LES LIGUEURS VAINCUS PARTOUT EN MÈME TEMPS QU'A IVRY
dispensables pour décider la victoire au centre : il fallait des prodiges de valeur pour surmonter le nombre, et Henri ne pouvait les provoquer chez ses soldats, qu’en en donnant l’exemple. Ce qui achève de rendre Henri IV admirable à Ivry, c’est qu’il subordonna les actes du général à la politique du souverain, dans ses rapports avec ses sujets comme avec les nations étrangères ; que par sa conduite, 1l prépara l’apaisement des partis, dont les fureurs déchiraient la France et avaient attaqué les principes de sa force et de sa vie même ; que par dessus tout, 1l inaugura le règne de la clémence et de l'humanité dans un pays qui, depuis trente ans, ne connaissait que la guerre civile et les proscriptions. Et tous ces actes sont précédés ou accompagnés de paroles, les unes partant du cœur, et dont le cœur se souviendra éternellement ; les autres, selon la remarque de Pasquier, le disputant en élévation héroïque aux plus beaux mots des anciens guerriers de la Grèce et de Rome.
A peine Henri avait cessé la poursuite des Ligueurs, qu’il annonçait sa victoire à ses serviteurs dans les pro— virices. Il écrivait à François de Chabannes, marquis de Curton, l’un de ses partisans les plus dévoués et les plus intelligents en Auvergne : « Curton, je viens de battre » mes ennemys dans la plaine d’Ivry. Je ne tarde pas à » te l'écrire, persuadé que personne n’en recevra la nou- » velle avec plus de plaisir que toy. Ce 14° mars, à 9 » heures du soir, » Le même jour, et à la même heure, Curton adressait au roi la dépêche suivante : «Je viens » de battre vos ennemis dans la plaine d'Issoire. Le » comte de Randan qui les commandoit, vient de mourir » de ses blessures. Mon fils a été aussi blessé, mais J’es- » père qu'il n’en mourra pas. Rastignac, Lavedan, Cha- » zeron, ont faict des merveilles. J’enverray demain un » plus long détail à vostre majesté. Ce 14e mars 1590, à