PROJETS NOUVEAUX DE PHILIPPE II CONTRE LA FRANCE
veaux plans politiques, que Philippe IT adopta, par ses efforts pour ruiner la Ligue guisarde et grossir la Ligue espagnole de ses débris. La décadence de l’Union fut décidée par les opérations de la guerre ouverte, et par les succès militaires de Henri.
Au mois de janvier 1594, Philippe IT revint, avec une ardeur toute nouvelle, aux violentes et ambitieuses pen sées qui l’agitaient depuis tant d'années. D'un côté, il résolut d’écraser le prince Maurice et de dompter la ré-— volte de la Hollande !. D’un autre côté, 1l se reprit plus que jamais aux projets de monarchie universelle et d’envahissement de la France; arrêtant avec lui-même d’en— lever par La force des armes tout à la fois à Henri, à Mayenne et aux autres princes Lorrains, les portions du royaume dont chacun d’eux était détenteur. Le roi fait connaitre les projets de son ennemi en ce qui le concerne, dans les passages suivants de sa correspondance diplomatique.
« Le roy d'Espagne, dit-il, tourne toutes ses intentions, forces et desseings à me faire la guerre, en pensant que par ma ruine, si elle luy pouvoyt succéder, il establiroit sa monarchie sur toute la chrestienté à laquelle 1! aspire. — Il s’est résolu plus que jamais à engloutir et usurper ce royaume. Il ne laisse banque ny bourse à rechercher, ny invention de tirer argent de ses subjets, et il vuide presque toutes ses provinces de forces, pour faire ce grand effort contre moy *.»
Ces ordres donnés pour une levée en masse d’hommes et de deniers, destinés à la ruine de Henri, éveillèrent l'attention de l’Europe entière *. Nous verrons tout-àl'heure ce qu'ils produisirent : suivons maintenant les
1 La relation du temps dans P. Cayet, L. VI, p. 573 B. 2? Lettres missives aux dates des 28 janvier et 28 février 1594, t. IV, p. 89, 401, 102.
3 La relation dans P. Cayet, 1. vi, p. 573 B. l 37
578 LIv. IV. CH. V. RÉSOLUTIONS PRISES DANS LE CONSEIL D'ESPAGNE
projets et les plans du roi catholique en ce qui regarde la Ligue. Il avait recu par Montpezat les ouvertures et les propositions de Mayenne. Il les rejeta toutes après plusieurs conseils tenus à Madrid et à Bruxelles, du mois de janvier au mois d'avril. Il fut décidé que le fils du due ne serait appelé dans aucun degré, au partage de la sou— veraineté de la France et que le duc lui-même ne conserverait pas la lieutenance-générale. La couronne de France, de moitié avec Claire-Eugénie, ainsi que la main de l’infante, furent destinées à l’archiduc Ernest, Ph1lippe IT se réservant la direction des affaires et la suzeraineté. L’archiduc Ernest, l’un des frères de l'empereur, avait été nommé par Philippe, et envoyé au mois de janvier, comme gouverneur des Pays-Bas espagnols : c'était pour ce prince un apprentissage et une attente. Par les grandeurs auxquelles 1l l’appelait, le roi catholique comptait resserrer les liens entre les deux branches de la maison d'Autriche; intéresser la’ branche allemande et la partie catholique de l'Empire d'Allemagne au succès de ses desseins. Ces déterminations de Philippe et de ses ministres entrainaient, comme conséquence, des rapports tout nouveaux entre l'Espagne, la Ligue et ses chefs. II fut convenu qu’en suivant les conseils de l'intérêt bien entendu et d’une sage politique, l’on devait rompre les engagements qu’on avait pris avec la Ligue, dont le soutien exigeait des dépenses excessives, qui jusque là avaient produit très peu d'avantages. Qu'il fallait désormais faire la guerre au nom du roi Philippe IF. Qu'il était plus temps de remettre les droits de l’infante au caprice des Français, mais de les soutenir par la force des armes, et de continuer les hostilités au nom de la couronne d’Espagne et pour son avantage. Qu'il fallait imposer la royauté d'Érnest et de l’infante avec des armées aux chefs de la Ligue, après avoir vainement essayé de l'ob-