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et pour longtemps, abandonné de ces grands principes avant d'y revenir; mais on cherche vainement ce qu'ils y ont ajouté. Parmi ces doctrines, celles relatives aux droits et prérogatives de la couronne et de la nation dans leurs rapports avec la société religieuse, et celles concernant les libertés de l'Eglise gallicane, ont une sagesse et une haute utilité pratique dont on devrait être averti, en songeant que le dernier père de l'Église, Bossuet, et après lui tous les prélats émlnenls par leurs lumières jusqu'au cardinal de la Luzerne et à M. de Beausset, les ont tour à tour adoptées, y ont mis leur attache et leur sanction. Nul culte n'est assuré de son existence, s'il peut porter atteinte aux droits essentiels de la nation et aux droits du prince. La moitié de l'Europe n'a embrassé la Réforme, ou n'est restée ferme dans le schisme grec, que parce que les nations qui sont sorties de l'Eglise, ou qui sont demeurées en dehors, n'ont pas trouvé de suflisanles garanties contre les atteintes que leur portait, ou contre les craintes que leur inspirait la puissance ecclésiastique. Quatre fois la France a été sur le point de se détacher du Sainl-Siége, de se donner un patriarche, et en continuant d'être catholique-apostolique, de cesser d'être romaine, sous Henri IV, en 1594 et au commencement de 1595, sous le ministère de Richelieu, sous Mazann, sous Louis XIV en 1682 et 168']. Tout autant de fois elles'est désisté des projets de rupture, parce que le souverain el le peuple ont regardé les libertés gallicanes, dont l'Etat et l'Église nationale étaient en possession, comme une arme suffisante ' pour défendre leurs droits et leurs grands intérêts, dans leurs différends avec la cour de Rome, sans recourir à une séparation. En 1810, afrès son excommunication, Napoléon disait en propres termes, qu'il renonçait à un schisme où il entr^nerail quarante millions d'hommes, parce qu'il avait trouvé dans ces libertés les. moyens d'assurer l'indépendance du pouvoir civil. Parmi les documents d'un si haut intérêt, dont abonde le grand et bel ouvrage de M. Tbiers, celui qu'il fournit sur ce point, est sans contredit l'un des plus curieux et des plus importants '. Les libertés gallicanes, que les Politiques ju-
' U. Tbiors, Hisloirti du Consulat et de l'Empire, liv . ixxviu, t. iii.
gbajent el nommaieni le palladium de.l'État, n'étaient donc pas moins le palladium du calholicisme romain. Allaquées de nos jours par la passion des uns comme une sorle d'hérésie el de sacrilège, négligées parla légèreté et l'ignorance des autres comme une vieillerie, elles ont certainement perdu beaucoup de leur autorité. Qu'il survienne un nouveau conflit, et l'év^ nemenl décidera si le discrédit dans lequel elles sont tombées n'entraîne pas avec lui d'immenses dangers, d'incalculables conséquences pour la religion.
Le dernier des sujets se rattachant à la première période du règne de Henri lY, qui soit digne d'un grand intérêt, est la guerre. Bien que la guerre, comme nous venons de le voir, ' n'ait pas décidé et dénoué les événements, elle soulint cependant l'autorité souveraine el l'État. Nous lui avons donné une attention proportionnée à son importance. Dans chaque campagne, dans chaque entreprise, nous avons essayé de saisir et de montrer la pensée militaire, et de suivre dans leur ensemble les progrès de l'art, en nous éclairant des indications qne fournissent les récits des écrivains spéciaux dans celle partie, les ducs d'Angoulême el de'Nevers, d'Aubigné, Sully, Henri IV. Ces études commencent au plan général de guerre adopté par le roi dès sa première campagne, et à ce que l'on nopime vulgairement encore aujourd'hui le combat d'Arqués, la bataille d'Arqués. Au dire de tous les contemporains, ce fut le siège de Dieppe et le siège du camp fortifié que Henri avait donné à cette ville pour ouvrages avancés, attaqués six fois sur six points difTérenls, par Mayenne et par l'armée de la Ligue. Ces obsenalions se terminent au siège d'Amiens, à la
p. 13S, 13S. Discours de Napolion au clergé de Brabaut. « Vous ne D voulez pas prier pour moi. Est-ce parce qu'un praire romain m'a H excommuDié ? Mais qui lui en avait donné le droilT Qui peut iciu bas délier les sujets de leur serment d'obéissance au souverain insn titué par 1>^B loisT Personne, vous devez le savoir, si vous counaissez » voire religion. iRoorei-vous que ce sont vos coupables prétentions 1 qui ont poussé Luther et Calvin à séparer de Rome une partie du » monde catholique? S'il eût été nécessaire, el si je n'avais pas trouvù » rIauB la religion de Bossuct les mojeus d'assurer l'indépendance du u pouvoir civil, j'aurais, moi aussi; affraucbi la France de l'autorité « romaine, et quarante millions d'hommes m'auraient suivi. »
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campagne de Savoie et au siège de Charbonaière et de Hontmélian, où la guerre savante, la guerre de Turenne et de Vauban, se trouvent déjà, non dans leur développement, mais dans leur principe.
A la fin de la première période du règne de Henri IV, au moment où il donnait l'édil de Nantes et signait le traité de Vervins, dont le traité conclu peu après avec la Savoie fut l'annexe et le complément, une grande œuvre était accomplie. La liberté religieuse, à laquelle les rois d'Espagne avaient fait une guerre acharnée chez nous, aussi bien que dans leurs propres Ëlats; que les rois de France, depuis François I", avaient violemment persécutée, la liberté religieuse était solidement et pleinement établie dans le royaume. Les rérormés entraient en possession, non pas seulement de la liberté de conscience, que Henri leur avait assurée dès le jour de la déclaration de Saint-Cloud, dès son avènement, mais de la liberté du culte et de l'entière égalité civile avec les catholiques. La coalition contre la France, dans laquelle l'Espagne avait entraîné la Savoie, la Lorraine, le Saint-Siège, était dissoute. Les projets de conquête formés contre notre pays par Charles- Quint, suivis par Philippe II, étaient déjoués. La France avait gardé son indépendance, l'intégrité de son territoire, sa royauté nationale, ses lois fondamental es. A l'intérieur, tous les partis avaient été vaincus ou gagnés ; la royauté légitime, la succession légale, en l'emportant après une pénible lutte, avaient donné au pays l'ordre et la paix à la place de l'anarchie et de la guerre civile. C'était le triomphe de l'esprit chrétien sur l'intolérance, du droit et de la morale sur la force, des principes conservateurs sur les principes de dissolution, en même temps que le triomphe de la cause de Henri IV.
Ces questions vidées, deux autres se posaient au commencement de la seconde période de son règne, et n'étaient ni moins graves ni moins difficiles à résoudre. La France, non plus après vingt-sept ans, maisaprès trente-huit ans de guerre civile et étrangère, était arrivée au dernier degré de misère et
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de désorganisation intérieure. Si elle reslait dans cet état, les résultats déjà obtenus dans la lutte contre l'Espagne et la maison d'Autriche n'étaient que des résultats précaires, puisque sa faiblesse pouvait l'en priver dans un avenir rapproché. D'un autre côté, au milieu des privations et des souITrances des individus, elle s'abaissait comme nation, et devenait incapable soit de hâter, soit de suiiTe même Jes progrès de la civilisation. Ce n'était pas tout : si sa détresse persistait, aucun peuple de l'Europe n'avait désormais à tourner les yeux vers elle, à rien attendre de son assistance dans les efforts qu'il pouvait tenter, lui aussi, pour assurer son indépendance et sa liberté religieuse : la solidarité politique et chrétienne n'existait plus en Europe.
Deux causes semblaient devoir opposer un insurmontable obslETcle à la régénération de la France : l'excès même de la misère et du désordre ; les idées, les passions, et jusqu'aux habitudes du roi. L'un de ses serviteurs, qui ne l'avait pas quitté depuis sa première jeunesse, donne en ces. termes le résumé de sa vie jusqu'au jour où il signa la paix avec le duc de Savoie : « Les lauriers qui couvrent son chef vénérable ont 1 été cueillis au champ de trois batailles rangées, de treute- ) cinq rencontres d'armées, de cent quarante combats, de > trois cents sièges de places, où toujours son courage et son ï bras ont paru, t Cet homme de fer, qui avait pris les armes à quinze ans, les portait encore à quarante-six , elles étaient & la fois sa vie et sa gloire. Mais la France ne pouvait se rétablir et se relever qu'au milieu d'une paix profonde, et il avait promis aux Notables assemblés à Rouen de la sauver de la ruine, après l'avoir sauvée de la perte. Maîtrisant ses goûts, domptant ses instincts, quittant toutes ses habitudes, il remit l'épéedans le fourreau, se condamna à dix ans d'une paix continue pour se faire exclusivement législateur et administrateur, s'interdit la guerre comme un crime, parce qu'elle était contraire à l'intérêt publicl Cet acte de renoncement volontaire à soi-même est ce qui le caractérise d'une manière particulière dans l'histoire. C'est par là qu'il diffère de tous les souverains venus après lui et qu'il les domine. Si, dans sa vie privée, il céda aux passions et connut les faiblesses, comme homme public,
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comme prince, il s'imposa de n'avoir d'autre passion que l'amour de sa nation et l'accomplissemeut de ses devoirs de roi. Quant aux incroyables difficultés de la second^ moitié de sa lÂche, la restauration de l'État dans toutes ses parties, le rétablissement de la chose publique dans tous ses détails, il surmonta ces obstacles par la puissance et la flexibilité de son génie, l'énergie de sa volonté, et une activité qui tient du prodige.
Dans la seconde partie de son règne, on le voit régler e( réformer le gouvernement en ce qui concerne l'exercice du pouvoir, l'ordre public, la justice, l'instruction publique. Ses travaux administratifs s'étendent aux fmances, soumises pour la première fois à une comptabilité régulière ; aux impdts, dont l'assiette est changée par l'augmentation de l'impôt indirecte! la diminution de l'impAt personnel ; A l'armée de terre transformée, ou plutôt créée par une organisation entièrement nouvelle; à la marine, aux arsenaux, aux places fortes, à tout ce qui concerne la défense du territoire, comme aux établissements qui intéressent la santé et la salubrité publique. Sa vigilance et sa protection se portent sur les arts divers de l'a paix, dont il s'occupe en même temps; sur l'agriculture, sur les industries de première nécessité et de luxe, sur le commerce intérieur, sur les voies de communication par terre et par eau, sur le commerce extérieur, sur les colonies et les compagnies de commerce. Il a encore des soins et des encouragements pour ce qui fait la gloire d'une nation civilisée, et entretient chez elle le flambeau de l'intelligence, pour les sciences, les lettres, les beaux-arts, et il érige de toutes parts de grands monuments. Sully témoigne en vingt endroits de ses Mémoires quelle part active et personnelle il prit àces réformes et à ces créations. C'est bien de lui dont on peut dire qu'il pensait D'avoir rien fait tant qu'il restait quelque chose à faire ; et quand il n'aurait fallu que le temps pour ce prodigieux travail de l'entière réorganisation d'une société, on s'étonne que le temps ait sufli.
Nous n'insisterons pas sur ces institutions et sur ces établissements ; nous ne présenterons pas ici eu petit ce que l'on trouvera en grand dans notre ouvrage ; mais nous réunirons
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quelques traits épars pour donner une idée précise de ce gouvernement et de cette administration, et pour en faire connaître l'esprit. Lorsque Henri IV demeura matlre, la France sortait d'une anarchie où les dangers puMics n'avaient été surpassés que par les souffrances des parliculiers, et où le peuple avait vu tout ce qui avait été détaché momentanément du pouvoir souverain, devenir une tyrannie contre lui. Les masses souhaitaient l'ordre avec passion , avec une sorte de fureur, offraient tout pour l'oblenir, poussaient ellesmâmes à l'absolutisme. L'entraînement ne venait pas de ce seul cAté. En considérant que les Étals-généraux assemblés à Blois, en 1576 et 1588, n'avaient pris que des déterminations fac> Yeuses, fécondes en désastres; que le roi, en 1596, ayant accordé une part considérable à la nation dans le gouvernement, les Notables, égarés par l'inexpérience, n'avaient usé de leur prérogative nouvelle que pour établir le dangereux et stérile Conseil de raison, bien des hommes du cœur le plus noble, et de la plus haute intelligence, pensajenl et écrivaient que la nation était incapable de tout rOle politique; que ce qu'elle avait de mieux A faire était de se démettre de toute participation à ses affaires, et de confier uniquement ses destinées au pouvoir sans contrôle et sans contradiction, qui lui convenait seul. Henri IV repoussa cette dictature que le (lot de l'opinion lui apportait. Il jugea que les barrières mises à la puissance du prince étaient seules capables de le sauver des écarts et des chutes. Il pensa qu'une nation où les divers ordres se sentaient n'être plus rien était une nation en marche ver» la dégradation, parce que chacun des citoyens s'abaissait promptement de toute la nullité à laquelle il était réduit, et devenait indifférent à la chose publique en proportion même de ce qu'il y était étranger. Il comprit où menait un état de choses dans lequel les conseils les plus propre^ à éclairer le pouvoir sur ses erreurs, les idées les plus utiles et les plus fécondes pour le perfectionnement du gouvernement et de l'administration ne pouvaient se faire jour. Il le comprit, et prévint cette corruption de la monarchie. Convaincu que l'heure n'était pas venue d'établir le régime représentatif dans sa permanence et sa régularité, d'agiter les questions politiques et les grands intérêts
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