XXX PRÉFACE
les opérations s’enchaînent et se prolongent, et les gentilshommes servant à leurs frais, ce service gratuit est de toute nécessité irrégulier et court. La noblesse ne peut donc rien décider ni contre les factions intérieures, n1 contre l'étranger. Mais elle paraît à tous les champs de bataille et à tous les siéges, depuis Arques et [vry, où elle est de moitié dans les défaites de l’armée de la Ligue, jusqu’à Fontaine-Française et à l’attaque des lignes d'Amiens, où elle repousse presque seule l'Espagnol du territoire. Elle ne peut faire triompher la royauté, mais elle la soutient et la perpétue; et sans l'autorité royale, il n’y a actuellement pour le pays qu'anarchie ou domination étrangère : elle ne peut élever le trône sur les débris des factions et de la puissance de Philippe IT, mais elle y place une dynastie qui doit donner à la France Henri IV et Louis XIV, avec Richelieu pour intermédiaire. Nous avons dressé, et placé parmi les Documents historiques, la liste de ceux qui ont pris une part active aux événements militaires de cette héroïque époque. C’est le registre d'honneur, et en quelque sorte le livre d’or de la France : on y trouvera inscrits les noms de tous ceux qui ont bien mérité de la patrie ; tous les dévouements y reçoivent leur consécration.
Dans une solennelle circonstance, à l’ouverture de l’assemblée des Notables réunis à Rouen, Henri IV, rappelant les moyens que la Providence lui avait donnés de sauver le pays de la perte, signalait, outre l'épée de sa brave et généreuse noblesse, «les prières et les bons conseils de ses serviteurs, » qui ne faisoient profession des armes. » Ces serviteurs étrangers à la profession des armes, élaient dans l’ordre laïque les Politiques ; dans l’ordre ecclésiastique, les prélats du Clergé sallican restés fidèles à ses anciennes doctrines. Bien que les gentilshommes suivant le drapeau de Henri fussent des poli tiques, on a particulièrement affecté cette dénomination aux magistrats et aux bourgeois prononcés" pour le roi dans les villes royales, et même dans quelques villes soumises à la Ligue. Les magistrats politiques sont les deux cents membres du Parlement, et des autres cours souveraines, transférés à Tours, qui ont pour représentants Achille de Harlay, La Guesle, d’Espesses, Servin, de Thou, Pasquier, Fauchet. Ce sont dans