XXII PRÉFACE
bigné sur les Argoulets, deux cent cinquante villages avaient été dévorés par le feu, cent vingt-huit mille maisons avaient été détruites, la population avait été exterminée, l’agriculture avait péri dans plus du tiers des campagnes. Les villes, malgré des désastres partiels, avaient moins souflert en général : les personnes et les biens de leurs habitants avaient été mieux respectés. Mais on peut imaginer quel était l’état de leur industrie et de leur commerce, quand on voit chez les contemporains que, dans presque toutes les localités, le marchand ne pouvait faire deux lieues sans être rançonné par les péages que les tyrannies locales avaient établis sur les rivières, et sans s’exposer à être dépouillé s’il voyageait par terre. Les finances avaient suivi la progression de la décadence de l’agriculture et du commerce. A la fin du règne de Henri IT, la dette publique était montée à 245 millions, environ un milliard d'aujourd'hui, somme prodigieuse pour le temps et écrasante pour le gouvernement. En effet, comme les revenus n’étaient que de 31 millions, et comme l'intérêt de la rente était communément de huit pour cent, il en résultait que près de la moitié de l'argent levé sur le peuple, et destiné à défrayer tous les services publies, était absorbée par les arrérages de la dette. Ce n’était là ni le seul ni le plus grand mal. Les finances étaient admimistrées avec tant.de désordre, le produit des impôts si fort diminué par les concussions, que l’Epargne ou Trésor public n’en percevait que la plus faible partie. Il résultait de là qu'à tout instant le gouvernement se trouvait dans l'impossibilité de faire face à ses engagements ou aux plus indispensables dépenses. En 1581, il avait cessé d’acquitter les rentes sur l’hôtel de ville de Paris, et fait banqueroute aux créanciers de l'Etat : en 1589, il ne pouvait plus payer les armées nécessaires à sa défense et au maintien de la paix publique; les Suisses et les Allemands, que Henri IIT conduisait contre la Ligue et contre Paris révolté, étaient soldés en partie des deniers particuliers de Sancy, en partie au moyen des expédients qu'il avait imaginés pour les satisfaire.
Cette misère de notre état intérieur nous créait de formidables dangers au dehors : Philippe IT projetait et préparait notre asservissement. Les Guises, qui se faisaient aider par lui