PRÉFACE. XXI
cette cour, élaient restés fidèles aux intérêts de la couronne. Mais la minorité de ce Parlement demeurée à Paris, et la très grande majorité dans les Parlements de province, étaient hostiles à la royauté. Les Guises avaient peuplé les Cours souveraines de leurs créatures, qui, soit par reconnaissance, soit par l'espoir d’un grand avancement, favorisaient leur usurpation. Les Parlements, réduits depuis Charles IX à n'être que des cours de justice, s’indignaient de ce qu’ils considéraient comme une dégradation, et avaient l’ambition de Joindre le pouvoir politique au pouvoir judiciaire. Enfin la magistrature, qui, dès le principe, avait montré une intolérance passionnée contre la Réforme, voyait succéder à Henri IF, qu’elle accusait de mollesse contre l’hérésie, un prince hérétique. Sous l’influence de ces mobiles divers, les Parlements poussaient à la révolte et à la subversion de l’État.
Les Etats-généraux, qui en exigeant de justes réformes, mais en se rangeant du côté de la royauté, en lui apportant la force de la nation qu'ils représentaient, auraient mis à ses pieds tous ces fanatiques et tous ces ambitieux, dans leurs deux sessions à Blois, en 1576 et 1588, s'étaient signalés par leur esprit de faction, par leurs attaques contre le trône, et avaient porté le désordre au comble.
De quelque côté que la nation se tournût, elle ne trouvait donc que des pouvoirs, l’un insuffisant, tous les autres trahissant leurs devoirs et ses besoins; et comme après tout c’étaient les pouvoirs, et les pouvoirs seuls, soit monarchique, soit aristocratique, soit parlementaire, soit représentatif, qui pouvaient mettre fin aux désordres et aux désastres du pays, la dégradation de ces pouvoirs était la plus profonde des plaies, le plus grand des malheurs publics.
Chacun des vices, chacun des désordres de l’état politique et religieux de la France avait eu son contre-coup dans l’état administratif et la situation matérielle du pays. En 1589, après vingt-sept ans de troubles et huit guerres civiles conduites par des chefs tels que Montluc et le baron des Adrets, faites par des soldats nationaux qui étaient des brigands, par des soldats étrangers qui étaient des cannibales, et le terme ne paraîtra que juste à ceux qui liront les détails fournis par d’Au-