CHAPITRE V
Intérieur de la Ligue (septembre 1589 — janvier 1590).
Les Seize portent leur nombre à quinze mille. —- Ils envahissent le Parlement, et le réduisent à l’impuissance. Ils assassinent et volent les citoyens. — Les Seize et les autres partisans de l’Espagne ressaisissent la majorité dans le conseil de l'Union, et se préparent à établir la toute-puissance de Philippe Il. — Mayenne, pour déjouer leurs projets, fait faire une reconnaissance solennelle de la royauté de Charles X, et se fait maintenir dans la lieutenance-générale : la Ligue fran- caise accueille avec faveur cette combinaison. — Les Ligueurs espagnols proposent dans le conseil de l’Union le protectorat de Philippe IT: les partisans de la Ligue française et de la maison de Guise combattent cette proposition : insistance et menaces des Ligueurs espagnols. — Mayenne casse le conseil de l'Union : les partisans de l'Espagne cessent d’être un pouvoir, et ne sont plus qu’un parti. — Compromis entre Mayenne et la Ligue francaise, — Villeroy apprécie l’insuffisance de la royauté du cardinal de Bourbon, en présence des projets de Philippe Il. Il publie £’ Advis d’Etat. Il réclame la couronne pour les princes auxquels elle appartient légitimement. [l propose à la Ligue française et à Mayenne de reconnaître Henri IV, s’il consent à abjurer, et à son défaut un prince de la maison de Bourbon. — L’idée que Henri IV n’est pas incapable de régner s’il abjure, qu'on peut communiquer et traiter avec lui, s'établit dès lors, pour se développer fortement dans la suite.
Dans le temps même que l’autorité du roi s’étendait ainsi chaque jour sur quelque nouvelle partie du territoire, et à quelque classe de citoyens, l’intérieur de la Ligue était agité par de violents conflits entre les diverses factions qui la composaient. Les revers d’Arques avaient infiniment diminué les forces matérielles et la réputation de Mayenne. Les Seize le jugèrent assez affaibli pour qu'il füt incapable de défendre l’ordre public contre leurs fureurs. Les partisans que l'argent et les promesses, ou l’égarement du zèle religieux, avaient faits à l’Espagne, imaginèrent de leur côté que le moment était venu de remplacer l'autorité du lieutenant-général par l’usurpation de Philippe I.
Pendant le mois de septembre et le commencement du mois d'octobre 1589, en l’absence de Mayenne, les Seize