‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 57 sur 636 · LIV.I. CH.]. HENRI RECONNU PAR LA NOBLESSE DE TROIS PROVINCES · texte numérisé non relu

LIV.I. CH.]. HENRI RECONNU PAR LA NOBLESSE DE TROIS PROVINCES

Givry, en entrant, rompit ce dangereux conflit. Il apportait à Henri l'engagement de la noblesse de PTle-de- France avec la protestation qu’il était le roi des braves, et qu’il ne serait abandonné que des Tâches. Quelques instants plus tard, d’Flumières l’assura de deux cents gentilshommes de Picardie, et d'Aumont de la noblesse de Champagne. Enfin, Sancy lui présenta les quarante colonels et capitaines suisses qui, en leur nom et au nom de leurs 12,000 soldats, lui promirent service pour deux mois, sans exiger actuellement d'argent. Sancy n'avait pas amené les Se à cette résolution sans des prodiges d’éloquence et d'adresse. Ces étrangers arrangeaient déjà leur départ, en prétextant que leur engagement contracté avec le seul Henri IFT se trouvait FOMEUpEE la mort de ce prince : en réalité, ïls ne cédaient qu’à l’appréhension d’être mal soldés par un roi contesté et aux expédients, Sancy opposa à cette crainte une crainte plus forte, et les fit changer de propos en leur persuadant qu’ils ne seraient pas payés de ce qui lenr était déjà dû, et qu’ils s'expose raient à être exterminés sur la route par les paysans et par les garnisons ennemues À.

Henri avait désormais un dont d'appui et une défense dans les Suisses et dans la noblesse de la Picardie, de l'Ile-de-France et de la Champagne. Les catholiques ardents ne pouvaient plus le violenter : 1ls âchèrent prise et se retirèrent. Mais ils se répandirent dans le camp, et travaillèrent activement à y faire prévaloir leurs préjugés et leurs passions, à la veille de la solennelle délibération où devaient se régler l’état des religions, la forme du:

(1) D’Angoulesme, t. xt, p. 67 B. — D'Aubigné, L. 11, c. 23; p°183- 188. — Extrait d'un disc. d'Etat, par M. de Sancy, dans les Mémoires de Nevers, t. II, p. 591, 599. — Thuanus, 1. Xcyi1, SS 3, h, p. 793-794. Les faits rapportés par de Thou sont exacts, mais il place mal le

moment où Henri est assuré des Suisses, — Matthieu, Hist. de HENTAI .5,

NOUVELLE DÉLIBERATION DES SEIGNEURS AU CAMP DE St-CLOUD 25

gouvernement, la succession au trône, c’est-à-dire le sort même de la monarchie.

Le 2 août le soir, et le lendemain 3, les seigneurs se réunirent dans plusieurs assemblées générales. Les opinions les plus hostiles au prétendant furent mises en avant par le parti des catholiques ardents !. Ils proposèrent successivement de l’exclure du trône; de le contraindre d'abjurer sur-le-champ; de renvoyer l'élection aux Etatsgénéraux, la représentation n’ayant pas lieu en droit civil à un degré aussi éloigné. Biron, rentré dans les rangs des grands ambitieux, proposa de ne pas le nommer roi, qualité incompatible avec son hérésie, mais de le reconnaître seulement pour capitaine-général et pour chef du parti royaliste, en attendant qu'il abjurät. Les politiques repoussèrent cette ouverture par de graves raisons que Sancy fut chargé d'exposer : l'Etat étant monarchique, son principe et son essence était la royauté : on devait pourvoir à la royauté d’après les lois de tout temps en vigueur pour la succession au trône, et choisir l’ainé de la maison de Bourbon, seule branche qui restàt de la famille royale : si l’on ne prenait Henri pour roi dès à présent, on s’exposait à ne pouvoir le faire reconnaitre plus tard ni par les peuples de la Ligue, n1 par son propre part : en s’écartant de ces règles on encourait donc le danger d’une révolution complète dans la constitution de l'Etat et d’une anarchie dont personne ne pouvait prévoir le terme. Biron tira Sancy à part et lui dit : « que jus- » qu'alors 1l avait cru qu’il avait de l’entendement, mais » qu'il en perdait maintenant toute opinion : en effet, » ajouta-t-1l, si avant d’avoir assuré nos affaires avec le » roi de Navarre, nous établissons entièrement les sien-

1 C'étaient précisément les mêmes qui avaient essayé la veille de le faire abjurer : d’O, Manou, d’Entragues, Dampierre, Vitry (Mézeray, grande Hist., t, 111, in-folio, 1651, p. 6992).

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