DÉTRESSE DE PARIS LORS DE LA BATAILLE D'IVRY
impostures et la nouvelle de victoiresimaginaires,eussent soutenu le courage des bourgeois, bientôt la vérité se fit jour, le grand désastre d’Ivry fut connu, et l’abattement le plus profond succéda à la confiance. Il ne restait à Paris qu’un canon dont on püt se servir ; les murs étaient si délabrés que, dans plusieurs endroits, on montait et on descendait sans difficulté; les habitants n'avaient pas de vivres pour quinze jours ‘. D’un autre côté la détresse et l'abandon de Mayenne, nous venons-de le voir, furent extrèmes ; les Ligueurs des provinces, sans cesse vaincus depuis le 14 mars jusqu’au commencement d’avril, tombèrent dans un découragement égal à leur impuissance de secourir le due et Paris; enfin les armées d’Espagne se firent attendre cinq mois.
Mais toutes ces chances de succès pour Henri furent ruinées par les trahisons auxquelles il commenca dès lors à être en butte dans son parti, et qui désormais s’enchainèrent les unes aux autres. Les catholiques ardents qui ne voulaient pas d’un roi huguenot, les grands se1eneurs qui poursuivalent l’abaissement de la royauté et la renaissance du système féodal, traversèrent désormais sa fortune autant que les armes de Mayenne et l’effort de l'Espagne. Mézeray témoigne qu'après la prise de Mantes, Henri proposa à son Conseil de mener sans retard l’armée devant Paris, de suivre de près la terreur que les fuyards avaient jetée dans cette grande ville, de profiter de l’abattement momentané des Seize, de l’assurance que la victoire donnait aux partisans de la cause royale. Le vieux Biron usa de son ascendant sans bornes sur le Conseil, dont il était alors le chef, pour faire rejeter cet
1 Discours bref et véritable des choses mémorables etc. par le ligueur P. Cornéio, témoin oculaire, dans les Mém. de la Ligue, t. IV, p. 277. — Davila, 1. x1, t. 111, p. #9. — M. Labitte, les prédicateurs de la Ligue, $ 4, p. 112 et suiv.