LIV. II. CH. III. LA RUSE DE LA PROPOSITION DÉVOILÉE
eurent lieu du 22 au 26 juin. La Chastre et Villeroy la combattirent avec énergie et avec une profonde intelligence. Les Espagnols, disaient-1ils, demandent pour l’Infante une élection et une royauté présentes, et n’offrent qu'un mariage futur. Quand les États auront fait l’élection et déféré la souveraineté à la fille du roi d’Espagne, sous la condition du mariage, les Espagnols trouveront facilement, dans les deux mois qui suivront, l’occasion de changer ou d’ôter tout-à-fait la condition. Les États seront alors séparés ; 1ls ne pourront défendre leur déeision, obtenir une exécution conforme à leur vœu et à leur vote : conséquemment l’Infante jouira seule du bénéfice de l'élection, et ne contractera pas le mariage promis. Cependant la Ligue, par le fait de l'élection, se sera rendue irréconciliable avec le roi de Navarre, les autres princes du sang, tout le parti royal, et perdra tous ses autres moyens de salut. Dès-lors les Ligueurs tomberont à la merei des Espagnols, qui ne les traiteront plusenamis, mais en esclaves. La Chastre demandait que, si l’on voulait entrer dans cette voie, on contraignit du moins les Espagnols à nommer sur-le-champ le prince qu’ils choisiraient pour mari à l’Infante ; qu’en même temps on exigeàt d'eux une armée et des sommes sullisantes pour appuyer l’élection et protéger la Ligue. Il ne s’en tint pas là : 1l rappela à l'assemblée que, quand mème elle obtiendrait ces concessions, elle violeraitencore la loi Salique et les coutumes du royaume, et 1l posa courageusement la question si la Ligue ne trouverait pas plus de sûreté et d'honneur à traiter avec le roi de Navarre, dans le cas où il se ferait catholique. Les députés royaux à la Conférence de Surène essayerent, de leur côté, de traverser l'élection, en - écrivant aux Ligueurs une lettre éloquente dans laquelle ils leur démontraient que cette fatale résolution donnerait un nouvel aliment aux troubles, ouvrirait une nou-