MOBILES DES CHEFS DE LA LIGUE
sanguinaires de docteurs en délire, Henri put continuer l’œuvre de la régénération de la France. Les résultats obtenus étaient déjà d’une immense importance. A peine une année s'était écoulée depuis son abjuration, et Henri avait rétabli l'autorité royale dans neuf provinces où la Ligue était sinon seule maïtresse, au moins dominante , puisqu'elle en occupait les capitales : c’étaient la Champagne, la Picardie, l'Ile-de-France, la Normandie, lOrléanais , le Berry, l'Auvergne, le Poitou, la plus orande partie de la Provence. En outre, Henri avait à peu près achevé de détruire l'empire de cette faction dans l’Anjou, le Maine, la Guyenne. Le corps de la monarchie et l’unité du territoire peuvent être regardés dès lors comme reconstitués en principe, quoique la Ligue et les seigneurs cherchant à rétablir la puissance féodale, tinssent encore quelques grandes villes et quelques pays.
On ne peut juger de la moralité des chefs de la Ligue et de leur sincérité religieuse pendant le temps qu’ils portèrent les armes contre le roi huguenot, qu’en rappelant la conduite qu'ils tinrent avec le roi devenu catholique. Si la religion eùt été leur seul mobile, évidemment après la conversion de Henri, réputée valable par eux, ils se seraient soumis sans condition: Tous, au contraire, mirent leur obéissance à un prix énorme. Pour presque tous la religion ne fut donc qu’un prétexte et qu’un moyen de satisfaire leur ambition : ils furent ligueurs et rebelles pour obtenir des charges et un grand établissement, que l’ordre légal ne leur aurait pas donnés. Dans le jugement impartial que nous avons précédemment porté sur eux, nous avons fait remarquer que, chez quelques-uns, de nobles mobiles se mêlèrent à celui de l'intérêt ; asso— ciation de sentiments contraires, capitulations de la consclence avec la cupidité, que l’on retrouve dans presque