LETTRES DU ROI AUX LTOKNAIS : SON EDIT BN LEUR PAVEUR
conduisirent avec autant de désintéressement que de modération et de courage. Ni les chefs de l'entreprise ni le peuple ne stipulèrent rien avec le roi : ils s'affranchirent et se remirent sous son autorité sans condition. Il est remarquable que tandis que la réduction de tant d'autres villes de la Ligue coûta des sommes immenses au prince et au pays, celle de Lyon ne leur coûta rien, comme le prouve l'étal de ces sommes subsistant aujourd'hui. Henri les félicita et le's remercia d'abord par deux lettres des 20 et 22 février. U rendit ensuite au mois de mai un cdit en leur faveur, dressé conformément aux désirs exprimés par leurs députés. L'édit vantât la ^ncérité du zèle, la promptitude de l'affection qu'ils avaient témoignées au roi, l'exemple qn'ils avaient donné, parmi les premiers en France, de terminer la guerre civile, et de repousser la domination étrangère. L'édit portait en propres termes que « la bonne ville de Lyon s'étott » acquis ainsi une gloire et louange qui passeroit à toute » la postérité ; qu'elle avoit en cela laissé un exemple à » toutes les autres qui recommanderoit et Uonoreroit à » jamais la mémoire des habitants. » Ëloge qu'ils méritaient, non-seulement pour le fait en lui-même et pour ses conséquences, mais aussi pour la manière dont ils l'avaient accompli, s' étant les premiers alfrancbis à main armée, et s'étant soumis sans condition. L'édit, conforme en ce point à celui de t577, leur donnait le droit de n'avoir dans leur ville et dans leurs faubourgs l'exercice d'autre religion que de la catholique, apostolique et romaine. Il révoquait la confiscation des biens, ol&ces, bénéfices, encourue par eux pendant les cinq années de leur révolte. Il leur accordait l'oubli de tout ce qui s'était passé depuis le commencemenl-des troubles de lK8i), la remise de ce qu'ils avaient pris des droits du roi diwant ce temps. Il leur donnait l'assurance que le roi ne bàti-
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516 LIV. IV. CB. 11. DISPOSITIONS DE l'ÉDIT EN FAVEUR DBS LTOMMAU.
rsit jamais de citadelle en leur ville, qu'il n'en élèverait que dans leurs cœurs et bonnes volontés ; promesse qui ét^t toute autre chose qu'une phrase, si près du temps où le duc de Nemours avait résolu la construction de deux forteresses pour les asservir. L'édit les confirmait dans leurs privilèges, franchises et libertés ; approuvait tous ■ les actes faits, toutes les mestires prises par eux et par le colonel Omano lors de leur insurrection ; promettfiit de les défendre contre tous ceux qui chercheraient à venger sur eux l'arrestation et l'emprisonnement du duc de Nemours '.
En France tout est contagieux , tout se communique avec une rapidité électrique, dans le bien comme dans le mal. Le mouvement insurrectionnel parti de Lyon s'élendit bientAt à Paris, aux villes de la Ôiampsgne , de la I^cardie, de la Bourgogne. Partout ce mouvement produisit des merveilles de courage dans la bourgeoisie, ici pour briser les fers où les retendent les tyrans de la Ligue, là pour chasser l'Espagnol, et dans quelques cités pour se délivrer de ces deux ennemis à la fois. Si le roi et la France achetèrent cher souvent la soumission des provinces et des villes, la boui^eoisie partout resta pure de ces marchés : dans ce que demandait le changement de parti, elle ne prit potlr elle que les dangers ; les faveurs du roi vinrent après, si elles purent.
* Pour ceB quatre paragraphes, voir U lettre d'un boorgeoU de LjOD, téiuoia et acleur dans riuaarraction de Lyon, écrite au moment de l'avènement et reçue à Paris dèa le IS fâvrier, dans le Supplément de Lesloile, p. SD6.S08. — M. Péricaud, notes et documenta dié* des pièces et des actes de la locaUlé, pour servir b rtûatoire de Ljoti, p. 186-190. — P. Cayel, 1. vi, p. s(t, «8. — Tbnanua, I. Cïui, § i», t. V, p. 337-389. — IVAubigné, hUt. unir., t. m, 1. iv, c. 3, p. 131, 8Si. — Lettres du roi aux Lyonnais, dea SD et ii février lS9i, dons le Recneil des lett missiv., t. iv, p. 66-98-100. — Eilit et déclaratioa du roi sur la réduction de la ville de Lyon, dans le Recueil des édita du roi Heuri IV sur la réuniOD de ses sujets, in-S*, leil, toi. 89-89.
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MOeiLBS DIVERS DES CHEFS DE LA LIGUE, 517
Là OÙ la réduction eut lieu par l'intermédiaire des anciens che& de la Ligue, elle fut moins noble et motos généreuse. Comme il airive toujours dans les temps de révolution, époques de tentation pour'la convoitise, il y avait chez ces seigneurs beaucoup d'exigences avides, de prétentions ambitieuses, mêlées à des mobiles purs et élevés, à de patriotiques sentiments : l'inti^rêt privé et l'intérêt public agissaient également sur eux. Tous vou- Ifùent de l'argent : les uns prétendaient retrouver les chaînes et honneurs qu'ils avaient eus sous Henri III ; les autres conserver ce qu'ils avaient acquis durant la Ligue, et mettre leur fortune à l'abri des coups qui venaient de frapper Nemours. En même temps ils entendaient sauver à leurs pays le renouvellement de la guerre civile, les dangers de l'invasion, la honte de la domination étrangère. Villeroy, l'homme politique et le principal représentant des ligueurs français, qui, depuis 1 589, et pliis vivement que jamais durant les États de 1589, avait combattu les prétentions de Philippe II et de Tinfaute à la couronne ; qui avait réservé même contre Mayenne et les autres princes lorraios le privilège de la maison de Bourbon et les droits du roi, pourvu qu'il se fit catholique, avait le 2 janvier 1594, par une lettre fameuse en ces temps , sommé Mayenne de traiter. N'ayant pu le persuader, il entra en accord avec Henri au commencement de février pour lui et pour son fils d'Alincourt. Ils convinrent de rentrer au service du roi, et de lui livrer la ville de Pontoise où commandât d'AUncourt, sous condition qu'outre une forte somme de deniers, Villeroy recevrait la charge de secrétaire d'État ou ministre, et que son fils garderait le gouvernement de Pontoise. Pontoise, avec Meaux déjà livré , resserraient prodigieusement Paris. Dans le même temps, d'Estourmel, l'un des deux beaux-frères de St-Luc, traita avec le roi
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518 LIV. IV. CB. 11. TRAITÉ A TBIIXE DB VILLEHOY ET d'ESTOUMBL.
pour les trois villes de Picardie, PéroDoe, Roye, Montdidier. Davila «qualifie ces trois places de considérâmes et elles l'étaient à cette époque, parce qii'dies pouvaient donner facilité ou empêchement aune invasion espagnole partie des Pays-Bas. Yilleroy, d'Âliucourt, d'Estounnel convinrent alors de leur réduction, mais ne l'effectuèrent pas : ils entrèrent seulement pour quelques mois en trêve et en neutralité avec Henri : ils ne se déclarèrent ouvertement pour lui et ne lui livrèrent leurs villes qu'aux mois, de mars et d'avril, après la réduction de Paris < . On le voit, ces transactions favorables aux affaires du roi et à la cause nationale, n'eurent pas lieu sans de méticuleuses précautions pour ne rien aventurer , ne rien compromettre ; sans une grande préoccupation et un grand ménagement de l'intérêt privé.
La Chastre avait vigoureusement combattu durant les Etats de 1 593, la royauté de l'Infante, l'élection d'un roi avec les conditions frauduleuses des Espagnols. Il'élait passé de la Ligue gulsarde dans la Ligue française, quand il avait vu le roi lever par son abjuration les scrupules et les craintes des catholiques. Il suivait la même ligne de conduite que Yilleroy. En traitant avec Henri, il ne se montra ni moins préoccupé de ses intérêts, ni moins exigeant ; > mais il mit plus de décision dans ses démarches, se prononça plus franchement et plus promptement. Pendant cinq ans, il avùt soutenu la Ligue gulsarde et l'autorité de Mayenne à Orléans, ville de com-
' VîWeroy, Apol. et dise, p. Si9 B, et lettre k Mayenne, p. Ï5(, MS. — Pour l'époque de la promesse de worniatioa, de la trjve et de la nentralilé avec le roi de Villeroy, d'Aliocourt, d'Estourmel, voir de Thou, 1. cviir, g 16, t. V, p. 33B du texte latin. — Davila, L xiv, t. m, p. 460, — Supplément de Leatoile, p. î06 A. Pour l'époque où la promesse s'accoinplil, et où les villes sont livrées, voir les Lettr. missiv. ■ citées ci'aprèa.
* On verra ci-après ï la fia du chapitre iv, quelles conditions il mil
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