NOUVEAU SOULEVEMENT POPULAIRE CONTRE LE ROI
à l’armée et dans les provinces, furent pour moitié dans ce grand changement : l’opinion et les actives menées des ennemis de Henri IV firent le reste. Des fureurs contre le roi mort, et de l’abominable panégyrique du régicide, la Ligue passa promptement aux attaques contre le roi vivant, plus utiles à ses desseins. Les prédicateurs répétèrent dans toutes les chaires que le Béarnais, hérétique et excommunié, était inhabile à régner; que si l’autorité lui était déférée, 1l en userait aussitôt pour détruire le catholicisme et le remplacer par l’hérésie; qu’en conséquence, quiconque le reconnaitrait serait excommunié lui-même. Ils ajoutèrent qu'il avait publiquement annoncé vouloir tirer vengeance de la Saint-Barthélemy, et se baigner le bras jusqu’au coude dans le sang, le jour où il entrerait dans Paris. Il y allait donc pour le peuple d’être tué dans cette vie, et damné dans l’autre, s’1l lais— sait Henri IV se saisir du pouvoir. Sur ces trompeuses assurances, 1l se porta à le combattre avec une ardeur ou plutôt une fureur sans bornes. Ce n’était pas assez que le peuple embrassât la révolte, 1l fallait encore qu’il y tint la bourgeoisie parisienne attachée et asservie. Chaque bourgeois eut son Seize pour espion, et pour dénonciateur au moment où il broncherait dans la bonne voie. Il fut loisible d’être Ligueur guisard, Ligueur français,
Ligueur espagnol, rebelle à un degré et sous une forme quelconque à à la loi fondamentale et à la constitution du pays; mais on ne put être roy aliste, partisan de Henri IV,
sous peine de la vie. Les factions ont toujours tt ainsi la liberté. Ce sont deux contemporains qui nous fournissent ces détails. L’un d’eux dit, à la date du 2 août : «Il n’estoit pas permis à Paris de se montrer autre que Ligueur : les gens de bien y estoient exposés à la perte de leurs vies et de leurs biens, et aux mouvements d’une populace furieuse et emportée, que les moines, les