‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 12 sur 158 · XL PRÉFACE · texte numérisé non relu

XL PRÉFACE

de l'État dans des assemblées générales et réunies périodiquemenl, pai;ce que la nation, comme le |m)uvait une récente expérience, n'était pas mûre pour ce gouvernement-, condamnant d'un aulre côté la monarchie absolue, il établit la monarchie tempérée, donnant pour contre-poids au pouvoir royal la légalité, les libertés particulières et locales qu'il respecta religieusement, et la liberté de parler avec la plume, de s'adresser à l'opinion publique, de la prendre pour auxiliaire; liberté qui seule suflisait pour garantir les droits de la nation, éclairer et contenir le gouvernement. Sa maxime et celle de Sully fut ( que plus les potentats s'arrogent d'authorité, et > entreprennent de faire des levées tortionnaires sur leurs * sujets, plus ont-ils des désirs déréglez, et s'engagent à des » despenses plus excessives à la ruine de leurs peuples. Que » les levées de deniers ne pouvoient se faire que par le com- » mun consentement des peuples, avec le gré et l'octroi des » trois Estats du royaume. > Conformant leur conduite à ce qu'ils tenaient pour une loi, non-seulecnent ils ne dépassèrent jamais la somme votée par les Notables réunis à Rouen, mais restèrent même au-dessous de quatre millions dans les dernières années du règne, et dès qu'il devint possible de diminuer les dépenses. Le roi respecta toutes les franchises et libertés de la nation existantes, etnotamment le système représentatif établi dans les pays d'États. Ces provinces, au nombre de six avant lui, furent portées à sept après la réunion du Béarn et de la Navarre à la couronne : leurs assemblées ne présentaient aucun des inconvénients des assemblées générales de la nation, leur pouvoir se bornant au vote des impôts et à la décision de questions d'un intérêt local. Leurs députés usèrent en toute liberté de ces pouvoirs, puisqu'on voit par les lettres du roiqu'ilsrepoussèrent en quelques circonstances les propositions du gouvernement. Henri étendit le régime représentatif partiel en établissant, par les dispositions de l'édît de Nantes, la périodicité et la légalité des assemblées que les calvinistes devaient tenir. La prérogative des Parlements, en en retranchant l'excessive extension qu'elle avait prise durant les troubles, se bornait à faire des remontrances. Le roi les souffrit dans toutes les occasions, en profita dans plusieurs, et ne les

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combattit jamais que par des raisons où éclatait la supériorité de son esprit, de kod expérience, de sa politique : il toléra bien en particulier que les remontrances et que le refus d'enregistrement tinssent en échec son édit de Nantes pendant près d'un an; et il ne leva l'opposition que quand il s'aperçut qu'elle compromettait la. paix publique, en même temps qu'elle arrêtait l'établissement de la'^lus précieuse des libertés. Que l'on compare sa conduite à l'égard des Parlements avec celle de Ricbelieu et de Louis XfV, et que l'on juge de la différence des régimes. Le Conseil d'Ëlat jouit de la plus entière liberté de discussion, même contre les sentiments et les désirs du roi, et eut ce privilège de l'amener plus d'une fois à son opinion. De Thou raconte, dans ses Mémoires, qu'en 1599, Henri qui avait alors besoin du Pape pour "les aiïaires extérieures, annonça dans le Conseil l'intention arrêtée où il était de satisfaire le pontife, en faisant publier en France le concile de Trente; que le chancelier et Viileroy soutinrent chaleureusement l'utilité de la mesure, et annoncèrent que les le tire s- patente s étaient déjà dressées pour en assurer l'exécution; que lui, de Thou, la combattit, en démontra les dangers, persuada au Conseil de la repousser, et au roi de s'en désister. Les particuliers trouvèrent les mêmes facilités que les corps de l'État pour produire leur opinion; chaque citoyen, sous ce règne, put faire connaître la sienne par la voie de l'impression : le nombre des écrits politiques et des satires publiés alors, la nature de plusieurs comédies, montrent de quelle large liberté jouirent les auteurs et le théâtre. Ainsi, le gouvernement avait mis la liberté partout, convaincu que sans elle il n'y avait plus pour lui ni lumières, ni conseils utiles, comme il n'y avait plus chez les citoyens ni ressort d'esprit, ni caractères énergiques, ni actions généreuses. ïi la considérait encore et avec raison, comme le principe de la vie et de l'activité pour l'industrie et le commerce, et il l'y introduisit en rendant libre le commerce des grains, avec les sages précautions que commandaient la prudence et l'intérêt public; en délivrant les compagnons et les apprentis de l'onéreuse sujétion où ils étaient retenus, et en leur conférant la maîtrise ; en leur donnant l'industrie libre pour concurrente et pour rivale à l'industrie des communautés.

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On complélera l'idée qu'on doit se faire de l'administration d? Henri IV, en obserranl que dans les établissements Tondes, dans les grands monuments érigés ou projetés par lui, ils'inspira constamment de la pensée nationale, de la pensée française, les décora du nom et de la représentation de l'histoire de la France. On enlrera enfin complélemenl dans le serrel de son gouvemeiitenl, en étudiant, el l'^^ ne peut le faire sans émotion, les maiiimes moraleselreligieusesqu'ilavait prises pour règles dans l'exercice de la puissance souveraine et dans la conduite de ses peuples, sous l'inspiration de sa conscience et sous l'œil de Dieu. Le roi chrétien el le grand roi sont là tout entiers.

La dernière période de ce rêpne, bornée à l'année 1609 el à la moitié de l'année 1610, n'ofTre pas dans sa courte durée des événements d'une moindre importance que les deux précédentes. En 1609, après dix ans de paix, après dix ans de travaux administratifs, Henri avait développé toutes les ressources intérieures du pays, avait mis le royaume dans un état de prospérité et de force inconnu Jusqu'alors. Chaque année la France rendait au delà de sa consommation , et s'enrichissait en exportant l'excédant des produits de son sol. Le trésor, outre les revenus ordinaires, avait, soit en argent comptant, soit en ressources extraordinaires toutes prêtes , ili millions de ce temps, environ 372 millions d'aujourd'hui. Notre état militaire répondait à ces ressources financières. Les choses amenées à ce point, Henri reprit la guerre si longtemps abandonnée, parce que la guerre était indispensable, parce qu'il fallait assurer dans l'avenir les destinées de la France, lui garantir les avantages de la paix de Yervins , demeurés précaires, étendre à la moitié de l'Europe le bienfait des avantages dont elle jouirait elle-même. On ne saurait trop admirer cette politique du roi, si sage, si contenue, qui n'entreprend la guerre qu'en son temps, à son heure, alors qu'elle ne peut compromettre ni l'existence, ni l'honneur de la nation, et qu'elle n'emploie que l'excédant de sa force, que le luxe de

Cette guerre nouvelle, dans laquelle Henri s'engageait, forme la moitié de ce que l'on nomme son Grand dessein. Le

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PR^ACE. ZLIil

Grand dessein est resté jusqu'ici débattu et incertain. Nous lui avons donné, nous l'espérons, toute la précision que réclame l'histoire, en nous servant du témoignage de six hommes d'Etat, dont quatre contemporains, témoins et acteurs tout ensemble, et de deux autres venus immédiatement après; en consultant des états de guerr e et de finance, d'une authenticité incoutestable ; en recourant aux clauses de traités existants et que chacun peut étudier. Une moitié du Grand dessein se compose d'idées et de projets qui préoccupèrent Henri IV, sans entrer dans le cercle de sa politique active. Sully proposa, pour mettre ces idées et ces projets spéculatifs à exécution, des moyens difficiles, peut-être impraticables. Les deux siècles ei demi qui ont suivi ont ouvert d'autres voies , et presque tous sont réalisés aujourd'hui. La seconde moitié du Grand dessein est une coalition et un armement de la France et de la moitié de l'Europe, entrepris dans un but déterminé et présent , limité à un temps fort court. Cette coalition et cet armement eurent lieu du vivant de Henri IV.

La branche allemande et la branche espagnole de la maison d'Autriche n'avaient renoncé ni à l'établissement de la monarchie universelle, ni à la destruction de la Réforme et de la liberté religieuse : elles montraient alors même leur ambition par l'occupation à main armée de la succession de Juliers, et leur haine implacable contre tout culte dissident par la proscription des Morisques : elles n'attendaient que le moment où elles seraient sorties des circonstances diUficiles dans lesquelles elles étaient maintenant jetées, pour reprendre leurs projets, avec les forces de la moitié des peuples de l'Occident qui continuaient à leur obéir. L'indépendance de toutes les natipns qui n'avaient pas subi leur joug, la liberté de conscience partout , restaient donc sous une perpétuelle menace. Après les guerres de Charles-Quint et de Philippe II , d'autres guerres les attendaient dans un prochain avenir. Henri résolut de conjurer ce danger commun à la France et à la moitié de l'Europe, et d'en fmir avec l'ambition e( l'intolérance de la maison d'Autriche, en lui enlevant tous les pays qu'elle possédait hors de l'Espagne, et en distribuant ses dépouilles à l'Allemagne et à l'Italie à jamais atfranchies. Au commencement de l'année

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