PROVOCATION À UN SOULÈVEMENT GÉNÉRAL
qu'un guet-apens. Aucun corps, aucune partie considérable de la force armée que Paris renfermait alors n’y avait Concouru. Sur les quarante mille hommes que comptait la garde bourgeoise, les chefs des Seize n’avalent été aidés que par trois cents sicaires, appartenant à quelques compagnies dont ils étaient capitaines ou lieutenants, et recrutés parmi les hommes les plus vils et les plus scélérats. La garnison espagnole était restée dans ses quartiers. Ce n’était pas avec une poignée de brigands que les Seize pouvaient dominer Paris, et y établir la royauté de Philippe IT. Aussi essayèrent-ils de se donner une force véritable, en excitant une insurrection générale parmi le peuple et en formant une armée, et s’ils ne parvenaient à entrainer à eux par leur victoire la garde bourgeoise, en la réduisant à l’impuissance sous l’eftort de masses.
Quand le jour fut venu, la foule s’assembla sur la place de la Grève pour voir le nouveau et horrible spectacle que lui donnaient les chefs des Seize. Bussy, après avoir répandu ses complices parmi la multitude, se mit en devoir de l’ameuter. Il leur dit que les trois suppliciés étaient des Politiques et des traîtres qui avaient vendu la ville à l’hérétique, et lui avaient déjà livré la porte Bussy. Il ajouta que s’ils voulaient le suivre, le soir ce serait fait de tous les mauvais citoyens, et que Paris serait net de traitres, qu'il en avait la liste, et qu’il connaissait les maisons où ils auraient du bien à bon marché; qu’enfin s'ils ne prévenaient leurs ennemis, leurs ennemis leur couperaient la gorge. Les affidés de Bussy répétaient partout les mêmes discours : tous ensemble épuisaient auprès de la multitude ce qu’ils jugeaient le plus propre à l’émouvoir au sang et au pillage, et à déterminer une sédition.
Mais ce jour, le peuple fut divinement éclairé par le