LA RÉVOLTE ÉTOUFFÉE EN LIMOSIN, MARCHE, POITOU, ANGOUMOIS
parvinrent à l’entamer, puis secondés par le reste des forces de d’Abain, ils la mirent en pleine déroute. Quatre mille paysans périrent sur le champ de bataille, les autres se dispersèrent, et après avoir erré quelque temps dans le bois, regagnèrent leurs foyers à la dérobée. Les troupes royales achevèrent de disperser leurs débris près de Laroche-Abeille.
Sous le coup de la mort de son fils, d’Abain ne donna rien à la colère ni à la vengeance : il traita les paysans vaincus avec la plus grande humanité, n’usa envers eux que de la persuasion et des bienfaits. 11 les amena à espérer que le roi changerait et adoucirait bientôt leur condition : 1l délivra les habitants de Tulle et de Brive-la- Gaillarde des incursions du baron de Gimel, l’un des chefs ligueurs, qui les désolaient depuis our, années. Par ce concours de mesures conciliantes et protectrices, 1] opéra la pacification du Limosin. Il quitta cetté province pour aller aux frontières du Berry et de la Touraine raffermir l’ordre public menacé par les gens des communes; puis il revint dans son gouvernement de la Marche, où il coupa la révolte jusque dans sa racine. Ainsi la Marche et le Limosin étaient ramenés à l’obéissance et au droit public du pays. Dans le Limosin, on vient de le voir, l’insurrection avait fait couler des flots de sang populaire : elle coûta en outre à la France quelques-unes de ses plus nobles têtes. Un coup de mousquet avait enlevé le jeune d’Abain, qui donnait de lui les plus grandes espérances : lechagrin emporta le père. Il ne put survivre à la douleur d’avoir perdu son fils, et au regret d’avoir vu la justice et la douceur de son administration, qui jusque là ne s'étaient pas démenties, atteintes tout-à-coup, contre son gré, par la rigueur de cette exécution".
1 Voir les mandements du roi, les lettres de d’Abain au roi et à Joseph Scaliger, la marche et les expéditions de ce gouverneur, dans