‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 108 sur 199 · SON EXTENSION EN ALLEMAGNE, POLOGNE, LIGUE HANSÉATIQUE. 5H · texte numérisé non relu

SON EXTENSION EN ALLEMAGNE, POLOGNE, LIGUE HANSÉATIQUE. 5H

d'une nation qui fournissait à peine à ses besoins , olles avaient abandonné nos ports. Elles y furent ramenées par le nouvel et prospère élat dans lequel Henri avait mis le royaume. La même année et un mois après qu'il eut rétabli complètement nos relations commerciales avec l'Espagne, au mois de noveml)re 1604 , il signa un traité de commerce avec la Ligue lianséatique, située à l'autre extrémité de l'Europe. On lit dans ce traité : «Les habitants des villes et cités de la nation et hanse Teutonique, dits Osterlins, pourront venir et fréquenter seurement etsau veulent en nostre royaulme, pays, terres et seigneuriesde nostre obéissance, traiïiquer avec nos subjets par terre et par mer, et ramener marchandises non prohibées ni deffendues, en payant et acquittant les droits et devoirs pour ce dus, ainsi qu'il appartiendra '. » Les villes de la Ligue hanséatique apportaient à la France les denrées dont elle manquait ou qu elle n'avait pas en assez grande abondance, tels que les produits des grandes et des petites pêcheries des mers du Nord, bois de construction pour les vaisseaux, goudron, potasse, cuirs et pelleteries du Nord, cuivre : elles les échangeaient contre nos vins, nos fruits, nos toiles, donnant ainsi un nouvel écoulement cà nos produits agricoles et manufacturiers, un nouvel aliment à notre commerce intérieur : en môme temps elles enrichissaient le trésor public par les droits de douane qu'elles acquittaient. y

Deux ans après, Henri frayait une nouvelle route à notre commerce, en établissant des rapports avec le Maroc. Par l'entremise du sieur Arnoult de l'Isle, il nouait des relations avec le souverain de ce pays, Muley Zeidan, recevait de ce prince des lettres et des avances dans le cours de l'année 1606, et y répondait de manière à pré-

1 Dumontj Corps diplomat., t. V, pari. H, p. 43.

51 '2 L. vil. en. VI. DANS LE MAnOC. RÉSULTATS DE LA POLITIQUE

parer un accueil amical à nos marchands, dans les régions placées à l'extrémité occidentale de l'Afrique'.

Si l'on veut joindre aux faits qui viennent d'être exposés quelques détails placés en tête de ce chapitre, on verra que ce gouvernement si plein d'intelligence et d'activité, si peu connu et si mal apprécié jusqu'à présent, pour ce qu'il a fait en faveur du commerce, avait rétabli, étendu, assuré nos rapports avec une partie de l'Allemagne, l'Angleterre, la Suisse, l'Italie, l'Espagne, l'Empire ottoman en Europe et en Asie, et qu'il les commençait avec l'Afrique.

Henri fut puissamment aidé dans cette tâche immense par ses secrétaires d'Etat Yilleroy et Sully, et par ses ambassadeurs qu'il avait choisis avec discernement, et qui partout firent preuve d'une habileté consommée. Il trouva la digne récompense de tant de travaux, dans le prodigieux accroissement des fortunes particulières et de la fortune publique, à la lin de son règne. Un historien contemporain qui a eu le mérite, rare alors en dehors du cercle des hommes politiques , de comprendre de c[uelle importance sont l'industrie et le commerce pour la prospérité et la grandeur des États, a signalé les résultats de l'administration du roi dans cette importante partie , en lui donnant le nom de grand économe, c'est-à-dire de prince profondément versé dans l'économie politique. Dans le tableau général que l'historien présente , il a su faire entrer des détails précis et techniques, au moyen desquels onremonte jusqu'aux sources fécondes qui venaient incessamment alimenter et grossir la fortune du pays. « Henri, dit-il, introduisit plusieurs manufactures d'im- » portance, en quoy il montra véritablement qu'il n'estoit

1 Bibliolli. irupér.. Ancien fonds français, u" 9,59 1/-2 (Baluze) folio 25, pages 49, 50 : « Trauslazt (traduction; de la lettre du roy de Maroc (à » Henri IV) de la part de Mulay-Zeidan, serviteur de Dieu, etc. »

KT DE l'ADMINISTHATION DU ROI riELATlVEMENT AU COMMEIICE. 513

» pas seulement grand guerrier et grand homme d'Estat, » mais aussi très-grand politique et œconome... Conser- » vant l'argent de la France, il tiroit l'argent des eslran- » gers par la vente des choses que la fertilité de la France » produit en plus grande abondance qu'il ne luy en faut )) pour ses besoins. Et da cet argent il se fortifioit contre )) les estrangers mesme. Car on ne voyoit en France que w pistoles, doubles ducats, ducatons d'Espagne; chevaliers » et albcrts des Pays-Bas ; jacobus, angelots et nobles » d'Angleterre; sequins de Pologne, ducats d'Allemagne, » dont les coffres du roy s'emplissoient, et les bourses des » particuliers en estoieut garnies ' . »

* Legraiu, Décade de Henri le Grand, liv. VIH^ p. 417, in-fol.

)U LIV. VII. Cil. VII. CONTENU DU ClIAriTRE.

Page 1