‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 123 sur 158 · DE BOURGES ET DES PAYS VOISINS · texte numérisé non relu

DE BOURGES ET DES PAYS VOISINS

mime où les habitants éUiient maîtres chez eux , en feaant l'équilibre égal entre les Politiques et les Seize ou gens du Cordon. De retour à Orléans après les États de Paris, il avait fait pencher la balance du cAté des Politiques en se déclarant ouvertement pour eux, en bannissant de la ville les principaux des Seize, en eompiimaot les autres par des batteries placées aux abords de son logis. Le jeudi 17 février, il assembla dans sa maison l'évèque d'Oh-léans, le maire, leséchevins, les principaux habitants. Il les exhorta à traiter avec Henri par un discours où il fit valoir éloquemment la durée indéfinie et les malheurs de la guerre civile par la persistance dans la révolte ; les dangers courus par la France, chaque jour plus affaiblie, ' de tomber sous la tyrannique et insolente domination des Espagnols ; l'exemple donné par d'autres villes et d'autres provinces de se soumettre ; la légitimité du pouvoir et la solidité de la conversion-dû roi; la contrainte imposée au pape, et le peu de compte i\ne l'on devait faire ainsi de son refus de valider l'absolution. La Chastre ordonna ensuite de donner lecture aux assistantsdel'édit favorable que leurs députés avaient obtenu de Henri pour la réduction de leur ville, édit qui fut accueilli par des témoignages unanimes de satisfaction. Le gouverneur et les habitants se déclarèrent alors d'un commun accord pour le roi, et leur résolution ramena en peu de jours sous son autorité Orléans, Bourges, et toute la partie de l'Orléanais et du Berry qui jusqu'alors avait obéi à l'Union '.

Le roi aidait puissamment à la défection qui s'opérait dans la Ligue, en continuant à employer simultanément les moyens de la force et ceux de la conciliation. Depuis

' p. Cayet, 1. vi, p. S(3-5«8. — Tbiumna, 1. cviii, § 17, t. v, p. 3*0- U%. — Utlres uifSLvea de Henri IV des 2« et 38 février 1SS4, t. it, p. 97-100. — Edils du roi sur la réduction de la ville d'Oriéaus, de la ville et généralité de Bourges ea son obéissance, dans k Recueil des édils du roi Henri IV pour la réunioii de ses ei^ela, toi. 3-19.

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520 LiV. IV. CH. ll|. SACRE DU ROI.

la rupture de ta trêve, ses garnisons avaient recommencé les ravages auz environs des riUes restées ligueuses et notamment de Paris: ces villes souffiraientde nouveau de l'interruption de leur commerce et de la faim. D'an autre cAté , il se donnait successivement toutes les fractions de légitimité que lui demandùt l'opinion populaire. Auprès d'ime partie des masses , encore pleines des idées du moyen-âge, et ne séparant pas le temporel du spirituel, un prince qui n'avait pas reçu la sanction de l'Elise, qui n'était pas sacré , n'était pas roi. Henri se hJÛa de lever l'objection qu'elles faisaient à son pouvoir, de satisfaire à leur exigence. Reims étant encore au pouvoir des Ligueurs, le roi, autorisé par l'exemple de quelques-uns de ses prédécesseurs, se fit sacrer et coim>nna' dans Chartres, par les mains de l'évèqne de cette ville, avec la sainte ampoule de Saint-Mariîn, tirée de l'abbaye de Marmoutiers, prèsde Tours. À cette cérémonie assistèrent trois princes du sang et trois ducs, tenant le lieu des six pairs laïques , et les évèques de Chartres , de Nantes, de Digne, de Maillezais, d'Orléans, d'Angers, représoitant les pairs ecclésiastiques (27 février 1594). Le haut clet^é, qui dès le principe s'étiùt prononcé pour sa royauté, lui donnait encore la consécration , le dernier appui dont elle avait besoin '.

Tandis que Meaux, Ais, Lyon, Orléans, Boui^es opéraient leur réduction, Paris préparait la sienne. A Paris, nous l'avons vu, la grande majorité avût accueilli avec ehtiiousiasme le retour du roi à la religion de ses pères, et depuis sa conversion le nombre de ses partisans s'y augmentait chaque jour *. Les événements de la guerre,

' Lettre mbaive da i8 Kvrier, t. iv, p. ItO-lDl. «Cette action oA le » peuple coDslitue beaucoup d'efficace. » P. Cayet, 1. ti. p. SS» A, 85ï-56i. ~ ThuBuus, l. cïin, § !S, p. 3iS-3ts. — Chevem;, Mém-, t x, p. BBS.

* P. Cayel, 1. ti, p. 541 B. a Les Politiques qui mnlUplioient de jour

EFFORTS DE HATENNE POUR PRÉVENIR LE SOULEVEMErn- DE PARIS. 521

le» ttoufiniDces de tous les jours décidèrent ceux qui hésitaient encore. Le 1" janvier, à k reprise des hostilités, la garnison de Saint-Deois délit les troupes ligueuses qui occupaient Charenton , et s'empara dn boui^. Cette action jeta la consternation dans le cœur des Parisiens. Dreux, Meaux, et en dernier lieu Charenton, tombés depnis six mois ao pouvoir du rot, enlevaient les approvisionnements de la Beaàce et du cours de la Marne à la capitale, déjà privée des produits de presque toutes les autres provinces. La disette des vivres et des autres denrées se lit durement sentir à la population entière : en ontre, par suite de l'interruption des communications, les commerçants perdirent tout profit et tout moyen d'existence. Dès lors le peuple de Paris , dans toutes ses classes honoéles, n'aspira plus qu'à se replacer sous l'obéissance de Henri , et demanda la paix à grands cris. Les PoUtiquesetlesLigueurs français dans la haute boiu^ geoisie et dans le Parlement partageaient ces sentiments, mais déterminés par de plus hautes considérations. Ils voulaient couper la racine de la guerre civile, et garantir leur patrie de la domination étrangère que les délibérations des États de la Ligue leur avaient montrée prochfûne et menaçante : pour y parvenir, ils voulaient rendre Paris au roi, et ils y (ravmllaient chaque jour depuis sa cobversion. Mayenne, attentif à leur dessein, avait ^ia d'énergiques mesures pour l'arrêter. Dès le 28 décembre 1593, il avait banni de Paris plusieurs chefs du parti politique, plusieurs boui^eois influents dans leurs quartiers, entre autres les coloneb Daubray, Passard, Marchand. Le 8 janvier, il avait destitué le gouverneur Belin, qui disait hautement être français et non espagnol, qui

D eo jour dsDB Puis, principalement encore depuis la coDverûon du u rgj, ne UisBâreDl de poursaiTre leur dessein pour remettre ceste a Tille eo l'obéisMDce de Sa H^je^té. d

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523 UV.IV.CH.U.D'O ET LBPAim DES GUMbS AUXILIAIRES DBHATUmE.

se iDontrait dévoué au Parlement, favorable à un traité avec Henri. D'accord avec le légat et avec Féria, il avait remplacé Belio par Cossé-bissac, sar lequel les Espagnols faisaient grand fond à cause de la part active qu'il avaitpriseauxBarricades.etsur lequel Mayenne croyùt, de son c6lé, pouvoir compter, parce qu'il lui avait en particulier engagé sa foi. Le lieutenant-général avait eocote ressuscité Te pouvoir des Seize, qu'il avait de nouveau donnée pour adversaires aux Politiques ; anné contre la boui^eoisie la plus vile populace, les Minotiers au nombre de plus de quatre mille, qui dans chaque quartier, dans chaque rue étaient les terroristes de la Ligue ; augmenté la garnison française, et la garnison étrangère de divers corps d'Espagnols, de Napolitains, de Wallons. Enfla trompé par les promesses des ministres espagnols, il espérait s'être réconcilié avec Philippe II, l'avoir amené à marier l'Infante à son fils , et il fais^t plus étroitement que jamais cause commune avec lui < . Le parti des grands qui entouraient le roi travailla jusqu'au bout à l'empêcher de se rendre entièrement maître du pouvoir, et l'on surprend quelques seigneurs à la fin de cette longue lutte , honteux auxiliaires de Mayenne , aidant le chef de la Ligue à garder les derniers restes de sa puissance. François d'O, ancien gouverneur de Paris, mit tout en œuvre pour faire échouer les intelligences que Henri entretenait dans cette ville, et pour l'empêcher de s'en emparer : au gouvernement de Paris, d'O préférait une royauté faible, les vols impunis, le pouvoir désordonné qu'il trouvait dans l'anarchie *.

> TtiuEmne, 1. cthi, §§ tS, 18, t. t, p. S36, S37. — Leatoilé, p. 1SG, 187, ISS, igM98, iOO B, 20! À, VU, 311 A, 314. Les miDOtkrs netraient chaque Bemaioe des agents espagnols ud mtnot «le blé et une dalle de quaraDte-ciDq sous. — CheTemy, Mém., \i. 5M. — P. Cayet,

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