‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 55 sur 636 · DÉLIBÉRATION DE HENRI DE NAVARRE AU CAMP DE MEUDON · texte numérisé non relu

DÉLIBÉRATION DE HENRI DE NAVARRE AU CAMP DE MEUDON

Tours, et un peu plus loin les calvinistes, son gouvernement de Guienne, ses Etats de Navarre : 1l irait prendre à Tours, où Henri III l'avait laissé en dépôt, tout ce qui constituait la souveraineté, la justice, les monnaies, les finances : après s’être assuré des villes de la Loire, après avoir affermi sa royauté et levé des forces imposantes dans le midi de la France, 1l viendrait arracher le nord à Mayenne et à la Ligue. Guitry représenta qu’en prenant ce parti, Henri fuirait devant ses ennemis, et perdrait la réputation qui est la moitié de la force.à la guerre : toute la noblesse du nord qui avait ses propriétés Gone l’'Ile-de- France, la Normandie, la Picardie, la Champagne, se voyant abandonnée par lui, passerait à la Ligue ou en serait accablée : 1l se réduirait de roi de France à être roi d'Aquitaine, probablement sans retour. Henri embrassa cet avis : résolu à ne pas se rapetisser, à ne pas s’amoindrir, par la crainte des dangers qui l’attendaient, il arrêta de tout tenter pour maintenir dans son intégrité le royaume, dans son unité et dans sa force le parti royal, qui pouvait encore exterminer la Ligue, s'il le voulait ! | La nuit finit avec ces délibérations, et la nouvelle de la .mort de Henri LIT étant parvenue au quartier de Meudon le matin du 2 août, Henri de Navarre fut salué roi de France par les huguenots. Mais ils formaient à peine 5,000 hommes, dans une armée de 40,000, et l’on ne pouvait compter sur la moitié de leurs chefs, comme on le vit bientôt. Henri en était donc réduit aux seuls moyens de la persuasion dans ses rapports avec les catholiques. À dix heures, il entra au camp de Saint-Cloud, tout

1 D’Angoulesme, t. x1, p. 66, 67. — Extrait d'un discours d'État de M. de Sancy, dans les Mém. de Nevers, t. 11, p. 591, à la fin, 592. — Matthieu, Hist. de Henri IV, in-folio, 1631, p. 3, #, 5, — Thuanus 1. 97, S 2, p. 792.

2 LIV. 1. CH. 1. HENRI VA AU CAMP DE St-CLOUD.

composé de catholiques, accompagné de quelques centaines de huguenots. Trois seigneurs parmi les plus au torisés, le maréchal d’Aumont, d’Humières et Givry, fidèles au serment de la veille, le reconnurent sans condition, et coururent vers la noblesse de Champagne, de Picardie. de L Ile-de-France, qui se trouvait alors à l’armée, pour la gagner à sa cause. Sancy était le seul seioneur ae Ft marque au camp de Saint-Cloud ; il se rendit de son côté au quartier des Suisses, avec le projet de les décider en faveur de Henri. Mais en atten— dant les effets de leur zèle, le prétendant tomba pour quelque ES à la merci des CHR ardents et des ambitieux !.

Quand il entra dans la maison de Gondy et dans la chambre où gisait le roi mort, il trouva plusieurs seigneurs de la faction des A thélquss ardents, François d’O, Balzac d'Entragues, Manou, Châteauvieux, Dampierre et autres, qui l’accueïllirent par des imprécations, des gestes de fureur et de mépris, mêlés de ces sinistres paroles : «Plutôt mourir de mille morts que de souffrir un roi » huguenot. » À peine établi dans un logis voisin ?, il vit arriver le maréchal de Biron, l’homme le plus influent de l’armée, et le supplia de mettre la main à la couronne. de France, non pour la perdre, mais pour la sauver. Si Biron, comme le prétendent quelques historiens, se laissa entrainer à un généreux enthousiasme, et ce jour-là servit, sans condition, le prétendant et le pays, il fut repris dès le lendemain par les pensées d’ambition et d’égoisme. Quoi qu’il en soit, il sortit bientôt, et Henri se vit-en butte à la violence des catholiques ardents réunis en corps pour

1 D'Angoulesme , p. 67 A. « Sur les dix heures du matin, le roy de » Navarre, maintenant successeur et roy de France, arriva au camp » de St- Cloud. »

2 La maison de Dutillet,.

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