‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 54 sur 636 · LIV. I. CH, 1. DROITS DE HENRI DE BOURBON A LA COURONNE · texte numérisé non relu

LIV. I. CH, 1. DROITS DE HENRI DE BOURBON A LA COURONNE

nière invariable, attribuant la couronne à une seule famille; appelant à la porter les diverses branches de cette famille, au fur et à mesure des extinctions; faisant prédominer pour les rameaux de chaque branche le droit de primogéniture et de représentation, sans s'arrêter à au— eun degré. Dans son droit public, cette loi était la première de ses lois fondamentales. Elle avait recu sa dernière confirmation à l’avénement de Philippe de Valois, et depuis son application constante, sans l’ombre d’une contestation ni mème d’un doute, lors de l’avénement des branches collatérales d'Orléans et d’Angoulème. Tout cet ordre avait été établi non dans l'intérêt d’une famille, mais dans l'intérêt du pays, contre les ambitions du de- .dans et les intrigues de l'étranger.

A l'extinction de la maison de Valois, la maison de Bourbon est appelée à occuper le trône, comme ayant pour auteur Robert de France, sixième fils de saint Louis. Le chef de cette branche est Henri de Bourbon, roi de Navarre, parce qu’il est fils d'Antoine de Bourbon, l’ainé de cette branche et qu'il le représente. Le vieux cardinal de Bourbon, son oncle, frère cadet d'Antoine, ne peut emporter sur lui qu’au mépris de droits établis par la nation elle-même, et d’usages demeurés jusqu'alors invariables. Comme les contemporains le font très bien remarquer, le vieux cardinal de Bourbon n’est que le prince le plus proche du sang, tandis que Henri de Bourbon est le premier prince du sang. +

Parmi l'anarchie du dernier règne, les factions ont attaqué les droits de Henri de Bourbon. Une bulle de Sixte-Quint, du 10 septembre 1585, a déclaré ce prince excommunié, privé de ses Etats, incapable de régner en France. Par les votes des 18 octobre et 5 novembre 1588. les Etats de Blois l’ont exclu pareillement de la couronne, Mais la distinction entre la puissance temporelle et la puis-

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sance spirituelle est établie dans le royaume depuis six siècles, et tant que les factions n’ont obscurei ni troublé le droit, 1l a été reconnu par tous les corps de l’Etat, y compris l'Eglise, que les papes n’ont aucun pouvoir sur . le temporel des rois. En second lieu, les votes des Etats restent de nul effet jusqu’à ce qu'un édit du roi les ait transformés en loi. Or, les édits et déclarations de Henri IT ont, au contraire, reconnu les droits de Henri de Bourbon à la couronne : il s’est allié avec lui dans les derniers mois : à son lit de mort, il l’a déclaré solennellement son successeur, et l’a fait reconnaitre par les seigneurs assemblés ‘. Les droits du prétendant restent donc entiers, à moins que les lois fondamentales ne soient changées ; et elles ne peuvent l'être que par la nation, ou par ses représentants réunis dans une assemblée légale.

Mais la France est en pleine guerre civile, après Passassinat d’un roi. À moins de la laisser tomber dans une complète subversion, 1l est impossible de s’accommoder des lenteurs d’une convocation et d’une réunion régulière d'Etats-généraux,-et d’ajourner une décision à trois mois. Dans de telles crrconstances, il n’y a de subsistant que les droits de Henri de Bourbon, et 1l n’y a de praticable, pour régler les grands ARR de lEtat et de la on, qu’une décision des chefs et soldats du camp de Saint-Cloud. Dans leurs rangs se trouve ce que l’ordre militare et l’ordre civil comptent de plus éminent, comme nous l’établirons bientôt. À tout prendre, ce sont donc encore les représentants les plus légitimes du pays.

Au moment où Henri III fut frappé par Jacques-Clément, l’armée royale qui bloquait Paris se trouvait séparée en deux grandes divisions : les catholiques campaient à Saint-Cloud, les calvinistes avaient leurs quartiers à Meudon. Henri de Navarre, après avoir visité son beau-

1 Voyez ci-dessus les citations, p. 6.

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frère, et recu le serment des seigneurs catholiques, re— tourna auprès des calvinistes, le 1° août, vers onze heures du matin ‘. ; |

Quinze heures s’écoulèrent entre l'instant où Henri IT se sépara du roi de Navarre et celui où il expira, le 2 août, à deux heures du matin. Pendant ce temps, le camp de Saint-Cloud et le quartier de Meudon furent livrés à une prodigieuse fermentation. Les passions religieuses et politiques, les intérêts que contenait et maïtrisait le der— nier Valois, roi incontesté dans son parti, depuis longtemps établi, catholique, facilement obéi des catholiques royaux, qui formaient plus des trois quarts de l’armée ; ces passions et ces intérêts se déchaïnèrent tout à coup, et s’exercèrent avec la force particulière que leur devaient communiquer un moment de erise et un changement de dynastie.

Dans le camp de Saint-Cloud, les seigneurs catholiques, revenus de la surprise et de l'entrainement auxquels ils avaient cédé, quand à la voix de leur roi mourant ils avaient juré fidélité à Henri de Navarre, reprirent la liberté de leurs sentiments et de leurs déterminations, et se divisèrent sur-le-champ en trois fractions, occupées, durant l’agonie de Henri IT, de la résolution à prendre au moment de sa mort.

La première demandait que l’on observàt l’ordre de succession établi par les lois; que l’on reconnüt pour roi, immédiatement et sans condition, Henri de Navarre : c'était le seul moyen de prévenir les usurpations locales, le renouvellement des factions, la tyrannie de la Ligue, la dissipation de l'Etat et en définitive la domination de

1 D'Angoulesme, Mémoires dans la collection Michaud, t. XI, p. 64 B, 67. — Extrait d’un discours d’Estat de M. de Sancy, dans les Mémoires de Nevers, t. 11, in-folio, p. 590. — D'’Aubigné, Histoire, 1.11, ©. 22, p. 253. Ils sont tous trois témoins oculaires.

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l'Espagnol. La conduite de Henri de Bourbon dans son

gouvernement de Guienne et dans son royaume de Navarre, pendant treize ans; ses promesses solennelles et récentes contenues dans sa déclaration de Châtellerault, ne permettaient pas de douter qu'il ne respectät le tie licisme ! : de nouvelles garanties, de nouvelles assu-” rances seraient données au maintien de la religion par l'engagement qu’on tirerait du nouveau roi, et par la force des catholiques résultant de leur union entre eux. La religion, dont on avait fait depuis quelques années une arme contre la royauté, n’était qu’un prétexte bon pour tromper et égarer un peuple prévenu. On devait se hâter de déférer l'autorité à l’homme désigné et conduit par la Providence elle-même, au seul homme capable par ses vertus et ses talents de sauver la France. Tels étaient les sentiments et le langage désintér essés des Pohtiques.

Le second parti, celui des catholiques ardents, ne voulait déférer la couronne à Henri de Navarre que sous la condition qu'il abjurerait sur-le-champ le calvinisme : la crainte de voir le calvinisme chasser le ‘catholicisme, et lui demander raison de la Saint-Barthélemy, dominait un certain nombre d’entre eux. La plupart prétendaient mettre le prince dans leur dépendance, en ne lui laissant d'appui que le leur, et en le faisant céder dès le premier jour de son avénement. Ils voulaient de plus le confisquer, l’exploiter à leur profit, en faire un catholique pour

(1) Dans «l’Advertissement sur l'intention de la maison de Lorraine, » publié en 1585, le roi de Navarre avait établi d’une manière irrésistible, et en prenant à témoin la France entière, son inviolable respect pour le catholicisme, d’après ce qu'il avait fait à Agen, dans tout son gouvernement de Guienne, et dans son royaume de Navarre. (Mémoires de du Plessis, t. 11, p. 436-438), — Il avait renouvelé solennellesment la promesse de la même tolérance dans la déclaration de Châtellerault.

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qu'il accordât aux seuls catholiques, à l’exelusion des huguenots, les charges, les honneurs, les dignités, Quel ques-uns ne se rendaient difficiles sur la religion du Béarnais que pour lui faire acheter leur désistement par des concessions particulières.

Enfin une dernière classe refusait absolument de le reconnaître. Elle se composait de deux espèces d'hommes : les timorés, qui voulaient se retirer chez eux, voir venir les événements, et se déclarer pour Henri ou pour la Lieue, selon que l’un ou l’autre serait victorieux ; les grands ambitieux, qui se proposaient de former dans leurs gouvernements des principautés indépendantes, de ramener l'Etat et la royauté à quatre siècles en decà, au régime de la grande féodalité, au temps où la France, comme l'Allemagne, n’était qu'une confédération de princes, de souverains locaux, ayant un roi non pour maître, mais pour chef, dans quelques circonstances dont eux seuls demeureraient juges ‘.

Pendant que le camp de Saint-Cloud était agité en sens contraire par ces passions et ces projets, Henri de Navarre était occupé des soins les plus divers. En quittant Henri IE à onze heures, il revint au quartier de Meudon qui était celui des huguenots. Il employa le reste de la journée du 1° août à prémunir l’armée contre l'attaque des Ligueurs. À minuit, il apprit que Henri IT n'avait plus que quelques moments à vivre, et il agita avec ses conseillers huguenots, Beauvais-Lanocle, Ségur, Guitry, ce qu'il avait à résoudre, dans les graves circonstances où la France et lui-mème se trouvaient placés. Les uns le jugeaient mal en sûreté au milieu d’une armée catholique : 1ls voulaient qu'avec une troupe dévouée, 1l se reürât sur la Loire, où il trouverait le parlement de

1 Thuanus, 1. xCvu, S 1, t. 1V, p. 791. — D'Angoulesme, {. XI, p. 67 À. — Perefixe, partie 11, p. 107, 108, éd. 1893, in-8.

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