AVERTISSEMENT
l'Angleterre. Quelques incidents, quelques points particuliers ont été étudiés avec soin et avec un véritable succès par l’érudition et la critique de nos jours; mais l’ensemble des rapports internationaux n’en était pas moins à refaire. Nous ne donnerons pas 11 l’énoncé des nombreux documents auxquels nous avons recouru pour ce travail. Cela augmenterait la confiance dans notre exposé, mais causerait sans doute de la fatigue et de l'ennui au lecteur : nous ne pousserons pas l’égoïsme d'auteur jusque-là.
Venons-en à ce qui touche à l’homme proprement dit dans Henri IV. En donnant des extraits fréquents et étendus de ses conférences avec ses amis, de ses harangues, de ses lettres, nous avons essayé de faire pleimement connaître ses sentiments intimes et son caractère; d'exposer les motifs déterminants de ses résolutions dans les principales circonstances de sa vie, et notamment dans son abjuration; de retracer d’une manière exacte ses rapports personnels, individuels, avec les grands corps de l’État, avec ses ministres, avec ses principaux serviteurs et sa noblesse, avec ses soldats, avec son peuple, et notamment avec le peuple des campagnes. En ce qüi concerne ce dernier point, nous appelons particulièrement lattention sur les instructions qu'il donne lors de l’insurrection des Croquants, lors des débordements de la Loire, et sur la conduite qu’il tient dans la révolte excitée par la Pancarte. A toutes ces relations, il faut ajouter encore celles avec ses ennemis, où 1l fait preuve d’une inépuisable clémence.
L'un des traits de son caractère est sa passion pour les femmes. Ce trait on le trouvera accusé, mais non grossi et exagéré outre mesure dans cette histoire. On le verra successivement possédé et inspiré d’un amour où les sens n’ont rien à voir, d’un amour contenu, s’élevant jusqu’à l’héroïsme, pour la noble et pure Me de Guercheville ; lié à Gabrielle d’Estrées d'un attachement qui demande grâce à la morale par son sé-
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rieux, sa durée, son caractère exclusif; se livrant ensuite avec la marquise de Verneuilet d’autres femmes à d’orageuses et vulgaires faiblesses, dont la seule excuse est qu’elles ne le firent jamais manquer à ses devoirs de roi, et qu’elles n’exercèrent aucune désastreuse influence sur les destinées, ni même sur les finances de la France. Tout cela est retracé dans cette histoire, mais en termes contenus, dans une mesure restreinte..Nulle part, dans notre récit, nous n'avons sacrifié de Justes susceptibilités aux exigences d’un certain publie, qui demande à l'historien les détails vains, lés traits au moins libres, de Brantôme et de Bussy-Rabutin. Nulle part nous n’avons laissé les commérages d’une femme du monde, racontant aux oisifs les Amours du grand Alcandre, s'étendre sur la vie politique du prince pour
la cacher et l’éteindre; dénaturer l’histoire et la physionomie de Henri IV; rapetisser le règne et l’homme; donner de tous deux la plus fausse idée. Nous avons eu sans cesse présentes à l'esprit ces grandes règles que Sully trace en tête de ses Œconomies royales pour la composition d’une histoire : « Ceux » qui voudront méritoirement être dits historiens ne té- » moigneront point de vouloir faire des recherches trop exactes » des défauts et des erreurs d'autrui, tellement secrets et » cachés, qu'ils ne sont connus d'aucune personne qui en ait reçu dommage ou offense, et desquelles nulles voix » publiques ne se sont jamais plantes, ni que l’on ait sçu » que les peuples en général ni en particulier en ayent » non plus reçu dommage visible et notoire. Si quelques » grands rois, capitaines, magistrats ou chefs d’armées, de » républiques, de peuples, qui ont acquis une générale répu- » tation d’avoir été excellents ès faits d'armes, de Justice et de » police, ont eu quelques vices et passions particulières, se- » crettes et cachées, qui n’ayent point porté préjudice au pu- » blic, et dont la publication d’iceux ne leur peut apporter » aucun avantage, 1l faut qu'on en laisse la correction à eux