‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 100 sur 158 · D&BAT ET ACCORD A SOISSONS DE VATENNB AVEC LES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

D&BAT ET ACCORD A SOISSONS DE VATENNB AVEC LES ESPAGNOLS

Paris, Mayenne, les Espagnols, le Tiers-parti, s'épuisaient en efforts et en combinaisons pour donner gain de cause à leurs prétentions. En quittant Paris, le 8 février, Mayenne alla d'abord conférer avec les princes de sa famille. Le 20 février, il se rendit à Soissons, où il s'aboucba avec le duc de Féria et les autres ministres du roi d'Espagne. Les négociations se prolongèrent pendant plus lie quinze jours, du 20 février au 8 mars. Mayenne demandait que Philippe II se désistât de ses prélentions à la couronne et avouât la poursuite du duc ou de son fils, en se contentant de l'abandon des provinces de Provence et de Picardie, et de la cession de quatre places fortes sur deux autres points du territoire. Les ministres de Philippe II réclamèrent opiniâtrement , pour sa fille Claire-Eugénie, le corps de la monarchie, en faisant à Mayenne la part suivante : la Bourgogne en toute propriété pour lui et ses descendants ; la Picardie, sa vie durant ; la lîeut«nance-générale de la reine en France ; l'aident nécessaire pour acquitter ses dettes, sous l'expresse condition de travailler de tout son pouvoir à faire élire reine l'Infante d'Espagne. Mayenne contesta vainement : il trouva Philippe II et ses ministres inébranlables dans leur ambition. Comme il avait un besoin impérieux de leurs troupes et de leur aident pour tenir la campagne contre Henri, secourir les villes de la Ligue, et surtout Paris plus pressé que jamais, il promit tout aux Espagnols, avec le dessein de ne rien tenir, selon sa coutume. Il tira d'eux 20,000 écus comptants, et des assignations à quelques mois pour 200,000 écus. Il prit également leurs troupes venues des Pays-Bas, sous la conduite du comte de Mansfeld, au nombre de 4,500 hommes seulement, les joignit ù 1 ,000 soldats fournis par le pape, et aux ligueurs qu'il avait rassemblés lui-même. C'était en tout à peine 10,000 soldats. De pareilles ressources en

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374 LIV. m. CH. I. ARRIVBB DO DOC DE FÂRU A PARIS.

argent, une pareille force militiûre étaient bonnes lont au plus à quelque entreprise secondaire, ou à la défense de quelque point déterminé da territoire : elles ne pouvaient rien de grand, rien de décisif. Les Espagnols, en particulier, réduits à leurs 4,500 hommes, se trouvaient parfaitement hors d'état de faire la loi aux Étals de la Ligue et k la France. Mayenne, avec cette année, alla assiéger Noyon, dont la prise, combinée avec Toccupa— tion de Fontoise par les ligueurs, devait rendre libre le cours de l'Oise, et rouvrir à Paris des pays d'approvisioD~ nement ',

Le duc de Féria, comptant f^nrt peu sur les promesses et sur le concours de Mayenne, parce qu'il le connaissait bien, comme le prouve sa corres|K)ndance, quitta Soissons pour se rendre à Paris où il entra le 9 mars. D arriva mal pourvu de ce qui était nécessaire pour séduire des chambres telles que celles du Tiers-état et du clei^. Au milieu du* grave dérangement survenu dans ses finances, Philippe n n'avait de disponible pour les intrigues et pour la corruption qu'une somme de 200,000 écus ou 600,000 livres de ce temps. Féria avait ouvert l'avis d'employer cette somme tout entière dès l'ouverture des Etats à gagner les députés. Mais il n'avait pu faire partager ce sentiment à son maître : PliiHppe II avait remis à un an la distribution de la plus grande pai^ lie de cet ai^nt, et prescrit formellement à ses ministres de ne récompenser les traîtres qu'après le service rendu, c'est-à-dire après le vote émis en faveur de sa royauté

1 Supplément de Le»toile, p. ISS, A, g l". — 1,'eiaclilude des détails relallfs aux conveotioDs enlre Mayeoue et les Espagnols, qu'il rapporte, est attestée par Villero; daos le passage suivant, p. lOS A, i la fln : a Le duc dp Mayeune rencontra k l^oissons le duc de Féria... » U eust beaucoup de jieine d'en tirer de l'argent, et Tust eontrainct ■ de leur promellrt de» choses qu'il ne leur obterva, ainsi qu'ils ronl H publié depuis, n

VAINES reXTATITESDB CORRUPTION AUPRBSDBULIGUBFftANÇAtSC. 375

OU de celle de l'Infante '. Féria arriva donc à Paris avec 30,000 doublons ou 90,000 livres, c'est-i-dire avec la sepliètne partie seulement des deniers destinés par Philippe II à l'achat des consciences. La somme était trop ffuble pour que Féria songe&t à l'appliquer ù la corruption des trois chambres des États, fl résolut donc de s'en servir pour gagner au parti espagnol les magistrats municipaux, les che& de la force armée et du clei^ de la Ligue française. A son instigation, les Seize pressèrent Lhuillier, nouveau prévAt des marchands, de recourir à ses lai^esses pour payer les rentes de l'Hôtel-de- Ville : Lhuillier répondit qu'il n'était pas Espagnol, et qu'il ne lui serait jamais reproché que, pendant sa prévAté, il aurait engagé le domaine de la ville à l'élranger. Féria se tourna alors vers les capitaines et les colonels de la garde bourgeoise (14 mars). Malgré la misère des meilleures familles, ils repoussèrent ses offres avec indignation, en disant que ce qu'ils avaient fait n'était pour de telles récompenses; qu'ils avaient toujours été ce qu'ils resteraient, catholiques, mais Français ; dévoués à la cause de la religion, mais en même temps à celle de la ville et de l'Etat ; Daubray se signala entre tous par la liberté et

> Correapondance de Philippe II avec J.-B. de laxh, à la Qd de 1&93.

■ Je vous ai laiasé maître de disposer d'une somme de 100,000 Ëciia B pour Dous rendre favorables les Français récalcitranU, ou pour dis- B tribuer k ceux qui rendront quelques services importants, mail mu-

■ lanent aprit le leniice rendu , l'expérience ayant prouvé que l'on

■ obtient plus par l'espoir de la récompense que par le payement an- • ticipè. H Le 16 Janvier 1Ï93, Féria avait écrit à Riilippe II : a D. J. B Idiaquez Jugeait uèceasaire d'avoir quant à présent une bonoe somme s d'argent pour gagner des vuix... En ayant parlé h J.-lt. de Taxis, U B me montra un ordre de Votre Majesté pour ditpoœr de 300,000 Âm u payablet dans un an. Mais il leroit beaucoup plus protllable que

■ l'argent vtnl maintenant, u {Papiers de Simancas). Philippe 11 ne se renditpaa A cet avis de Féria. Ce ministre vint A Paris avec peu d'argent, et ne donna rien aux députés entre le mois de mars et le mois de juin.

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376 Liv. m. en. i. le tibrs-btat b'éloicne des espagnols.

l'énergie de son refus. L'ambassadeur chercha tout ausâ vainement à tenter le chapitre de Notre-Dame qui moarait de faim : le doyen Seguier l'invita à ne pas se mèlo' des nécessités et des ressources du chapitre. Le peu d'argent dont Féria disposait s'écoula entre les mains des Seize et des prédicateurs de ta Ligue. Ces derniers cooimencèrent, le 19 mars, à attaquer tous ensemble dans leurs chaires Mayenne et Henri FV, ajoutant : a Qu'ils V vouloient bien qu'on sçut qu'ils aimoieat mieux avoir » l'Espagnol catholique pour roy, que non pas l'hérétique » Béarnais. » Mais ces déclarations éhontées et antiRationales ne provôqufùent plus depuis longtemps que le mépris et le dégoût, même chez les dernières classes dn peuple de Paris '.

Ces manifestations éclatantes des sentiments français, parties de toutes les classes de la population de Paris, déconcertèrent et intimidèrent lei partisans de l'Espagne dans les États. De plus, ils ne tardèrent pas à reconn^tre que Féria n'avait pas apporté de quoi satisfaire leur avidité, et qu'il ne pouvait leur donner que des promesses à long terme. Dès lors un notable changement survint dans les dispositions de l'assemblée : « Tels qui estoienl » venus disposés de les favoriser et servir en payant, les » maudissoient, voyant qu'il n'y avoit rien à gagner » avec eux *. »

Les événements de la guerre achevèrent de porter la désorganisation dans le, parti que les Espagnols avaient eu d'abord au sein des États. Le 29 mars, l'armée hispano-Ugueuse, commandée par Mayenne et Mansfeld, s'empara de Noyon. Après la prise de cette ville, les Parisiens s'attendaient à la voir s'approcher de leurs murs, enlever les places et les forts occupés par Henri, particu-

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PRISE DB NOTON. DISPEH8I0N DBS ESPAGNOLS. 377

Uèrement Goumay et Saint-Denis, ramener l'abondance dans la ville, rétablir ses communications avec les pi'O' vincea. Les autres grandes villes de la Ligue ne demandaient pas moins à l'armée des confédérés. Mais, pendant le siège de Noyon, qui avait duré trois semaines, elle avait perdu 4,000 hommes par les combats et par la désertion: réduite à 6,000 soldats, elle était hors d'état de rien entrefH^ndre d'important. Les Espagnols, qui la composaient par moitié, étaient rappelés dans les Pays-Bas par la prise de Gertuydenberg, les ppt^rès du prince Maurice et des Hollandais. Enfin, elle était aussi mal payée que mal disciplinée. Aussi après la prise de Noyon, elle se dispersa. Les soldats de Mayenne se retirèrent dans leurs garnisons de Picardie ; les Espagnols de Mansfeld regagnèrent la frontière des Pays-Bas, et ne tardèrent pas à se mutiner de nouveau; lesunsdésertèrent, les autres regagnèrent l'Artois et le Hainaut, oîi ils mirent tout au pillage pendant près d'un an '.

Ainsi, an moment décisif, Philippe II se trouvait sans armée et presque sans argent en France. Un pareil résultat suQiL pour prouver que cet homme qui, dans ses intrigues, se jouait de tout, même de la religion et de Dieu, qui se permettait tout, y compris le crime, était étranger à la grande politique.

Dans leur état de dénùment et de faiblesse, Philippe II et ses ministres conservèrent entières leurs prétentions et leurs espérances : ils ne songeaient à rien moins qu'à asservir la France . Ce contraste entre leur ambition et leurs ressources les rendit odieux et ridicules, tandis que leur grand étalage de catholicisme et leur hypocrisie excitaient

< Lettres misaÎTes di; Henri IV des 3, i, ii avril 1Ï93, t. III, p. 7(S- IW. — P. Coyet, 1. T, p. (Bi A, (80, tst. — Ustoile, p. H3 A, 128 B. — ThuoniiB 1. CT, §§ 6, 8, p. iOS, 111-S13. — ViUeroy, Apol, et dise., p. aos A.

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378 LIV. ni. CH. I. LA MAJOiUn DJMS les RTâTS PAâSB A HATEHm.

le mépris. On trouve les actes de tous les partis empreints de ces sentiments. Les Politiques et les ligueurs lançais de Paris, accrus chaque jour de nombre, attaquèrent publiquement les Seize, et se fu^parèrent à combattre tontes les usurpations de la couronne, de quel cdlé qu'elles viiusent. Les Etats de la Ligue, instruits jour par. jour des événements et des suites du siège de Noyon, à cause de la proximité de cette ville de Paris, changèrent d'attitudeet de conduite. Les députés du Tiers-État étaient arrivés avec la disposition de servir le roi catholique, et ils l'avaient prouvé par l'exclusion donnée aux deux nouvelles chambres que Mayenne avait créées; par leur résistance si longtemps prolongée dans l'affaire de la Conférence. Maintenant ils trouvaient qu'il n'y avait rien à gagner avec Philippe, et qu'il y avait tout à craindre, puisque, après la diminution d'abord et ensuite la dispersion lie son année , il s'agissait pour eux de se déclarer à la fois les adversaires du roi et les ennemis de Mayenne. Dès lors ils passèrent à Mayenne et à son parti, ils le prirent pour chef et pour guide, ils le consultèrent dans toutes les questions avant de rien décider. Au Tiers-Ltat se joignait la noblesse, qui, dès le princii>e, s'était prononcée pour le lieutenant-général. Philippe 11 ne conservait donc plus dans les États que la Chambre du clei^, dont il fallait même distraire d'Espinac et quelques autres prélats trèsinfluents, partisans de Mayenne ou du jeune duc de Guise. Ainsi, dès la fin du mois de mars, la majorité fut acquise à Mayenne dans les Etats, et, comme le dit un témoin oculaire , rien ne s'y Qt plus que sous son bon plaisir '. Ce changement est de la plus haute importance.

La révolution survenue dans les dispositions des Etats échappa complètement aux ministres espagnols : aussi

■ Villeroy, Apol. el dix:. , p. SOS B, HB A, 208 B. — L»sto\it, p. 1» B.

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PREMtteES OUVERTURES DES ESPACNOLS DANS LES ÉTATS. 379

leur conduite ne hit-elle dès-lors qu'une suite de contresens et de fausses démarches. Féria, toujours en soupçon de Mayenne, croyait qu'il importait aux intérêts de son tnfdtre de produire ses prétentions dans les États durant l'absence du Ueutenant-général. Il voulait de plus prévenir la Conférence avec les royaux, qu'il redoutût comme une occasion de rapprochement entre les partis et de danger pour Philippe II. Or, le moyen le plus efficace pour l'empêcher était de nouer une négociation entre les Etats et le roi d'Espagne, d'entamer l'élection de ce prince ou de l'Infante, qui, en mettent à néant les droits de Henri, excluait nécessairement tout rapprochement, même momentené, entre le parti du roi et les Étets de ta Ligue. En conséquence, Féria demanda audience aux États, te 29 mars, pour leur communiquer les propositions de Philippe, et obtint d'être reçu te 2 avril. Il leur parla en censeur qui blâme, en maître qui ordonne. Il condamna, dans les termes les plus sévères, la conduite du gouvernement français sous Catherine deMédicis et sous Henri III, à l'égard de l'Espagneetàt'égarddela religion. Il ajoute (pte, depuis la mort de Henri III, le catholicisme ne s'éteit soutenudauB te royaume qu'avec les secours d'hommes et d'argent fournis à la Ligue par Philippe II, et à la manière dont il rappela ces bienfaits, il en 6t un sujet de reproche et par conséquent d'offense. Il termina en leur disant que le seut moyen qu'ils eussent de sauver la religion et l'Etat en péril, éUit d'élire, sans hésitation et sans retard, un roi catholique, embra.sé du zèle de la rebgion, assez puissant pour les défendre. Et comme si, par ce qu'il venait de dire, il n'eût jKis assez clairement désigné son maître , il leur lut une lettre de Philippe II, contenant l'expression la plus naïve et même la plus grossière de ses prétentions. « Puisque , disMt-il , après tant d'autres choses par moy faites pour ce royaume, que l'on

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380 LtV. m. CR. 1. DISCOURS DE PELEVÉ A L'APPUI.

a vues et que l'on peut voir à présent, je fus encore cdkci, il sera raisonnable que vous sachiez faire proEt de l'occasion, et que l'on me paye et rende tout ce que j'ai mérité envers ce royaume, en me donnant satifaction. > Après le discours de Féria et la lecture de celte lettre, le cardinal Pelevé, président de la Chambre du clei^, prit la parole. Il s'était aperçu que l'assemblée avait été révoltée d'entendre la satire de la conduite de ses derniers rois; qu'elle avait tenu h offense les bienfaits de Philippe II, dès qu'ils avaient été j'eprochés ; que Féria avait fait par conséquent un tort inlîui à sa cause. Il chercha à détruire cette impression en prouvant, par beaucoup de traits historiques, que la France et ses rois avaient dans d'autres temps aussi bien servi la foi catholique et la nation espagnole que l'Espagne pouvait servir aujour^ d'hui la religion et la France. Quand il eut donné cette satisfaction aux susceptibilités de l'assemblée, et quand il crut les esprits ramenés, il accorda lui-même et provoqua de la part des députés la plus entière adhésion aui propositions de Féria, à la candidature de Philippe II, en exaltant les mérites de ce prince et en outrant son éloge jusqu'à l'apothéose. Il dit à l'ambassadeur : « Je reviens » maintenant à vostre roy, qui est leroy catholique, lequel » la France, après Dieu, a reconnu et recognoist pourson » libérateur... Nous confessons que votre prince, leroy » catholique, non seulement les a surpassez (les Guises 11 et les papes), par abondance de richesses, m^is aussy » par une large munificence et honneste libéralité envers » nous. Pourlequel bienfait, immortel certe8etdivin,iwwB » rendons grâces immortelles, non telles que nous de- » V0713, mais telles que nous pouvons, à sa royale ma- 11 jesté et à vostre Excellence, qui s'est voulu chat^r de B celte ambassade envers nous, et nous offrons en récom- » pense tout le devoir de bienveillance et d'affection que

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LA RÉPONSe AUX OUTEnTURES DES ESPAGNOLS AJOURNÉE. 38t

» l'on peut espérer de nmis, vous prômettaDt que la mé- » moire de ce bienfait ne sera jamai» effacée de nos en- » tendements... C'est par ce degré que sa Catholique Mau jesté se fera chemin dansle ciel , où entrent ks âmes cé- » lestes et bienheureuses des saints, et contemplera la » face de Dieu, où gist le souverain bien des bienheu- » reux ; et lorsque pour le loyer de tant de labeurs, sotif- » ferts en la cause de la religion, et sera introduite par » la bonté divine dans les célestes tabernacles, non seu- » lementmille millions d'anges, serviteurs du Très-Haut, » iront au-devant d'elle, mais une infinité de peuples » qu'elle a retirez de l'erreur, de l'infidélité ou de la mé- » chauceté de l'hérésie '. »

Les députés de la noblesse n'avcûent jamais varié dans

' Degîslre du Tiers, p, Hi, 142. Tous les coDtemporaiDs ont compris comme nous le JiacoursdePeleTé;tou8en ont été affeclÉfl comme nous; ils y out vu uu aveu de^ prétendus droits de Philippe 11, uu appui duonë de la manière la plus explicite à ses prétentions. D'Aulii' gllé, 1. IIJ, c. 18, t. m, p. 17S, édit. leiO, s'exprime ainsi ; « [Tu légut » italien, homme d'an prince estranger, qui renversoit tout recelé- D siastique, et n'ayant guËrca \k que dea preHtres ilesbaochei, Uar » donnoil les leçons d'Espagne secmdé par le cardinal Ftlevé. a L'auteur du supplément de Leatoite, coll. Michaad, p, 1S9 B, ajoute : n A » cette harangue, le cardinal Pelevé, préaident de rassemblée, a ré- D pondu par une autre beaucoup plus longue, qui a roulé sur le bon- » heur de la France lorsqu'elle étoit gouvernée par des rois catholi- » qufs;.... sur les malheurs que l'bérésie avoit causas à la France; » BUT les grandes obligations que l'on avoit au zèle du roy catholique, » qui avoit pris la défense de la religion par toute la terre. Il a conu tinué jusqu'à la fin les éloges dudit roy, le béaUBant par avance... » Tout cela pour porter l'asaemtilée de contenter ledit Roy dans l'élec- B tien d'un roy, en reconnaissance de ce que la France t-ay doit, n Le continualeur de de Serres, p. 1002, 1003, donne absolument le même sens et la même portée au discours de Pelevé. Voici comment il s'exprime : « Ud cardinal Pelevé, François de nation, mus plaidant la cause du ro; d'Espagne. >• D'après le sentiment unanime des contemporains, nous nous croyons autorisé à ne pas adopter, sur le discours de Pelevé, le jugement qu'en a porl^ on célèbre jurisconsulte moderne, M. Vivien, dans son Mémoire historique sur les Etats-généraux de 1S9S, p. 2B.

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382 LIV. m. CH. I. RÉPONSE &DX ROYAUX : LA CONFERENCE ACCEPTÉE.

leurs sentiments patriotiques - tes députés du Tiers, depuis qu'ils avaient perdu l'espoir de» lai^esses du roi catholique , étaient devenus singulièrement délicats sur l'indépendance et l'honneur national comme sur lenr propre dignité. Ils s'indignèrent du fond même des pnpositioDs : l'arrogance des Espagnols les révolta ; ils n'accueillirent que par des sarcasmes le plaidoyer de Pelevé pour l'intérêt de l'étranger et ta servitude de la France. Au tieu donc de passer à la détibéFation et au vote immédiats, auxquels Féria les invitmt, les Etats, à une grande majorité, décidèrent que les propositions du «à d'EIspague seraient soumises à un examen attentif et ultérieur : ils ajournèrent de plus leur décbion jusqu'au retour de Mayenne, qu'ils pressèrent par une lettre écrite quelques jours plus tard. D'un autre cAté, ils firent précisément l'opposé de ce que désiraient et poursuivâeiit les ministres d'I^pague. A peine Féria avait quitté l'assemblée, qu'ils onlonnèrent de donner lecture de la dernière proposition des royaux, datée du 29 mars. Le 2 et le 5 avril, ils arrêtèrent de leur répondre ; d'accepter de nouveau et plus explicitement la Conférence pour laquelle Mayenne s'était prononcé; d'offrir enfin des passeports aux députés que le parti contraire enverrait à la Conférence '. Rien ne manqua donc à' ce premier échec des Espagnols.

Le duc de Féria assembla chez lui les députés de son parti, presque tous de la Chambre du clergé, et chercha avec eux les msyens d'arrêter l'entraînement des Étals

■ Rpflùtre du Tiert-^lat contemuit , oatrc les délibérations de U Chambre 1* la haringue du duc dp Féria; 3* la lettre dn roi d'Eapt' gne aux Etats; >* la barangue da cardinal Pelevé; t* la réplique du TojauT auK Etala; K*larëponBe des Etala à ladite réplique. (RejiistTM du Tiers, p. 111, lit; da clergé, p. 407; de la uoblegae, p. BgS-Mt.) — P. Cayet, 1 V, p. i>7-140.— Lesloile et son Sapplém., p. lU, lit, 1S9.

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lOtR, UEU, DËPUTËS CHOISIS POUR LA CONFÉRENCE. 383

et de rompre la ConféreDce (7 avril). Cette tentative ne lui réussit pas mieux que la première. Dans les séances des 21, 23, %i avril, les Étals nommèrent les députéç à la Conférence, leur donnèreut les pouvoirs nécessaires, ii— xèrent le lieu où elle se tiendrait à Surène, et le jour où elle devmt s'ouvrir an 29 avril. Leurs principaux députés étaient l'archevêque de Lyon, d'Espînac, et le président Jeannin, représentant le parti et défendant l'intérêt de Mayeune ; Villeroy et Lemaistre , dévoués à la Ligue française, dont les vues et les sentiments se confondaient alors avec ceux des Politiques. Du côté des royaux, les principaux députés étaient l'archevêque de Bourges , Schomberg, l'historien de Thou. L'archevêque de Lyon et l'archevêque de Bourges devaient soutenir, de chaque côté, la discussion, et avoir la haute direction de la conférence '.

Battus du côté des États, les ministres de Philippe U se tournèrent du côté des prédicateurs de la Ligue et des Seize, et cherchèrent leur point d'appui dans leur faction. Les prédicateurs déclarèrent que ceux qui favorisaient la Conférence n'étaient pas catholiques ; et que si l'on essayait de faire de la conférence une transition à la paix avec les huguenots et les Politiques, il y aurait du sang répandu (25-28 avril). Les Seize aflichèrent, le 26 avril, des placards dans tous les quartiers de Pans. Ils protestaient avec fureur contre la Conférence, et demandaient aux Etats de nommer un roi catholique assez puissant pour défendre la religion et mùntenir l'Etat, agréé du pape et du roi d'Espagne , sous le hon plaisir desquels se ferait l'élection. Dans ces termes, Henri IV et Mayenne

> Begietre du Tiers, p. 163^70; du dergè, p. (11-itO, tiT, (iS; de la noblesse, p. 59(-5S7. — P. Cayet, l. v, p. **0 B. — Lestoiltt, p. IS6 A, 1S9 B, 1S4. Le jour et le lieu de I& conférence tureot plusieurs fois changés Bvaat d'dtre BxéB comme doub l'indiquons.

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38i UV. lit. CH. I. OPPOSITION DBS PRÉDICATEURS ET DES SEIZE.

devaieut être néctissairement exclus l'un et l'autre. Les Seize cliercbaient en même temps à gagner les anciens républicains de la Ligue et les partisans àes réformes : ils tentaient surtout de séduire les Chambres, en donnant aux droits de la nation et aux prérogatives des États-généraux la plus grande extension, au détriment delapuissaaoe royale. Les placards portaient que les Étals seraient convoqués désormais tous les cinq ans, et que -le roi se tieodrait à dix lieues pour ne pas gêner leurs délibérations. Que les États ne délibéreraient plus seulement, qu'ils résoudraient : que le roi et ses successeurs seraient tenus d'observer inviolablement leurs décisions. Que les ministres et les conseillers d'État seraient nommés par les assemblées qui se succétieraient. Qu'il serait pourvu par élections auA dignités et bénéfices ecclésiastiques, ainsi qu'aux charges de judicature, qui cesseraient d'être vénales. Ce développement des libertés publiques, mis en avant par les signataires de l'înfàme lettre adressée à Philippe II en 1591 ; cet appel menteur à une liberté qu'on devait trouver sous le joug de l'étranger et sous la domination du tyran des Pays-Bas, ne provoquèrent que le rire et le dégoût chez la bourgeoisie et chez le peuple. Quant aux Etals, ils répondirent aux avances des Seize en ordonnant des poursuites contre les auteurs des placards '.

< P. Cajet, 1. V, p. 4(a-tU : il donne le texte des placards, prole»tatiODs, propoMlioua des Seize. — Lesteile, p. liS. — RegUtre dallen, p. 170, 171.

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h CAUSE BOYALE IT NATIONALE.

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