amassa une fortune colossale avec les taxes de guerre pour la gaspiller dans une ostentation sans agrément comme sans goût, et dont la vive et brillante satire de Pope nous a conservé le souvenir dans le personnage de Timon. On remarqua comme un fait extraordinaire que Brydges présenta et défendit sa motion uniquement comme étant l'affirmation d'une vérité abstraite et qu'il évita toute mention du Chancelier. Ce

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qui parut plus extraordinaire encore, c'est que Ilowc, dont toute l'éloquence consistait en personnalités blessantes, ne nomma personne dans celte circonstance et se contenta de déclamer en termes généraux contre la corruption et la prodigalité. 11 était clair que les ennemis de Somers étaient à la fois poussés par la haine et retenus par la crainte. Ils savaient qu'ils ne pouvaient l'aire voter une résolution qui le condamnât directement. Ils présentèrent donc adroitement une simple proposition théorique, dans l'espérance qu un grand nombre de membres consentiraient à l'approuver sans l'examiner de près. Mais des que la majeure aurait été admise, pensaient-ils, il ne serait pas diflicile d'établir la mineure, et il serait impossible d'éviter d'en venir à cette conclusion que Somers avait manqué à son devoir. Toutefois, une pareille tactique a très-rarement réussi dans les Parlements anglais. Car un peu de bons sens et un peu de hardiesse suffisent parfaitement pour la déjouer. Vi\ AVhig énergique, sirRowland Gwyn, déconcerta tout ce plan d'opérations. « Pourquoi cette réserve? » s'écria-t-il. « Chacun sait ce que vous pensez ; chacun sait que vous n'avez pas le courage de nonmier le* grand homme que vous cherchez à perdre. » — « Cela est faux ! » s'écria Brydges, et une vive altercation s'éleva ; mais on vit bientôt que l'innocence allait trionq)her de nouveau. Les deux partis semblèrent avoir changé de rôle pour un jour. Les amis du gouvernement qui, dans le Parlement, se montraient en général hunibles et timorés, élevèrent la voix, et ils parlèrent comme il convient de parler (juand on défend le génie et la vertu persécutés. Les mécontents, au contraire, si insolents

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