LIBERTE DU THÉATKE SOL'S CE KEO.NE
« toutes les plumes pour y respondre, et le peuple s'en )) repaist, sans qu'il y en ait davantage de bruit. Sa Ma- » jesté se soucioit peu de ces escrits : il soignoit du tout )) au bien, et à l'embellisseuient de sa ville de Paris'. » Le roi se souciait de ces ouvrages pour en tirer des vérités utiles, quand ils en contenaient; mais il ne les craignait pas, et c'est ce que veut dire l'annaliste. La même chronique consigne le fait suivant parmi ceux qui se rattachent à l'année 1G08 : « Un Gascon fut si téméraire » de faire imprimer sur les bords de la Garonne un petit » livret intitulé : La Justice aux pieds du roy : sa plume, » trop mal taillée contre l'honneur de son souverain , » méritoit d'estre rognée-. » l^^Ue ne le fut pas, et le principe de la liberté d'écrire fut respecté, au milieu des écarts qui la faisaient dégénérer un moment en licence. Cette licence, du reste, fut repoussée par le bon sens public, à défaut du gouvernement; en effet, l'écrit de l'auteur gascon trouva de nombreuses réfutations.
Henri n'imposa pas plus d'entraves au théâtre qu'à la presse. On l'accusait, comme Louis XII, d'avarice, parce qu'il mettait de la mesure et du discernement dans les gratifications et pensions, du reste, fort nombreuses, qu'il accordait ; et parce qu'il employait la plus grande partie de l'argent du peuple à améliorer les divers services publics, au lieu de satisfaire les insatiables exigences de quelques grands. Les propos de courtisans avides passèrent de l'antichambre du roi sur le théâtre. En 1607, on donna à l'hôtel de Bourgogne, une farce très-bouffonne où on le taxait de penchant à l'avarice. Les financiers jouaient dans la pièce un rôle qui n'était pas à leur honneur; ils tirent mettre les comédiens en prison. Le roi ordonna qu'on les relâchât. Il s'en reposait avec raison
' Mercure françois, année 1607, fol. 227 recto et verso. 2 Mercure françois, année 1608, fol. 313 recto.
808 I.. vil. CII. VIII. CONSÉQUENCES DE CES ENCOURAGEMENTS.
sur l'évitlence et sur le bon sens du peuple pour faire justice des accusations qui le concernaient: il jugeait c|ue les immenses travaux d'utilité et de décoration publiques qui avaient été exécutés sous son règne, et qui l'avaient trouvé toujours si généreux, réfuteraient victorieusement les reproches de parcimonie dirigés contre lui par les auteurs de la comédie. Quant aux financiers, il se servait contre eux des traits acérés du théâtre, comme d'un gai et puissant supplément aux pénalités de la loi, à la sévère surveillance de son gouvernement, à l'établissement des chambres de justice instituées contre eux.
Les lettres et les sciences avaient besoin, pour grandir, de ce patronage de la royauté, jusqu'à ce que la nation fût assez éclairée pour le prendre elle-même, avec la conscience que sa prospérité matérielle, aussi bien que sa gloire, étaient attachées à leur développement. Après tant d'encouragements que Henri avait prodigués aux lettres et aux sciences, après tant de liberté qu'il leur avait accordée, il eût été bien malheureux s'il ne les avait pas vues répondre à ce qu'il faisait si généreusement pour elles. Il n'eut ni ce cruel désappointement, ni ce déplaisir ; elles prirent sous ce règne un grand et remarquable essor.