S8S LIV. IV. CH. IT. LE ROI ASSIÈGE ET PREND LAON
l'artillerie eo toute action, bataille ou siège, il foudroya les remparts de LaoQ avec trois batteries, doot une de treize canons, fl s'aida utilement aussi d'un renfort de 3,500 hommesqueBalagay lui envoya du Cambresis. Les EspagQolsavaientiatérêtàfaireéchouerrentreprise: aussi seprètèrent-ils à fournir un secours. Mayenne et Mansfeld essayèrent de dégager la place ; mais après la perte de deux convois, et de quinze cents hommes tués dans plusieurs combats, ib furent contraints de s'éloigner. Laon capitula le 22 juillet et ouvrit ses portes au commencement d'août. La France et le roi perdirent au siège de cette ville Givry, maréchal de camp de la cavalerie légère, l'un des officiers les plus instruits de l'armée, et l'homme le plus aimable de son temps, duquel on disait : « Qu'en n esprit, en courage, en bienséance, nature avait mis ses » délices en lui. » Henri ne savait pas aimer médiocrement : il prisait ces qualités de Givry, et il avùt oublié les fiiutes commises par lui au siège de Paris, pour ne se souvenir que des services qu'il avait rendus au camp de Saint-Cloud, à la prise de Corbeîl et de Lagny : il lui donna des éloges si vifs, des r^rets si sentis, que, bien qu'ils s'adressassent à un mort, ils mirent en jalousie ses autres capitaines. Au même siège de Laon , le roi vit poindre chez Biron, le jeune, une ambition capable de tout, et une passion de la gloire poussée au point de ne soiifTrir d'autres exploits que les siens. Bien qu'il vint d'être payé de ses services par la première dignité militaire du royaume, il se plaignait sans cesse de n'avoir pas de gouvernement, et il voulait se retirer. Retenu par le loyal et brave La Curée, il se porta avec valeur contre les Espagnols. Mais il trompa le roi, et l'^mpècba de détruire leur armée au moment de la retraite; ne voulant pas, dit d'Aubigné, que sa belle action du convoi filt obscurcie par une bataille, auprès de laquelle on compterait bientdt
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SOUBilSSION DE CHATBAU-THIEaRT, AMIENS ET AUTHES VILLES. 583
pour rien un moindre accident. Henri qui prisùt son courage, ses talents, son ascendant sur les soldats^ résolut <le l'employer utilement pour U France en le surveillant beaucoup, et en le comblant bien davantage d'éloges et de dignités '■
Les revers de Mayenne et des Espagnols au siège de Laon laissèrent un libre cours aux déterminations des villes de Picardie et de Champagne, et au désarmement de ces provinces. « La prise de Laon , comme parle un contemporain, effraya tellement le pat-ti de 'l'Union , que la plus grande partie des villes de Picardie envoyèrent leurs députés au roi , pour le prier de les recevoir en grâce, n La terreur des ligueurs de Champagne ne fut pas moins vive. Tandis que Henri campait encore sous les murs de Laon, le gouverneur et les habitants de Châ- , teau-Thierry , en Champagne, qui redoutaient d'être assiégés par lui après Laon, lui eavoyèrent une députation pour .'^e replacer sous ses lois (juillet). En Picardie, Amiens fit sa soumission le 14 août. Mayenne y était venu et avait essayé de retenir les habitants dans son obéissance et dans le parti de la Ligue. Après son départ, ils prirent les armes, engagèrent avec résolution un combat contre le duc d'Aumale, gouverneur de la ville et de la province, le chassèrent, et ouvrirent leurs portes à d'Humières et aux troupes du roi, sans prendre aucune précaution pour leur sûreté. Henri touché de leur confiance, leur accorda peu après un édit par lequel en leur donnant pour la religion les mêmes satisfactions qu'aux antres villes de la Ligue, il les confirmait dans leurs privilèges, franchises, immunités, et laissait àleur maire et à leurs échevins le gouvernement civil et militaire. De
' D'Aubigné, i. it, c. S, t. m, p. S(ï-3tS. — P. Cayet, 1. vi, p. S7»- 58Î, S85 G.— Thuanus, 1. Ci],§l-i, t. v, p. 4SI-436.— P. Matthieu, 1. i. p. m, 178. - Sully, (Econ. roy., c. SB, H, p. JS4-160.
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581 LIV. IV. CH. IV. TRAITE AVBC BALACNV P0t3B CAMBRAI.
Laon, le roi se rendit à Cambrai, où il conclut av«r Balagny un important traité : la ville, assurée en souveraineté à Balagny et à sa famille, passait sous le protectonl de la France, et cette forte place devenmt pour la I^rardie et la Champagne une barrière contre les Esp^gnob. Henri partit de Cambrai pour faire une solennelle entrée dans Amiens. H y reçut les députations successives des gouverneurs et des habitants de Dou riens et de Beauvab, qui, désespérant d'être secourus par Mayenne, et redoutant une lutte contre le roi, se réduisirent le 22 août. Henri continua à presser par ses armes la révolte et la Ligne, partout où elles n'allèrent pas au devant de la soumission. Après le siège de Laon, il reprit celui de Noyoa: il contraignit bientôt le gouverneur à lui rendre la place, et il l'amena lui-même à son service, en lui donnant des lettres d'abolition pour ce qu'il avait fait par le passé et de l'aident (t" octobre). Dans toute l'étendue de ta Picardie, il ne resta plus alors que Soissons au duc de Mayenne, Ham au duc d'Aumale, La Fère aux Espagnols '.
En même temps que la Ligue essuyait en Champagne et en Picardie des revers qui présageaient sa ruine, elle éprouvait dans le Poitou, le Maine, l'Anjou, des pertes qui la réduisaient aux proportions les plus exiguës : elle s'affaiblissait aussi en Bretagne. Quelques détails sur l'état de ces quatre pays sont nécessaires pour l'intelligence des faits. Poitiers, depuis sa révolte contre le roi Henri III, avait eu plusieurs gouverneurs : celui qui exerçait cette charge en 1594 était le duc d'EUbeuf, de la maison des Guises. Après la défaite des royaux à Craon, Laval dans
> p. UaKhieu, HUt. de Oeon IV, ). i, p. 181. — D'Aubigné, I. tv, c. ». t. m, p. S98. — P. Cayel, 1, vl, p. BBS A, 688, 587, 60S A. — ThusnuB, 1. eu, ^ 4, 9, 6, t. V, p. 4Sa-4SO. — Recueil ded Edict; du roy Henry tV sur la réunion de ses subjecta, Amiens, Dourleos, Beauvais, foL &1-4S.
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