LIV. 11. CH. I. CONSÉQUENCES DE LA DÉLIVRANCE DE PARIS
avantage décisif sur les Ligueurs et sur les Espagnols:
Paris manqué et l’armée royale dissipée, la Ligue se trouvait remise sur pied, l'établissement de l’autorité de Henri ajourné d’une manière indéfinie, la France rejetée dans les dangers d’une guerre civile et d’une guerre étrangère à la fois, où son indépendance, son existence même étaient mises en jeu. Au milieu de l’irrémédiable affaiblissement, résultant pour elle de cette double lutte, Ph1lippe IT pouvait, sans trop de témérité, tenter de la subjuguer et de la réduire en province espagnole. Déjà 1l entamait son territoire à l’ouest et au midi, tandis que son lieutenant Farnèse promenait une armée espagnole du nord jusqu’au cœur du royaume, reconnaissait et marquait les provinces pour la conquête.
Dès la fin du mois de mars, tous les chefs des rebelles voyant la force militaire de la Ligue détruite par les dé— faites d’Ivry et d’Issoire s’étaient, à l’exemple de Mayenne, tournés vers l'Espagne, pour soutenir leur parti et leur misérable autorité. Philippe IT s’était hâté d'entrer dans le royaume par toutes les portes qui lui étaient ouvertes. Sur Ja demande de Joyeuse et des Etats de la Ligue, assemblés à Lavaur, lesquels dominaient à Toulouse et dans le Languedoc occidental, six mille espagnols et wallons avaient envahi le Languedoc et pris dix-neuf petites places. Montmorency, le gouverneur royal de la province, manquant de forces suffisantes, n’avait pu ni les combattre ni arrêter leurs progrès (avril-septembre 1590). Les maladies contagieuses avaient emporté la moitié de ces étrangers; mais ils restaient assez nombreux pour former à Philippe IT un établissement dans le pays, et pour favoriser la descente des corps de troupes qu'il enverrait plus tard !.
En Bretagne, Mercœur, parent de Mayenne, pressé par
1 D. Vaissette, Histoire gén. de Languedoc, 1. XL, t. v, p. 448, 449.