LIV.I. CH. V. ILS ENVAHISSENT ET. ASSERVISSENT LE PARLEMENT
avaient donné de vastes développements à leur confrérie, et avaient porté leur nombre, qui d’abord n'excédait pas quatre mille, à quinze mille. Ïls s'étaient assuré une partie de la populace en lui promettant le pillage. Mais parmi les sicaires qu'ils avaient recrutés, 1l ne faut pas ranger du tout le peuple des halles : c’est une erreur grave, consignée dans quelques histoires récentes de la Ligue et du règne de Henri IV, qu'il importe de rectifier. Ces citoyens, d’un rang inférieur, mais d’un cœur droit et honnête, dirigés par leur curé Benoist, qu’on nommait le- pape des halles, tinrent constamment pour le parti de l’ordre et de l’indépendance nationale, pour la Ligue française d’abord, pour le parti royal ensuite !. Après avoir cherché des complices dans la plus basse populace, les Seize avaient encore gagné quelques compagnies de la milice bourgeoise, et les avaient: jointes aux gens sans aveu qu’ils tenaient armés et prêts à tout depuis les bar— ricades. Ces préparatifs terminés, ces forces rassemblées, ils profitèrent d’une excursion faite à Etampes par de Fosne, que Mayenne avait laissé comme gouverneur à Paris, pour se ruer sur la société civile et s’en rendre maîtres par une soudaine attaque. Le 21 octobre, Lachapelle-Marteau, prévôt des marchands, à la tête d’un certain nombre de bourgeois armés, et Bussi-Leclerc avec ses satellites, envahirent le Palais de justice. L’épée sur la gorge, ils contraignirent le Parlement à absoudre en appel et à mettre en liberté un sergent des Seize, con-— damné précédemment pour excès commis contre plusieurs habitants, et pour violences envers un conseiller du parlement dans l’exercice de ses fonctions. Quand ils eurent réduit ainsi la loi et le magistrat à une complète impuissance devant la force, ils assassinèrent et dépouil-
1 Lestoile, Regist.-Journ. de Henri IV, p. 27 B à la fin. — P. Cayet, |. 11, p. 333. — D’Aubigné, t. 1, 1. T1, c. 20.