PRÉFACE. XIX
qui s’élait passé en Europe jusqu'aux dernières années du xvi° siècle, la cause dominante des maux qui pesaient alors sur l'humanité.
Si après s'être rendu compte de la situation générale de l’Europe, on cherche quelle était la situation particulière et intérieure de la France, voici ce que l’on trouve en examinant successivement l’état des pouvoirs publics et des partis; l’état du peuple dans son agriculture, son commerce, ses finances ; l’état du pays dans ses rapports avec l’étranger.
Sous Henri IT, la royauté, haïe pour le détestable gouvernement qu’elle avait donné à la France, méprisée pour sa faiblesse, dégradée par les vices honteux du prince, n’était plus obéie que de la moindre partie de la nation, laquelle avait le bon sens de tout préférer à la guerre civile, et qui se composait de six mille nobles sur huit iles de la minorité des magistrats, d’un certain nombre de villes, mais la plupart secondaires, enfin de quelques portions de la population des campagnes. La royauté ne conservait alors plus que des débris du pouvoir royal. Les princes lorrains s'étaient saisis d’une part de la souveraineté, et cherchaient à s’en approprier le reste, projetant d’usurper la couronne sur le dermer des Valois et sur la maison de Bourbon tout ensemble. Mais ce dessein, qui n'avait que de médiocres chances de succès, contre les compétiteurs nationaux, et surtout contre le compétiteur étranger Philippe IT, même avec le duc de Guise, dominant et entraînant tout dans son part, n’en conservait plus aucunes avec Mayenne; et les Guises n'avaient pris de la prérogative brisée que juste autant de parties qu’il était nécessaire pour “soutenir la rébellion, perpétuer l’anarchie, et ajouter prodigieusement aux désastres publics. Le traité de la trêve, conelu au mois d'avril 1589, avait bien rapproché Henri de Bour- . bon de Henri IE, confondu l'intérêt des deux princes, rendu à la couronne une force qu’elle n'avait plus depuis longtemps. Mais Henri [If avait été frappé à mort, avant que rien de décisif eût été fait contre la révolte et pour la pacification de l'État. Henri IV, que la loi fondamentale appelait à régner après lui, était dé toute nécessité un souverain contesté pour longtemps. En effet son pouvoir était affaibli dans son essence