LA LIGUE ESPAGNOLE ATTAQUE ET ÉBRANLE MAYENNE
» que les autres. N'attendez donc pas les effets de leur » désespoir : vous êtes trop foible pour l'empêcher, et il » est déjà trop avant pour être retenu par douceur et par » art. Vous l’éprouverez et connaïtrez, Monseigneur , et » Dieu veuille que ce ne soit trop tard pour son service et » pour votre service particulier !. » La Chastre écrivait à Mayenne, lui adressait des déclarations non moins ex-
plicites, non moins franches, tandis que la trève durait encore ?,
Les faits parlaient plus haut que les avertissements de ces sincères amis. Tandis que la Ligue francaise se disposait à l’abandonner, la Ligue espagnole, malgré le pacte secret du 23 juillet, lui faisait une guerre acharnée. Pendant toute la trêve, les Seize et les prédicateurs s’efforcèrent de le perdre dans son propre parti, de le renverser, d'élever sur ses ruines l’Infante et le duc de Guise. Dès les premiers jours d’août, les prédicateurs se déchai-
1 La lettre de Villeroy se trouve à la suite de ses Mémoires d’État, t. x1 de la collection Michaud, p. 254, 255. Cette lettre est du 2 janvier 1594, après le moment où Villeroy s’est séparé de Mayenne. Mais on voit qu’elle n’est que la reproduction par écrit des principal®s raisons alléguées de vive voix par Villeroy, durant la trève , pour décider Mayenne à la paix. (Villeroy, Apol. et Disc., t. XI, p. 214-216, 219 A.)
2 La lettre de la Chastre à Mayenne se trouve dans les Mémoires de Nevers, t. 11, in-folio, p. 704-706. Cette lettre, très pressante, est antérieure à la fin de la trève. « En ce qui est de mon particulier et de » mon devoir, vous m'y trouverez toujours tel, et vous vous sou- » viendrez que je vous ai plusieurs fois discouru de ce qui pourroit » arriver à la fin de la trève, si auparavant icelle vous ne prenez » quelque résolution. Je crois que ce n’est pas en cette ville seule » qu'il se trouve la plupart du peuple qui désire ardemment le » repos... Pour Dieu, Monseigneur, pensez à vous, à la religion, à » l'Etat, à votre maison et famille, et n’assujettissez ces choses pré- » cieuses sous la domination d'autrui» Les ministres de Philippe IL, à Paris, pouvaient bien accuser La Chastre, Vitry, Villeroy, de trahison quand ils abandonnaient Mayenne; mais les historiens français tout récents, entre autres M. Sismondi, t. XXI, p. 242, qui répètent ces imputations et taxent les ligueurs français de perfidie, n’ont pu le faire que par une complète ignorance des pièces qu’on vient de lire.
498 LIV. IV. CH. 1. CONFÉRENCES D'ANDRÉSY ET DE MILLY. nèrent contre son hypocrisie et son ambition, et ne discontinuèrent plus leurs attaques. Au mois de septembre, les Seize, s’unissant aux Jésuites, complotèrent contre son autorité. Au mois de décembre, ils portèrent les coups les plus sensibles à sa considération-et à son autorité, en publiant un pamphlet intitulé le Dialoque du Manant et du Maheustre, où il était plus cruellement déchiré que dans la Ménippée elle-même. Presque destitué déjà de la force matérielle, il perdit alors tout appui dans l’opinion publique, et ne conserva plus que de misérables restes de son ancienne puissance. Les prédicateurs provoquèrent les assassins à le frapper : ils le comparèrent à Églon, le qualifièrent en propres termes de gros pourceau, gorgé de bons morceaux et de délices, et aber te lui, aussi bien que contre le roi, le glaive d’un Ahod !. Évidemment la main de Philipue I était derrière toutes ces attaques : 1l les provoquait ou les autori— sait. Son dessein était de ramener Mayenne aux conditions qu'il avait souscrites un moment les 9 et 10 juillet ; de le contraindre à se contenter pour prix des hostilités contre Henri de quelques provinces détachées de la monarchie; d’affaiblir incessamment le due jusqu’à ce qu'il l’eût amené à renoncer à la lieutenance-générale et à toute participation au gouvernement de ’ État, en laissant la souveraineté entière à l’Infante et à os que Phi- Hippe ÎT Tu choisirait.
Les attaques de ses ennemis, les déterminations des
1 Lestoile, à la date du 1° août 1593, p. 168 B., à celle du 10 août, p. 169 B. «Le due de Mayenne dit au légat que s’il ne lui faisoit raison » des prédicateurs, il savoit bien le moyen de se la faire faire. Sur quoi » le légat les manda pour leur dire qu'ils eussent à prescher plus mo- » destement. Dont ils firent si peu de compte qu’on ne les ouït jamais » prescher plus séditieusement. » — Au 1% septembre, p. 174 B. — Aux 9, 10, 12, 13, 19 décembre, p. 182-184. — P. Cayet, L. v, p. 532. Le Dialogue du Manant et du Maheustre, dans les preuves de la Satire Ménippée, t. 111, p. 367-586.
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