‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 123 sur 147 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

et si turbulents en général, semblèrent complètement intimidés. Ils s'abaissèrent jusqu'à protester — ce que personne ne pouvait croire — qu'ils n'avaient pas l'intention d'attaquer le chancelier et qu'ils avaient formulé leur résolution sans l'avoir aucunement en vue. Howe, de la bouche duquel il ne tombait guère que du fiel et du venin, alla jusqu'à dire : « Mylord Somers est un « homme d'un mérite éminent, d'un mérite si éminent « que, s'il avait fait une faute, nous fermerions les yeux « pour ne pas la voir. » A une heure avancée, la question fut posée et la motion fut rejetée par une majorité de cinquante voix dans une chambre de quatre cent dixneuf membres. Il y avait longtemps que l'assemblée n'avait été aussi nombreuse pour un vote.

L'insuccès ignominieux des attaques dirigées contre Somers et Burnet sembla prouver que l'humeur de la Chambre s'améliorait. Mais il ne faut jamais se fier à l'humeur d'une Chambre des communes qui n'a pas un ministère pour la guider. « Nul ne peut dire aujourd'hui, disait un politique expérimenté de ce temps, ce qui peut passer demain par la tête de la majorité. » Déjà il s'amassait un orage oij la constitution elle-même était en danger de périr, et auquel aucune des trois branches de la législature n'échappa sans un sérieux dommage.

La question des confiscations irlandaises avait été soulevée et passionnait étrangement les esprits dans le Parlement comme en dehors du Parlement. Les personnes sincères et intelligentes, quelque vénération qu'elles aient pour la mémoire de Guillaume, ne peuvent nier que dans son empressement à enrichir et à

élever ses amis personnels, il n'ait souvent oublié ce qu'il devait à sa propre réputation comme à l'intérêt public. Il est vrai qu'en donnant les vieux domaines de la couronne, il ne fit qu'user d'un droit qui lui appartenait et qu'avaient exercé tous ses prédécesseurs, et que l'opposition la plus factieuse ne pouvait annuler les dons de Guillaume sans annuler en môme temps les dons de ses oncles. Mais entre ces domaines et les propriétés récemment confisquées en Irlande, il y avait une distinction qui n'aurait pas été, il est vrai, reconnue par les juges, mais qui, pour une assemblée populaire, pouvait bien sembler avoir une baute importance. Dans l'année 1690, un bill avait été soumis au Parlement jiour appliquer les confiscations irlandaises au service public. Ce bill passa aux Communes, et il eût probablement passé de même à la Cbambre des lords, avec des amendements considérables, si le roi, qui était dans la nécessité d'assister au congrès de la Haye, n'eût mis fin à la session. En se séparant des Chambres à cette occasion, il leur donna l'assurance qu'il ne disposerait pas des propriétés à propos desquelles elles avaient délibéré, jusqu'à ce qu'elles eussent eu une autre occasion de régler cette affaire. Il avait, pensait-jl, rigoureusement tenu sa parole ; car il n'avait pas disposé de ces propriétés jus(|u'à ce que les Chambres, après s'être réiiuies à plusieurs reprises, se fussent séparées sans lui j)réscnter de bill à ce sujet. Elles avaient eu l'occasion qu'il leur avait donné l'assurance de leur fournir; elles avaient ou même plus d'une occasion de ce genre. La promesse (pi'il leur avait faite avait donc été auq)lcuïoul dégagée, et il ne concevait pas qu'il fût tenu do

Page 1