‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 531 sur 636 · LE ROI À NOTRE-DAME : ACTES RELIGIEUX SIGNIFICATIFS · texte numérisé non relu

LE ROI À NOTRE-DAME : ACTES RELIGIEUX SIGNIFICATIFS

après avoir surmonté sur leur route toutes les résistances qui pouvaient se présenter. Comme elles s'étaient recrutées à chaque pas de capitaines de quartier et de troupes de bourgeois armés, elles avaient, avec leur concours, pris les artères de Paris, les rues Saint-Honoré, Saint- Denis, Saint-Martin et les quais ; occupé les principales places, les carrefours, les avenues des ponts, toutes les positions fortes , tous les points stratégiques.

Les choses étant en cet état, le roi et les Politiques n’employèrent plus que la clémence et la persuasion, pour prévenir ou désarmer la résistance partout ailleurs, et pour entraîner la masse de la population. Henri, en se rendant à la cathédrale, arriva au pont Notre-Dame, suivi de cinq ou six cents hommes, qui, au lieu de se servir de leurs armes, « traïnaient leurs piques.en signe de » victoire volontaire, » comme parlent les contemporains, c’est-à-dire en signe de victoire procédant de la volonté même de ceux qui se soumettaient. Sur le pont Notre-Dame, entendant le peuple crier avec allégresse Vive le roi! il dit : « Je vois bien que ce pauvre peuple a » été tyrannisé. » Arrivé devant l’église Notre-Dame, il mit pied à terre. La foule était s1 nombreuse qu’il en était porté. Ses capitaines des gardes voulaient faire retirer le peuple. Il les en empêcha, disant qu'il aimait mieux avoir plus de peine et qu'ils le vissent à leur aise, «car, ajouta-t-il, ils sont affamés de voir un rot. » Il assista dans la cathédrale à une messe solennelle et au Te Deum. Vainqueur maintenant, pleinement maître de ses déterminations, n'ayant plus rien à feindre, rien à ménager, 1l annonçait par cet acte, et par une promesse formelle, contenue dans sa déclaration, que sa résolution était de vivre désormais dans la religion de la majorité des Français. Tandis qu’il entendait la messe à Notre- Dame, le gouverneur, le prévôt des marchands, les éche-

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vins, accompagnés de quelques soldats et d’une foule de bourgeois Politiques, se transportaient de proche en proche jusque dans les quartiers les plus éloignés. Ils répandaient de nombreuses copies de l’amnistie que le roi avait accordée aux Parisiens, sans en excepter personne, pas même les Seize : ils annoncaient en même temps la paix. Cette proclamation excita la reconnaissance et l’enthousiasme dans la masse du peuple, dont les démonstrations réduisirent les opposants au silence et à l’inaction. Les habitants témoignaient leur joie par les cris répétés de Vive le roi, vive la paix! se mêlaient librement et familièrement avec les soldats qu’ils faisaient boire et entrer dans leurs maisons. La lutte acharnée que la population parisienne, dominée par les chefs de la Ligue, avait soutenue cinq .ans durant contre le parti royal, se terminait par un rapprochement et une fusion qui les confondait tous désormais dans un mème peuple de concitoyens et de frères. | En sortant de Notre-Dame, Henri se rendit au Louvre, où il réinstalla la royauté. À dix heures, 1l était maître de la Cité et de toute la ville, excepté des quartiers Saint- Martin, du Temple et Saint-Antoine, où plus de 3,000 Espagnols et Wallons, et leurs chefs le duc de Féria et Diego d’Ibarra, restaient encore maîtres. Rien n’était si facile au roi que de les exterminer, en poussant contre eux ses troupes et la masse des Parisiens qui demandaient à finir la journée, et à effacer le passé, en exterminant les étrangers. Mais 1l y avait lieu d'espérer encore que Philippe IT céderait comme la Ligue, qu'il cesserait de harceler la France, que dès lors l’on pourrait rendre la paix au royaume, en lui épargnant une guerre au dehors. Dans cette éventualité, Henri se garda de pousser les choses à l’extrème à l'égard du roi catholique. Il se borna à signifier aux Espagnols qu’ils eussent à ne pas

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