L1V. IV. CH. V. IMPRÉVU ET SANGLANT COMBAT EN LIMOSIN
donné à Chasteigner d’Abain, lieutenant de roi, c’est-àdire gouverneur en second de la Marche, de se porter en Limosin, où était alors le fort de la révolte, et de secourir le sieur de Chambaret, gouverneur de la province. D’Abain, après avoir pris de sages précautions pour contenir et réprimer les paysans dans son propre gouvernement, dans la Marche, leva deux mille fantassins et mille cava— liers, parmi lesquels trois cents nobles, et le 13 juin se trouva en mesure de les conduire en Limosin. Les deux gouverneurs Jjoignirent leurs troupes : leur petite armée compensait par son courage, sa discipline, ses habitudes militaires, l’extrème infériorité du nombre. Ils la menè— rent contre les insurgés, six jours après la séparation des Croquants catholiques et huguenots. Des trente-cemq mille catholiques, dix mille selon un historien, quinze mille suivant un autre, attendirent et affrontèrent l’armée royale à Saint-Priest de Ligourre , et au bourg de Nesson, près le château Descars. D’Abain, modéré et humain autant que ferme, était de tous les gouverneurs le plus propre à s’associer aux projets si pleins de clémence du roi, pour une répression sans rigueur de la révolte, Aussi ne comptait-1l employer les forces royales qu’à exécuter quelques charges de cavalerie contre les Croquants et qu’à les dissiper, en évitant d’en venir avec eux à un combat en règle. Mais un accident funeste trompa ses intentions, et donna aux événements un cours tout autre que celui qu'il voulait. L’avant-garde chargée d’une reconnaissance, était commandée par son fils. Le jeune homme tomba mortellement atteint par une décharge des révoltés. Les nobles outrés de cette perte, et animés par les injures faites aux hommes de leur ordre, attaquèrent avec furie la multitude des Croquants, imparfaitement aguerrie, manquant de la ferme direction d’un chef obéi, et n’apportant aucun ensemble dans ses mouvements. Ils