‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 506 sur 636 · NOUVEAU SOULÉVEMENT DE I:YON. LES LIGUEURS PARTOUT VAINCUS · texte numérisé non relu

NOUVEAU SOULÉVEMENT DE I:YON. LES LIGUEURS PARTOUT VAINCUS

pointe du jour, ils commencèrent au péril de leur vie la lutte corps à corps contre les ligueurs. Jacquet, l’un des échevins, de Liergue et de Sève, deux capitaines de la garde- bourgeoise, qui conduisaient l’entreprise, après avoir pris leurs dernières mesures, se mirent à la tête de bon nombre de gens armés du quartier du Plâtre, et attaquèrent le corps de garde de l’Herberie, au pied du pont de la Saône. L’échevin Thierry, passionné ligueur et homme déterminé, y commandait, et ce ne fut qu'après un combat opiniâtre que les assaillants parvinrent à s’emparer du poste. Le bruit des arquebusades donna l’alarme par toute la ville. Des barricades furent aussitôt élevées dans la plupart des quartiers, par ceux des bourgeois qui étaient avertis d'avance de l’entreprise, aux cris répétés de Vive la liberté francaise: périssent la tyrannie domestique et la servitude étrangère! Tandis que ce grand mouvement insurrectionnel avait lieu à l'intérieur, Ornano s’apprètait à le protéger au dehors, et amenait au faubourg de la Guillotière son régiment et les forces que commandaient les gentilshommes du pays‘. L’archevêque d’Espinac, ennemi à la fois du roi et du duc de Nemours, tenta de modérer le soulèvement, de retenir le peuple, de ménager le maintien ou le retour de l’autorité de Mayenne. Après deux heures d’efforts, il s’ouvrit un passage à travers les barricades, franchit le pont de la Saône, et accompagné de ses deux neveux, le baron de Lux et Chaseul, il se rendit à l’hôtel-de-ville. Là il essaya de persuader aux bourgeois assemblés de demeurer neutres Jusqu'à ce que le duc de Nevers fut de retour en France, et que la décision du pape au sujet de lPabsolution du roi fût connue. Ces ouvertures furent accueil-

1 Les gentilshommes indiqués par les historiens du temps comme ayant accompagné Ornano, et secondé le mouvement de Lyon, sont Chenevrières, Forgeu, Bothéon, La Ligue, La Baume, Mures et autres,

512 LIV. IV. CH. If. RÉTABLISSEMENT DE L'AUTORITÉ DU ROI.

lies par des murmures de mécontentement, le prélat contraint de se retirer précipitamment dans son palais, le champ libre laissé à l'insurrection, et son cours naturel à la révolution commencée. L’échevin Thierry, en s’éloignant du pont de la Saône, avait gagné l'arsenal. La plupart des ligueurs de la ville ly avaient suivi, et ils l'avaient transformé en citadelle. Les imprimeurs, qui s’étaient armés ensemble, les y attaquèrent : quelquesuns franchirent la muraille et pénétrèrent dans l’intérieur. Un autre corps de citoyens se saisit de l’une des portes : les deux troupes, se prétant alors un mutuel appui, désarmèrent leurs ennemis, s’emparèrent de l’arsenal, forcèrent ainsi la Ligue dans son dernier retranchement. Les insurgés, partout victorieux, se répandirent dans la ville, s’assurèrent de la personne des sept échevins factieux, arrêtèrent quelques capitaines de la garde bourgeoise et autres habitants connus par leur dé vouement à la Ligue.

Ce premier jour, 1l n'avait été parlé que sourdement du service du roi. Mais dans la nuit du 7 au 8 février, les chefs de l’entreprise disposèrent l'esprit du peuple aux mesures qui ne laissaient rien d’indécis et d’incomplet. Le mardi 8, le matin, ils parurent avec des écharpes blanches et entraïnerent les masses qui s’associèrent à ce mouvement royaliste. À dix heures, il ne se trouvait plus de taffetas ni de crêpe blanc dans la ville, tant était grand le nombre de ceux qui avaient voulu prendre les marques du roi. Cette manifestation ne trouva nulle part d'opposition du côté des partisans des ducs de Nemours et de Mayenne, réduits à une faible minorité. À deux heures après-midi, le colonel Ornano fut recu dans Lyon et rentra à pied, accompagné de ses ofliciers et des gentilshommes du pays. On prit alors les dernières mesures propres à assurer la ville et le rétablissement de

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