Histoire du règne de Henri IV
Un livre, quand il parall de nouveau, est l'œuvre c de l'auteur et du public : chacun y apporte sa part, l'auteur ses recherches et ses réflexions, le'public ses encouragements et ses conseils: Dès la première édition de l'histoire du règne de Henri IV, j'avais pris mon sujet au sérieux : le public a bien voulu le reconnaître, et il m'a accordé deux genres d'encouragement qui m'ont profondément touché, maïs qui m'ont en même temps imposé de graves obligations.
L'Académie Française a décerné deux fois de suite, en 1857 et 1858, le grand prix Gobert à mon ouvrage. Aucun suffrage ne pouvait m'étre plus sensible, et je prie ce corps savant de vouloir bien recevoir ici le témoignage public de ma reconnaissance.
La presse quotidienne et lesRevuesdelaFrance, de l'Angleterre, de la Belgique, de l'Allemagne ont examiné mon livre, et en ont porté en général un jugement favorable.
J'ai compris les obligations que m'imposaient ces témoignages de bienveillance, et je me suis mis en devoir d'y satisfaire en soumettant mon ouvrage à une sévère révision.
J'ai corrigé quelques inexactitudes dans lesquelles J'étais
Il AVERTISSEMENT.
tombé: j'ai eu aussi à maintenir par des textes nouveaux, el contre des observations mal fondées, les assertions contenues sur plusieurs points dans man livre. J'ai pris connaissance des divers ouvrages où se trouvaient traitées des parties fragmentaires du règne de Henri IV, les uns venus trop lard, quand mon livre a paru, pour que je pusse les consulter alors, les autres publiés après ma première édition. J'ai eu à profiter de quelques-uns de ces écrits, à contredire les autres, et j'ai tenu ainsi mon histoire au courant de la science. Enfin j'ai fait des additions à mon premier travail : mes lectures et mes réflexions m'en ont fourni une partie; le reste m'a été indiqué comme désirable ou comme nécessaire.
En rouvrant tes originaux du xvi« siècle, j'ai trouvé un certain nombre de points qui avaient échappé à mon attention, et qui présentaient cependant un véritable intérêt. C'était un complément indispensable que je devais donner à mes recherches et à mon exposé.
Quant aux développements que l'on me demandait d'introduire dans la composition originaire, je me suis guidé par les conseils d'une critique amie sans molle complaisance et infiniment éclairée, et j'ai médité de nouveau sur les lois du genre dans lequel je me suis exercé. Un académicien , maître dans l'histoire, comme dans la philosophie, après avoir louédans mon livre l'histoire des partis, le tableau du -gouverne m eut et de l'administration ; après avoir approuvé même le point de vue sous lequel j'ai considéré, les résultats auxquels j'ai ramené les faits militaires et les négociations, ajoutait : « Hais nous 1 voudrions voir davantage comment cela se passe. » Un autre académicien, qui a le droit d'indiquer les conditions du succès, parce qu'il l'a toujours rencontré, en annonçant l'un des premiers mon ouvrage, avec des éloges dout je ne saurais trop le remercier, y mettait cependant cette restriction : « L'os- 1 léologie d'Henri IV et ses muscles aussi sont au complet; j'y
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■ voudrais encore son sang, les hattemenis de son cœur, sa > vie nerveuse el ses saillies. * Ainsi l'avis de ces dem ju^s é4ait qu'en resserrant trop parfois, dans mon premier volume, l'exposé des guerres et des négociations, en me montrant trop avare de tableaux, je n'avais pas donné assez d'intérêt à ma narration; qu'en Taisant pleinemenl connaître Henri IV comme roi, je ne l'avais pas assez fait connaître comme homme.
Je n'ai pas hésité à suivre ces conseils, à renoncer au système que j'avais adopté d'abord, lorsqu'on étudiant de nouveau, et avec une plus sévère attention, les grands modèles des temps anciens et modernes, j'ai reconnu qu'ils donnaient raison contre moi à mes juges. Polybe en mêlant à ses récits tes considérations du publiciste; Voltaire, Rohertson, Gibbon, en présentant le tableau des mœurs et coutumes, en se préoccupant des questions de religion, de liberté civile, des arts de la paix et de l'économie politique, qui ont une souveraine importance dans les sociétés moderaes, ont introduit des éléments tout nouveaux dans l'histoire, l'ont changée et agrandie. Toutefois, au milieu de celte rénovation, ils ont dans une juste mesure conservé la place à ce qui avait exclusivement défrayé l'histoire avant eux, aux luttes des partis, aux détails biographiques sur les principaux personnages mêlés el fondus dans l'exposé général des faits, aux batailles, aux sièges, aux négociations. Monteil, en ex^érant les principes de l'histoire philosophique, s'est déclaré avec passion contre la diplomatie et la guerre, contre ce qu'il nomme l'Aistoire bataille, et l'a proscrite sans pitié. Une réaction s'est faite après lui: l'art des diplomates, les faits militaires ont repris faveur, et trouvé un exposé merveilleux de sagacité dans les dernières compositions historiques. Il faut veiller sans doute à ce que l'exagération ne se glisse pas de ce côté; à ce qu'on n'outre pas les principes dont les auteurs de ces grands ouvrages sont partis, la méthode qu'ils ont suivie; à ce qu'on