JUGEMENT SUR LA CONDUITE DE CES MAGISTRATS
avait cherché un asile, perdant son mobilier à La Fère, par la révolte successive de ces deux villes, saisi dans ses propriétés à Paris, avait couru plusieurs fois danger de la liberté et de la vie dans la mission de confiance qu'il avait remplie en Allemagne, en Italie, en Suisse, pour Henri IT et pour Henri IV, avant de venir défendre le pouvoir légitime au sein du Parlement de Tours. Pasquier, chargé des fonctions de procureur-général près la Cour des comptes, au temps du plus grand désordre financier, avait lutté incessamment pour sauver quelques débris de la fortune publique, pour ménager des ressources au roi et à l’État, et il avait accompli ce devoir au milieu des plus poignants chagrins domestiques. Sa femme longtemps détenue à Paris, en haine et en représaille de la courageuse résistance qu’il avait opposée aux Ligueurs, ne le rejoignait un moment à Tours que pour mourir entre ses bras, épuisée par la captivité et par l’affliction. Des trois fils qu’il avait voués à la défense de l’ordre et du parti national, l’un lui avait été rapporté dangereusement blessé à la jambe, l’autre avait été tué au siége de Meung-sur- Loire !. L'histoire de ces magistrats était plus ou moins celle des membres du Parlement et des autres Cours souveraines réfugiés à Tours. L’exil, la perte des biens, la perte de la famille dans le présent, dans l’avenir la privation de leur état et la proscription, si le parti contraire Pemportait, voilà à quel prix ils avaient soutenu leur opinion et leur cause. En faisant parler le droit contre la raison et l’ambition, ils avaient défendu, presque aussi utilement que la noblesse sur les champs de bataille, Pindépendance de la France, plus encore que l'autorité du roi, contre les attaques conjurées de la Ligue, de la cour
1 P. Cayet, 1. vi, p. 573 A.— De Thou, Mém., 1. ut, IV, t. XI, p. 330- 350.— Pasquier, Lettres, 1. x1v, lettre 6; 1. xvi, lettre 5, t. 11, p. 419, 463, 464.
556 LIV. VI. CH. Ill. ÉTAT DU CLERGÉ DE PARIS. SON ÉPURATION.
de Rome, de l'Espagne. Les magistrats composant le Parlement de Chàlons, s'étaient associés pour le salut du pays aux idées, aux actes, aux généreux sacrifices de ceux de Tours, et doivent être compris au même titre qu'eux dans admiration et les éloges de la postérité. La Ligue occupant encore la moitié des villes de la Champagne, ses partis battant la campagne et rendant les chemins peu sürs, lors des lettres de rappel de Henri IV, les magistrats de Châlons ne purent se rendre à Paris sans la protection d’une forte escorte, et se réunir à leurs collègues que le 15 mai 1594 !.
Le roi avait été reconnu par le peuple, l’Hôtel-de-ville, le Parlement; il ne lui restait plus qu’à obtenir l’adhésion du clergé, pour que la soumission de tous les ordres à son autorité fut entière. Nous avons signalé précédemment et honoré de justes éloges la conduite de la partie du elergé qui, parmi les folies et les fureurs de la Ligue, était restée ferme dans la voie de l'Evangile et des principes gallicans, de l’évèque Gondy, des trois curés Benoist, Chavaignac, de Morenne, de quelques ordres religieux, les Génovéfains et les Bénédictins, qui avaient : refusé de rien faire d’hostile contre le roi, ou qui même avaient travaillé à ramener les esprits vers lui. Si honorables que fussent ces exceptions, ce n'étaient que des exceptions; la grande majorité du clergé de Paris, docteurs de Sorbonne, prédicateurs, curés, moines, s'étaient montrés ses ardents ennemis. Quelques-uns avaient em— brassé la révolte par un enthousiasme fanatique; d’autres sur l'espoir de commettre impunément tous les excès et tous Les crimes au milieu de l'anarchie; le grand nombre par docilité au pouvoir et par obéissance aux ordres de Mayenne et du légat, ou par ambition et par avidité, car la plupart convoitaient des cures et des évêchés, et rece-
1 Lestoile, au dimanche 15 mai 1594, p. 237 B.