‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 131 sur 158 · LIV. IV. CH. 11. DKMAWE D ABSOLUTION AD PAPE · texte numérisé non relu

LIV. IV. CH. 11. DKMAWE D ABSOLUTION AD PAPE

Rome et dans le coDclave de Philippe II et de la Uctiaù espagnole. Placé comme eux entre le royaume de Naples espagnol, le Nilanez etla Francbe-Comté espagnds. il s'était vu incessamment pressé et menacé par les forces et les armées de son redoutable voisin , et il avait eu de plus à compter avec lui, pour les subsistances de Rome. Entré dans ces relations de gratitude obséquieuse et de dépendance A l'égard du Foi d'Espagne, il s'était trouvé dans des rapports en quelque sorte forcément hostilfs avec le roi de France. De plus il avait partagé ardemmeot les répugnances, ainsi que les apprébensionspourlasùreté du catholicisme, que l'hérésie du roi inspirait à la partie honnête mais prévenue de l'Union, à la Ligue française. DciDS ces dispositions, il s'était porté pour l'ennemi {«ononcé de Henri en 1592 et 1593. Nousavonsvu ', qu'au début de son ponliticat, il ne le qualifiait dans ses bulles <:pie de tyran hérétique ; qu'il déléguait en France Séga, évêque de Plaisance, pour le combattre ; qu'il laissait sans opposition ce légat travailler de tout son pouvoir dans les États de la Ligue à l'élection d'un roi, compétiteur de Ilenri IV, sous la direction de ministres espagnols, conformément aux vues et aux projets de Philippe 11. U .conversion de Henri avait changé les dispositions de Clément VIIl, Il n'avait plu-s rien à redouter pour la ta orthodoxe et pour l'autorité du St-Siége, d'un prince passé dans les rangs des catholiques et feisant offiv de i-endre au pape toute soumission et tout honneur : loia delà, Henri devait replacer sous son entière obédience ces Parlements, ce clergé gallican, que la nécessilé de défendre l'indépendance du pays, de maintenir l'autorité royale, et non le libertinage d'esprit, le penchaqt à la Réformé avaient aliénés et éloignés de la cour de Home. Ajoutez que Clément VIII, sans avoir l'énei^e, le màie

I Livre ii, cli. fl, p. itt àe cetl« liistoLre.

^lailizccbvGoOglf

PnEHIÈRKS MSPOSmONS DU PAPB. GON^QUBNCBS DBL'&BSOUmON. 561

courage de Sixte-Quint, partageait cependant son amour pour l'indépendance ; qu'il trouvait humiliant pour lui, déshonorant et dangereux pour l'Eglise que la papauté fût asservie à Philippe 11 ; qu'il espérait opposer , la Fiance pacifiée à l'Espagne, briser ainsi sa chaîne, se soustraire à l'indigne esclavage où le roi cathoHque avait retenu ses prédécesseurs. Aussi le premier mouvement du pape avait été de se conduire en père commun des tîdèlea à l'égard de Henri IV, aussitôt après son abjuration. A ses lettres, à ses avances, il avait répondu en témoignant au duc de Nevers, par l'intermédiaire du jésuite Poussevin, qu'il se réjouissait de la conversion du roi ; qu'il était disposé à le recevoir dans le sein de l'Eglise et à loi donner l'absolution.

La conséquence de l'absolution devait être de désarmer tous les chefs de la Ligue, moins Mayenne peut-être , de pacifier le royaume, de ruiner les projets d'usurpation de l'Espagnol. Aussi Phibppe II mit-il tour à tour en œuvre les menaces et la séduction pour empêcher le pape de l'accorder. Toutes les relations contemporaines témoignent unanimement des moyens qu'il employa auprès de Clément VIII. Nous neprodmrons ici celle qui se trouve dans les mémoires du duc de Nevers, ambassadeur de France à Rome, et qui à pour auteur le duc luimême. ËUe montre quel éltut véritablement le catholicisme de Philippe II, de ses ministres, de ses partisans dans les diverses cours de l'Europe ; quelle conduite ifs tenaient à l'égard des papes; quel respect ils portaient à leur caractère et à leur autorité ; quel usage ils faisaient de la religion ; à quel point ils se jouaient de ce que les hommes ont de plus saint et de plus sacré. Ellle dévoile en outre lea secrets ressorts de la politique espagnole, son intervention dans les afTaires des pays voisins : enfin elle fait connaître admii-ablement les intérêts géné-

:!,a,l,z..bvG00gIe

663 LIT. IV. CR. III. HBNÀCI8 OS PHILIPPE 11 k CttaOTT VIIL

raiix et l'fsprit du (emps^ a Le duc de Sessa, dit la relation, voyant le Pape aucunement incliné à admettre la convemon du roi, dont i! se réjouissait, comme même il l'avoit fut entendre par le jésuite Pousaevin à M. de Nevers, se résolut de l'empêcher en ce dessein, H avec ses partisans, intiniider Sa Sainteté de la part du roi d'Espagne, son maître; usant de telles menaces, que si le Pape se laissait aller à la requête dudit sieur de Nevers, son maître lui déclaroit qu'il affameroit Rome , ne permettant qu'il y vint aucunes gnûoes ni autres commodités de Sicile, Naples et autres siennes terres. Qu'il ferait un schisme en Espagne et autres siens royaumes; qu'il mettrait telle division parmi les cardinaux que cela lui apporteroit un grand préjudice. Qu'il susciteroit l'Empereur à redemander Rome et autres villes appartenantes k l'Empereur, comme mal données au Pape par l'empereur Constantin. Que son dit maître seroit exécuteur lui-même des dites demandes , lequel au pis aller lui ferott la guerre ouverte, conmie son père avoit fait k Paol Famèse. Qu'il feroit intimer un concile général contre Sa Sainteté, par le moyen de l'Empereur et autres princes d'Aliem^ne, lesquels loi pourraient ftùre la guerre jusques aux portes de Rome, pour la commodité qu'il leur en donneroit.

0 Et au contrmre remontrait à Sa Sainteté qu'elle devoit plutôt laisser ruiner la France et y permettre la guerre... Que ce seroit le grand avantage de Sa Sainteté et du Saint-Siège si la couronne de France se divisoit, parce qu'étant en parcelles, et sous la communauté des villes particulières, ou sous la domination de princes et seigneurs qui en usurperaient chacun sa part. Sa Sainteté en serait mieux obéie et respectée qu'elle n'a été et n'est à présent; parce que n'y ayant qu'un roi, le corps demeure fort et entier, même le clergé, qui, jaloux de

^oiizccbvGoogle

SfclHICTKWS EHPLOTfcES PI^B PHIUPPE U WPRtÈ DU PAPB. 503

ses privilèges et libertés anciennes, les débat. Ce qu'il ne pourra faire, pour être divisé en mille parts et sous lu domination de divers princes , de la volonté desquels lesdites parts dépendront ; et n'aura plus la force ledit clergé de débattre ses dits privilèges comme il a fait, s'ôpposant b. plusieurs ordonnances, décrets et canons des papes. Que l'autorité du roi étoit aidée et supportée de deux autres corps non moins forts, à savoir la Sorbonne de Paris et les cours de Parlement de France. Que les Parlements ne pourront plus s'entremettre de corriger ou retrancher les facultés des papes et légats; car le Parlement n'aura plus ses autorités passées, voulant chacun seigneur avoir te sien. Quaot à la Sorbonne, elle sera ruinée et ira par terre, parce qu'étant composée de docteurs de toutes les provinces de France, et partant représentant tout le corps du royaume, la ville devenant franche à elle-même, les autres villes et seigneurs ne lui voudront déférer ce privilège, ni la reconnohre en aucune chose. De manifinî que l'autorité du clergé, du Pariement, de la Sorbonne, s'en iront en fumée, avec les privilèges et libertés de l'Église gallicane ; et sera le Pape reconnu et obéi de tous sans contredit et sans difficulté i. »

On peut donner pour contrôle aux assertions du duc de Nevers, seigneur du parti du roi, les assertions de La Chastre pendant si longtemps l'un des principaux conseillers de Mayenne, et initié en cette qualité à tous les secrets du parti de la Ligue et de la cour de Madrid. La Chastre confirme de point en point, dans son discours du 1 7 février 1 594, les allégations du duc de Nevers. Gomme lui, il représente le pape en butte aux menaces et aux violences de Philippe II, ne pouvant plus ni agir, ni

* Les inlimtdalions qui taKnt raitea an pape Clament VIII par lo dnc de Scssa, dnDS les Mëm. du dun de Never.-i, t. ir, p. 710, 747, infolio. Nous n'avons changé que rorlhographc.

^oiizccbvGoogle

56i LIT. IV. CH. ttl. RAISONS ET PMÈRBS DO IWC DE HpTEBS.

mâme vouloir, qu'an gré des Espagnols : comme Ini , il montre le roi catholique ayant réduit rautoiité du vicain de Jésus-Ghmt au service de sa politique, et il appncie sa religion avec une fenneté de raison et une liberté qui jettent sur l'esprit du temps une lumière toute nouvelle. Gomme lui enfin , il représente le pape intimidé d'abwd, ensuite prévenu, circonvenu, séduit par les Espi^nids, et se laissant entraîner à leurs desseins '.

Le duc de Nevers arrivé à Rome le dimanche 21 novembre 1593, avec qualité d'ambassadeuir de Henri, reçut cinq audiences de Clément VIII entre le 23 novenn bre 1593 et le 10 janvier 1594. Pour obtenir du pape rabsoluUon du roi, il fit valoir inutilement les plus fortes considérations tirées de la justice, de la politique, de la religion même et de l'intérêt de la cour de Rome : il pria, il supplia, il se jeta à genoux, le tout eo vain. En ce qui touchait aux rapports de l'État avec l'Eglise , il loi dit en particulier que s'il retournait en France avec nne décision contraireàce qu'attendwentles Français royaux, si nombreux dans le pays, il prévoyait une catastrophe, et il lui exposa avec la plus grande force les inévil^Jes

* Discours de La Chasire aux habitants d'Orléans, le 17 KvrierlSlt. dans Cajet, 1. vi, p. >tS B. — n Les Espagnols ont esté si avant que » l'ambassadeur du roj catholique, résident à Rome près de Sa SÀÏd- B teté, l'a bien osé menacer, sons le nom de son maislre, qu'il romn proit l'alliance et amitié , s'il consentoll à ri^ceToir Le ro j à sa cod-

■ Terwon. Et de plus luy dit qu'il empescheroit les traites de Wed

■ qui vieoaent de Naples et de Sicile A Rome, pour la noanitiirc de ce B grand peuple. Voit* vayet par là, messieuri, de quelle pUU ei rtlia gioa loni touchez ca nouveaux ckreâliens. Je voua diray bien encores B que le pape reçut cette indignité là avec tant de regret et de de>n plaisir, qu'il s'en mist an lict et en pleura; se plaignant à quelques D cArdinaux, qui estoieut autour de luy, de se voir torcé eu ses to- » lonlez, et ne pouvoir distribuer ses bénédictions sans le gré et ohi- B seulement des Espagnols. Cela, messieura, ne vous doit-U pas aaseï B Taire juger quelle est l'iutentiou de Sa Saiolelé, et que ti elle n'f- » toit pnint préoenue, ou retenue de crainte, elle ne seroit si longue i

■ se résoudre au bieu et salut de ce^t EalalT >>

^oiizccbvGoogle

n&ISONS BT PMÈRES DU DUC DE KBVBRS. 565

conséquences du refus dans lequel il s'opiniàtrait. h II » craignait, lui dit-il, qu'il ne fût remis en avant etpeut- » être embrassé certain règlement qui avait été ci-devant » dressé touchant Fexpédition des bulles', pour être gardé » par forme de provision et jusqu'à ce que Grégoire XÏW » ettt adouci sa rigueur et sévérité à l'endroit du roi et de » tant de bons catholiques qui le servaient, et qu'il fût B délivré du trës-pemicieuz conseil espagnol qui le dé- » tenait enveloppé, et lui faisait faire ce qu'il voulait. Il » ajoutait que ce règlement pour lors avait été rejeté par » l'avis de plusieurs personnages d'houneur sur l'espé- » rance que l'on avait prise que Sa Sainteté embrasserait » la paix de la France. Qu^cette espérance étant perdue n par son retour, s'il ne rapportait de Rome que des refus, » serait cause de faire maintenant effectuer ce règlement, » chose qu'il reconnmssmt fort biea qui apporterait » beaucoup de déplaisir à Sa Sainteté, et de grands dé- » aordres en l'Eglise, lesquels , m son particulier, lui » faisaient hérisser les cheveux , et trembler le cceur à y

» penser seulement Que la réponse négative du pape

» pour tout certfdn mettrait au désespoir beaucoup de u personnes ; pour lui, qu'il souhaitait s'être rompu une » jambe avant son partement dé France , afin de n'être •a réduit à y porter une réponse si étrange, considérant » le scandale ci-devant advenu en Allemagne et ailleurs, » pour les occasions que chacun sçavott *. »

Ces vives paroles qui montraient la France royale hésitant entre un schisme et une rupture complète avec la Cour deRomeparl'adoption delà Réforme, avaientdouble force dans la bouche du duc de Nevers : en effet, chacun savait,

■ Il e'agisaait des bulles par lesquelles le« papes devaieiit conânner les nom bâtions laites par le roi aux archevêchés, Ëricbês, abbajes.

• DiBcoara de ce i\ae lit M. le duc de Nevere à son voyage de Rome ^Q rauiiée 1593, àaoi ses Uémoires, t. II, p. 43g, il9. Mous ne changeons que l'orthographe.

^oiizccbvGoogle

566 LIV. IV. CH. 111. LE FAPB REFUSE DE RATlFIEn t'ABSOUmOH.

et Clément Vdl aussi Lien que personne, qu'entre les catholiques de France qui nepouss^ent pas le respect pom la papauté jusqu'à rultramontanisme, nul n'était ^ns sincèrement dévoué que le duc au St-Siége. Ces discours ne purent cependant ni fléchir le pape, ni changer sa résolution. Les menaces du roi catholique l'avaient ébran- lé ; ses raisonnements captieux , la perspective qu'il lui avait présentée d'un accroissement d'autorité par le démembrement de la France, l'avaient séduit ; l'idée que les forces combinées de l'Espagne et de la Ligue , alcrs presqu'intactes encore , parviendraient en peu de temps à ruiner et à renverser Henri , l'avait délenniné et îamement arrêté dans la résolution de refuser l'absolutioD. Davila, partout favorable dans son livre au StSiége, ne laisse pas ignorer la raison déterminante du pape : au sujet de l'ambassade et de l'Insuccès du duc de Nevert, il dit en propres termes : u Le duc de Nevers s'aperçut que le pape ne montroit tant d'inflexibilité que parce qu'il doutoit des forces du roi, et s'imaginoit que les ligueurs catholiques joints au roi d'Espagne, étoient eu état de l'accabler. » De Thou rend à cet égard pareil témoignage et s'exprime presque dans les mêmes larmes '. En conséquence Clément "VIU congédia le duc de Nevers le 15 janvier 1594, en maintenant jusqu'au bout ce qu'il avait annoncé dans le consistoire le 28 décembre 1593, qu'il refusait au Navarrois l'absolution dans le for inlérieur de la conscience , l'absolution dans le for extérieur, sa réhabilitation, et par conséquent le caractère et l'autorité nécessaires pour commander à ses sujets *. La Ligue

' Davila, I. iiv, p. «1. ~ Thuanus, l. chu, §. SI, t. t, p. S18. •1 Hiaeoa ad pontiflcem, cum CenomaneDsi epîscopu et Parisieoii àe- B uaao, NiTerniud ruerai, rogatum ut recoQcilialioiiein ratam batierel.

u Fervtaiibut adkuc ficderaiorvm rthus, et jtraaalmte ftoma Hapana » facliane, repulsam passus. u > Pour les cmq paragraphes précédenU, voir I* Le disconn de «e

^oiizccbvGoogle

SUR CB RSniS, ARRÊT DU PARl^MENT DU i" AVRIL. 567

était ainsi fo^woqaée à résister et à étemîeer la guerre civile ; Philippe U aidé dans son projet d'envahir et de subjuguer la France ; les efforts du roi pour détourner ces malheurs du pays déclarés impies et ses armes sacrilèges.

Le roi, ses minbtres, ses Parlements, et avec eux la moitié de la France, se mirent aus^tAt en défense contre ces incroyables abus de l'autorité spirituelle, donnant des armes à nos ennemis du dedans et du dehors. Par arrêt du 1" avriil 1594, confirmatif de la Pragmatique de 1592, le Parlement de Paris, qui siégeait encore à Tours pour quelques semaines, ordonna à la requête du procureur général, qu'on n'enverrait plus à Rome pour tout ce qui regardait les bénéfices ecclésiastiques , comme le duc de Nevers l'avait annoncé en partant; que les sujets nomn^és par le roi aux archevêchés, évêchés, grandes abbayes et autres bénéfices, tireraient des archevêques et évêques du royaume les bulles nécessaires à leur envoi en possession, pour lesquelles on s'adressait auparavant au

qae St M. de Heveta A soa voyage à Rome en l'année 1B9S, t. ii de ses UémoireB p. tOS-43B. 3* Discoura de la légation de H. le duc de

Nevers, envoya par le [rèâ uhrealien roy de Franche el de Navarre ' Henri IV^ vere le pape aément VJfl, t. ii, p. tST-(89. S* Lee [ntimidationB qui furent au pape Clëment VIII, par le duc de Seasa, lors de l'absolution du roy Henri IV, t. u, p. 7t6, 717. — ^' Relatio diclonun a Clémente papa die 38 decetnbris lS9g, in Consislorio, circa Henricam IV el «tatum Franciœ, t. u, p. fiSg-fitl. « Quod ad regni calan milatea el partium atndia, et catholicorum principnm imbecilLtatem, a nibil novum aoribus nostris attutit. — Quod ad aheolutionem aUinel, » NavoTTUS triplici indigel eedia apoatolicœ beneflcio. Primo absolu- II lione in toro conacientiie. Secundo, absolutione in foro pxteriorî. 11 Terlio rthabililatione ad ngman. « — P, Cayet, I. v el vi, p. 514, SSl-513.— TbuanuB, 1. cviii, ^ 1-7, t. y, p. 318-330. L'historien rap]iortc à la pafie SS7, l'Énergique protestation du. duc de Nevers contre les procédés du pape. — Lestoile, Suppl., p. iH, dit au sujet des refus du pontife el de leurs conséquences. « Ces nouvelles réjouissent les Li- » gueurset affligent les royalistes. Néanmoi os les affaires du roy vont de 11 miein en uiieiu, et celles de la Ligue se décousent tous les jours. »

^oiizccbvGoogle

568 UT. IV. en. m. les libertés GALUC. HAlNTlEtntEKr L ORTSODOUt.

^ape ; que si les archevêques et évêques refusaient d'eo donner, les Parlemeats du royaume décideraent et pourvoyeraient. On agitait en outre de nouveau les mesures à prendre à l'égard de la cour de Rome, â elle continuait à troubler toute la discipline et l'administratioa de l'Eglise nationale , et à conjurer contre le royaume avec ses ennemis. On parlait publiquement de rompre les liens qui nous attachaient & elle, d'élire un patiiarche des Gaules héritier des prérogatives du pape ; l'on désignait déjà l'archevêque de Bombes , primat , comme successeur éventuel de la succession que les désastreux refus de Clément Vm alltùent peut-être ouvrir'. En outre, plusieurs hommes d'btat craignaient, avec le duc de Nevers, que le schisme devint pour la France un premier pas vers une séparation plus tranchée.

Ces faits donnent b^ucoup à réfléchir et a[^tdlent les observations. En 1589, Henri IV, réconcilié ava Henri DI quelques mois avant l'assassinat de ce prince, le voyant trembler à l'idée des excommunications lancées contre eux par Sixte-Quint, lui disait : « Soyons vainqueurs et nous serons absous : vaincus , nous serons aggravés et réaggravés. » En 1594, Clément VIU refusait à Henri IV l'absolution et la réhabilitation , parce qu'il le jugemt plus faible que la Ligue et l'Espagne coalisées. L^ arrêts rendus par la première puissance morale de l'Europe, les anathèmes lancés ou maintenus par les papes, restaient donc encore fatalement enchaînés au degré de force des souverains étrangers, suivaient les hauts et les bas de la fortune de ces princes. Les papes n'étaient pas rentrés dans leur admirtj)le rdle de médian teurs désintéressés, tantdt entre les rois rivaux, tantôt

> Thusniu, 1. ciyt, § 18, t. v. p. 6I>. — Hezerej, Grande Hùloirc t. m, p. lits. « Le duc de Nevers avoit dit en parlant de Rome qae ■ que l'on D'y enTerroït plus. »

^oiizccbvGoogle

CB REFUS N'ARRën PAS LA DÊrECTIOH DANS LA LWUB. 669

entre les rois et les peuples, donnant au droit l'appui de la religion et de leur autorité. Si la France, injustement traitée, n'alla pas avec la cour de Rome jusqu'aux dernières extrémités que redoutait le duc de Nevers ; si elle se contint dansune Interruption momentanée de rapports et'dansk menace d'un schisme, au lieu d'embrasser la Réforme, comme tant d'autres États de l'Europe, c'est que ses rois et ses Parlements avaient alors dans les franchises nationales, qu'on nommait les Libertés gallicanes, des recours contre les abus de la puissance pontificale, des moyens de protection pour tous les grands intérêts du pays.

Les faits accomplis à Rome furent promptement connus en France, par les deux Mémoires que le duc de Nevers publia à son retour, au milieu du mois d'avril 1594 '. La conduite du roi, la conduite du pape, justement appréciées par le bon sens public, non seulement dans le parti de Heuri, maïs dans la portion la plus éclûrée et la plus considérable de l'Union, dictèrent aux peuples les résolutions qu'ils avaient à prendre. Le défaut d'absolution du roi pouvaitencore armer contre ses joursquelques furieux poussés par les stipendiés de l'Espagne, auxquels sa clémence épargnait l'exil et le supplice ; retenir sous le drapeau de l'insurrection la minorité des populations imbue des maximes ultramontaines. Mais cette raison rebgieuse ne pouvait plus balancer les raisons politiques qui poussaient tes villes et les seigneurs de la Ligue française à désarmer, qui précipitaient les soumissions, comme le témoigne Chevemy *. Les gouverneurs con-

1 Lettre du roi du 16 anil, dans les Lettr. misa., I it, p. 139. Ces Mémoires sont leû ëcriU que nous avons eu l'oucasioD de citer cidessus très souvent : 1* Diacoura de ce que St M. de Neverg à son Tojage de Rome en l'auDée lïSB. V Discours de la légation de U. le duc de Nevers.

* Cheverny, Mém., l. z de la CollecL, p. (Ï3.

DoiizccbvGoogle

570 LIV. IV. CB. lil. DISPOSITIONS DES PEUPLES ET DES GOnVERNEURS.

naissaient les dispositioDS des peuples, las de la guerre et de leur autorité : ces seigneurs avertis par la défectifMi des grandes villes et surtout de Paris, sentaient qu'il était tempe encore de faire acheter leur soumîs^on, mais qu'il fallait se hâter. Les princes de la mtùsoo de Guise, inspirés de l'ambition de Mayenne, essayèrent d'abord de tenir bon, mais ils virent tes villes les abandonner pour passer du cdté du roi.

^lailizccbvGoOgle

SUCCESSION DBS BVÉNBHBiaS.

Page 1