MESURES DE SURETÉ PUBLIQUE PRISES POUR LYON
l'autorité du ro1. On fit une assemblée de bourgeois : à la requête et sur l’instante demande des assistants, les sept échevins ligueurs furent destitués de leurs charges et remplacés par des citoyens sur le dévouement et la probité desquels on pouvait compter !. Les capitaines suspects de la garde bourgeoise furent également démis. Les bourgeois assemblés, les nouveaux échevins, les nouveaux capitaines prêtèrent avec enthousiasme serment de fidélité au roi. Les écharpes rouges, l’efligie de la Ligue sous forme de sorcière, les armes d’Espagne, de Savoie, du duc de Nemours, furent brülées par la main du bourreau. On destitua quatre des principaux ofliciers de la justice, le lieutenant criminel, le lieutenant particulier, deux conseillers au présidial, ainsi que quatre ofliciers des finances, quatre trésoriers. On bannit pour un temps de la ville les échevins, les magistrats, les officiers des finances privés de leurs charges, un gentilhomme et quelques bourgeois. Ils étaient connus et notés les uns pour leur conduite factieuse et leur dévouement à la Ligue et à Mayenne ; les autres pour leur attachement aux Espagnols, auxquels ils avaient voulu livrer la ville; les autres pour l'appui qu’ils avaient prêté au duc de Nemours dans sa tentative d’asservir Lyon, et pour la spoliation de leurs concitoyens, «insignes traîtres, dit l’un des bourgeois, » qui de pauvres et affamés qu’ils étoient, étoient devenus » riches par leurs praticques et voleries. » Les Lyonnais
1 Les sept échevins démis étaient Turry, Regnard, Pousson, Bernard, Gella, Noirat de Berny, et du Rubis. Ce dernier, longtemps conseiller au siége présidial, et procureur de la Maison de Ville, avait, par ses factieux écrits et par sa conduite, contribué plus que personne à la révolte contre Henri If et Henri IV : ses compatriotes l’appelaient le flambeau, la torche incendiaire de Lyon. Quinze ans plus tard, il publia une histoire de Lyon, où il reconnut ses erreurs, le danger de ses doctrines. Les échevins élus à la place des destitués étaient de Combelande, de Montmartin, Henri, Pelletier, du Laurens, Poullalion, Mornieu,
514 LIV. VI. CH. il. MODÉRATION DE LA RÉVOLUTION LYONNAISE.
continuèrent à garder avec soin le duc de Nemours, pour que le roi püt en ordonner dans l'intérêt de la süreté et de la paix publique. L’archevèque d’Espinac voulait quitter leur ville : ils le retinrent jusqu’à ce que le nouvel état de choses fût bien affermi, craignant les mouvements qu’il pouvait provoquer autour de Lyon, les ennemis qu’il pouvait leur susciter. Enfin les Lyonnais, plus prudents et mieux avisés que les bourgeois d’autres grandes communes, demandèrent et obtinrent du roi qu’il leur donnât une garnison de six cents Suisses, pour les garantir contre les ennemis du dehors, quoique cela fût contraire à leurs priviléges municipaux.
Telle fut la succession des événements par suite desquels les bourgeois de la seconde ville de France rentrèrent sous l’obéissance du roi, se rattachèrent à la cause nationale et au corps de la monarchie. Toute révolution inspirée par des mobiles généreux, reste noble, pure d’excès, pour peu que les honnêtes gens se mêlent de la conduire. Dès le lendemain de celle de Lyon, Pordrele plus parfait était rétabli dans la ville. Quoique les habitants eussent à exercer de justes vengeances et le terrible droit de la guerre de ce temps là ; quoiqu'ils tinssent à leur entière discrétion, les partisans de l'Espagne et les traîtres à la France, les ministres et les sicaires du duc de Nemours, qui avaient injustement fait exécuter par les bourreaux plusieurs gens de bien, et volé leurs dépouilles, ils n’usèrent à leur égard ni de représailles ni de ce droit rigoureux ; ils les respectèrent dans leurs personnes et dans leurs propriétés. Ils se bornèrent à les exiler dans leurs maisons des champs, et ils leur donuèrent même des süretés pour tout le temps qu’ils y resteraient, Jusqu'à ce que le pardon du roi et la consolidaton de la paix publique à Lyon permissent de les rappeler et de les rétablir dans leurs foyers. Les Lyonnais se