LIV. IV. CH. IV. RÉDUCTION DE DIVERSES V1U.ES EN BRETAGNE
pales, te Hroit de n'avoir ni garnison ni citadelle. La réduclioD de Laval, l'une des plus riclies villes du Maine, s'accomplit dans les mêmes conditions que celle de Poitiers. Le zèle des serviteurs de Henri la prépara ; la volonté des habitants l'opéra ; la présence des troupes amenées par le maréchal d'ÀumoDt, gouverneur de Bretagne, l'accomplit. Dès lors la Ligue ne conserva plus que le château, de Mirebeau eu Poitou, Chàteaugontier dans l'Anjou, Sablé dans le bas-Maine. Avec Laval, Mercœur perdit l'un des meilleurs postes avancés qui couvrissent ses possessions de Bretagne '.
l.es progrès du parti royal furent plus marqués encore et plus décisifs en Bretagne. La présence et les premières attaques des forces amenées par le maréchal d'.Vumonl décidèrent des résolutions jus()ue-1à incertaines et mirent d'abord sous la loi du roi Concameau , place maritime importante, puis Itedon. Les gouverneurs dn ces villes traitèrent, après avoir vainement pressé Mercoeur de tenir les promesses qu'il leur avait faites si souvent de reconnaître Henri au moment où il abjurerait le calvinisme. D'Anmont s'employa ensuite activement au désarmement des deux troupes de bandits commandées par le colonel Lacroix et par le capitaine Laplante. Il marcha contre la première, la contraignit à s; soumettre, ordonna à son chef de la conduire au roi, pour servir contre l'étranger et effacer lu honte de sa conduite eu Bretagne, n envoya Eergomart, l'un des seigneurs bretons, combatti-e la seconde qui fut entièrement détruite. Il reprit ensuite Les opérations contre la Ligue, conduisit ses troupes devant Quimper-Corentin , et réduisit cette place. Laguerre avait donné ces avantages au parti du roi,
' ThuoniM, 1. cil, g 8, t. v. p. SSa et 1. cxi, § iO, p. *3S,i3*. — p. Cayel, I. vi, p. 585 B. — EdîcU du roy sur la réduction de la ville dp PoiLers, [ol. 39-43.
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d'aumont enlève lb fort de crodon aux espagnols. 587
les défectioDs lui eu assurètvnt d'autres. Les habitants de Morlaix se portèrent d'eux-mêmes à rentrer sous la domination de Henri et ouvrirent leurs portes au maréchal. Saint-Malo, la troisième ville de la Bretagne, fit sa soumission volontaire nu mois de septembre. Les habitants, qui de nom avaient embrassé le parti de la Ligue et de Mercœur , qui de fait s'étaient constitués en état de république, y renoncèrent et se replacèrent sous l'autorité monarchique, quand ils eurent reconnu où tendaient les Espagnols, et quand ils eurent obtenu du roi que le meurtre de M. de Fontaines leur gouverneur et le pillage de ses biens leur seraient remis. Pendantces heureux succès, un renfort de 4000 Anglais, commandés par le colonel Norris et par Forbisher, éttut arrivé en Bretagne. D'Aumont put joindre ce corps à sa petite armée,* et se trouva alors ea mesure d'attaquer le formidable ét;ib1issement formé par les Espagnols sur les côtes. Ils s'étaient emparés de Blavet ; ils avaient bâti la citadelle de Crodon, qui dominait Brest; ils projetaient d'englober le Conquet dans leurs possessions. Dès lors ils auraient établi une douane qui aurait produit des sommes immenses, tenu dans leur sujétion une partie de la Bretagne, occupé un poste d'où ils pouvaient à la fois entrer chaque jour enFrance et descendre en Angleterre. D'.Autnont renversa leurs projets par la prise et \a destruction du fort de Crodon (17 novembre). Quatre cents Espagnols, l'élite des soldiits que Philippe II avait en Bretagne, y périrent. Les ennemis du roi, par leur inaction, ses serviteurs par leur concours empressé, contribuèrent également au succès de ce siège diificile. Mercœur, qui voyait dans le Crqdon un joug-que les Espagnols voulaient lui imposer, refusa sous diveis prétextes de marcher au secours de la place : le général espagnol Dom Juan d'Aquila, en prenant trop de précautions contre les
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588 LIV. IV. CH. IV. APFAIBUSSEIIENT DE LA LlGUt: ET DE LESPAUIH..
surprises et les attaques, n'arriva pas à tempe. De Itienx (le Sourdéac, gouverneur de Brest, après avoir fourni à l'armée royale toutes les poudres et provisions dont elle avait bejwiii pour ie siège, lui amena au moment déci^ tin renfort de troupes qui permit d'emporter le fort, aa milieu des exploits rivaux des Français et des Angliûs. D'Aumont continuant à lier l'extirpation du briganda^ à celle de la révolte et de l'invasion étrangère, envoya Montmartin, avec un corps de troupes, attaquer le fnt de Corlay occupé par Fontenelle. Vainement FonteneDe. qui pactisait avec l'Espagnol, l'appela à son secours; il fut contriiint de mettre bas les armes avec ses soldats : le pays fut délivré de ces rapaces et sanguinaires ennemis domestiques, et Philippe II perdit en même temps l'undes ' soutiens de sa cause. Après ces revers, le parti de la Ligue, du duc de Mercceur, de l'étranger, auquel on avait enlevé soixaiit«s lieues de côtes, déclina dans celte province d'une manière sensible '.
En même temps le Tiers-parti, qui avait longtemps armé contre Henri les princes de sa propre famille, les seigneurs appartenant à la faction des catholiques ardents, les seigneurs cherchant à rétablir l'aristocratie féodale, leTiers-parti qui lui aviùt fait une guerre presque aussi dangereuse que la Ligue , perdait ses deux cbe& et périssait avec eux. Le jeune cardinal de Bourbon succomba au chagrin d'uue ambition déçue et à la maladie, te 28 juillet, et François d'Omourutde débauche Ie28occtobre 1594 ^. Ainsi toutes les factions tombaient à la fois devant Henri.
Plusieurs membres de la famille de Guise, au milieu de l'isolement où ils commençaient à se trouver, crai-
■ Thuanus, 1. cxi, gg lO-tt, p. tSS-(39. — P. Cajet, 1. vi, p. 613, 611. • Thuanufl, 1. ex, g 14, et 1. cxl, § 9, 1. t, p. (19 et (8S. — Leiloile, p. 248, Si9. — P. Cajet, 1. VI, p. 608,
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TRAITES DES DUCS D ELBBUF. fiE GUISE, DE LORRAINE.
gnirent de n'être bientôt pins traités comme des chefs de parti , mais comme d'obscurs factieux, et pour échapper à ce danger, ils abandonnèrent Mayenne et l'Union, Le duc d'Elbeuf se soumit à condition qu'il rentrerait dans le gouvernement de Poitiers, ce qui lui fui accordé. n fut suivi par le duc de Guise, qui t«nait le gouvernenent de la Champagne pour la Ligue. L'un des chefs rebelles dans cette province, Saint-Pol, créé maréchal de France par Mayenne, avait péri dès le mois de mai précédent. (k)mme il prétendait, contre l'avis du duc de Guise , maintenir des .dispositions qui lui permettaient d'asservir les habitants de Reims, il s'était pris de querelle avec le duc et avait été tué par lui. Gnise, par l'entremise intelligente de l'actif Rosuy, traita avec le roi au mois de novembre. D lui remit le gouvernement de Champagne, et reçut en échange celui de Provence; il rendit les villes de Reims, Rocroi , Saint-Dizier, Guise, Joinville, Fismes, Montcornet. Quant aux villes soumises particulièrement à l'autorité de Swnt-Pol, Vitry, Mézîères et autres, ceux qui y commandaient firent, après sa mort, leur composition chacun à. part avec le roi. Dès lors la Ligue fut entièrement extirpée de la Champagne'.
Dans le même mois de novembre, le 16, le duc de Lorraine, chef de la maison de Lorraine, conclut un traité de paix avec Henri *. Il désavouait ainsi la conduite des princes de sa famille, Mayenne et Mercteur, qui persistaient dans la guerre contre Henri. Le premier aussi des souverains étrangers, il sortait de la conlition formée depuis cinq ans par PhiUppe IJ, le duc de Savoie, le Pape, et lui-même enfin, contre la France.
' Thusnus, 1. cix, § 8, et 1. cti, g 8, t. v, p. 359, 481; i8î. - P. Cayel, 1. ti, p. 6)0-eU.— Sully. Œi-oq. rov., eh. B7, S8, t. i,p. I7i 177. 185, 186.
* l.e texte du trùtè dans P. Cayet, 1. vi, p. 608-610.
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590 Lrv. IV. CH. IV. premières drfrctions en bolrgouie.
Ud fait non moias significatif, non moins désastreui pour Mayenne que l'abaadon du chef el des princes de sa maison, c'était la défectioD de» villes de son pn^re gouvernement. La Bourgogne, dès le commencement du règne, s'était partagée entre le parti du duc et le parti royal. Bien que le parti royal comptât unbieDmoiDsgrànd nombre de villes, et des villes moins importantes, il s'était fermement maintenu sous la conduite de OuilUiime de Tavannes, et avait fait une guerre sans relâche aui cités ligueuses. Les dispositions qui, depuis le commeDcement de l'an 1594 , avaient détaché tant d'autres pays de la Ligue, pénétrèrent en même temps en Bourgogne. Les villes voyant le roi converti el sacré, jalouses de se soustraire aux hostilités des royaux, et de détourner d'elles l'etfort des armes de Henri, déclarèrent une première fois an duc que s'il ne concluait promptement la paix avec le roi, elles abandonneraient son parti. Comme il resta sourd à cette sommation, on vit trois villes importantes de la Bourgogne, Màcon, Avallon, Âuxerre. se soustraire à son autorité pour rentrer sous celle du roi, dans les mois de février, de mars et d'avril. L'entraînement se communiqua aux autres villes, et au mois à^ septembre, les élus de la province, même ceux du parti du duc, lui écrivin-nt à Bruxelles que le vœu général da pays était qu'on fit la paix avec le roi. Les mesure»qu'il prit pour arrêter cette tendance établirent un violent conflit entre ses gouverneurs et ses garnisons d'un côté, les bourgeois des villes de l'autre, et pour éclater la révolte n'attendit plus que l'approche, d'une armée royale '.
< Mi^inoires de Guillauine de T&vanneê dane la Coliect. Uichaud, p. 4BC-*99 A. — Doiu Plaocher, Hisl. de Etour^ogne, 1. xsiii, p. 611, 61 B. — Li'lirp de Maj-enoe ft Philippe [|, daus Cajet, 1. ti, p. 618 B Ma an. — Lettre miâs. du roi du 1 août, l. It, p. 136, 187, pour
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SUCCESSION DBS RVÉNEHENT8.
Snsiirreetiim da Cro^anlt. Proeé» de l'Université et de* curie de Parit contre kt JésutteJ. Attenlatde Chaetel : expulsion dei Jésuilet. Liât du royaume. Prix auquel let eAefa de k Ligue mirent leur
L Omlionnal», In Francs ^UMaui. t« Chutrau-Tcr», te» Llpuna dl 1589 A SS3, liiHinvctlon an Croquaols od TiiH>venii> en 1594. Condlllon mMrsble ï4 habitant* de la campagoc dani J« prsttnccs itu midi, pillé qii'ili Inspirent u roi. Lri prrinlcn Croquant! lont dva |>ajaaiiii du Llmoatn. Au 11 mars 1S94, mr llKDi «nibniue la plupart dn pnrolswi du Llmmln, «( pluileun canlaiis u Përdrord et de U Snlntange. Henri preicrll d'alMrd de nVinpIoyer, pour lei ^anuer, que les vuita de la duniFur et de la Juilln : son lang*;e et ses aclcg endani loule In durée de rinsurrectlon. Les Insurgea eniolenl do rt^piiUs au al. Leur r«q.i«tc au ConKll du roi, el réponse du Conseil (M mal 15»i|. ~ Le nulévemeiii Vélcnd an Querey et A lAiténoJs, enlsme la Marche, mtnare le
DnIralnlB de recourir à l'adresse el k In force pour combMIrf la nfiolle el ré.
F la concilia lion. - l«s Croquants cathollqueiel prolesUnlsK désuni>senl, et
duP'rIgord, combat leabandea les pluiécliBumesetteiplusséiiltieuKi: auprès
H ilea violence) : peu aprrs, Il abolli en leur faveur quelque* Eubaldc*, ri leur remet k* arrérages Jes tallln et autres ImpAta Matignon, gouverneur de Guyenne, enlétr, par une mesure bien caKulée, les nirll leurs soldats et leur pTln-
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592 Liv. rv. CH. v. catillonais, francs-museaux, chateau-yerts.
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de ™ dnnger. L"DnlienHi* et 1» cprf» reprennent le pnw«> inieoi^
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ItaaUn. AppréebK ton de cette dAen» en elle-niéme M [nr 1^
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n>rtu président AogDitln d* Thou. - Jean Ch».lel. *ltve deJÊnlta,
le roi et le Parlement ne paetlenocot qu'aiec peine à le* HinMniIre
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D du père Giiignard : il al condamné A être pendu (7 laurier ISM).
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puhlié p*r let Jéanltea A Douiil et sulrei tlile* de Flandre, apr^* leur
la ellnquei penEitanlps Jes JéHiltnn d'une partie do etergé (18 féïrler 1505]. Tenlatlte* ultéileure* de régicide : ce que le Parlement el le clergé de Parti purent prévenir; ce qu lia ne purent empêcher, - RéwlUlideaemirtldn rstet
Tandis que la France pouvait entrevoir ainsi ta fin de la guerre civile et religieuse, elle fut menacée d'une guerre sociale, d'une nouvelle Jacquerie. Dans cette société profondément malade, les dangers menaçant jusiju'à l'existence de l'Etat, se succédaient sans interruption l'un â l'autre. Un soulèvement général des paysans, non pas seulement contre l'odieux régime auquel étaient soumises les campagnes, depuis que l'action du gouvernement y avait cessé, mais contre tout l'ordre de choses existant , non pas seulement contre les classes privilégiées, mais contre les agents de l'autorité civile et militaire, contre tous les détenteurs de la force publique, contre une partie de la
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CKOQUAMTS OU T&RD-VENU6 BN 1594. 593
classe des propriétaires, soit nobles, soit même roturiers, éclata dans le tiers des provinces dii Midi, et vint s'oppo> ser violemment au rétablissement de la pûx elde l'oiâre dans notre patrie. Si Henri, dès l'année précédente, n'eût par son abjm'ation, fortement rattaché l'mi à l'autre les deux grands partis de la France, la Ligne firançaise et le parU royal; s'il n'eût replacé snr une base solide le pouvoir central et le gouvernement de la chose publique , l'insurrection des paysans venant se joindre à toutes les autres causes de dissolutioa et de ruine, aurait, selon toute apparence, décidé la perte de l'État, ou son asservissement à l'étranger.
Aux Gautiers qui avaient paru à la fin du règne de Henri HI, aux CatUlonais qui s'étaient montrés pendant la campagne d'Arqués, avaient succédé de 1589 à 1593 les Francs-mttseaux, les Châleau-verts, les Lipans. C'étaient des ligues de paysans, animés des mêmes sentiments et poursuivant le même but que les Gautiers ' , Ces insurrections partielles étaient le prélude de la grande révolte de ceux que les relations contemporaines appellent diversement Tard-venus , Tard-avisés, Croquants. Les deux premiers noms leur sont donnés parce qu'ils veniùent faire la guerre, s'avisaient de prendre les armes, au moment où le reste du pays, las des dissensions civiles, soupindt après la pûx et s'y précipitait. La qualification de Croquants leur vient ou de ce que leur [o^mière bande appartenait à la paroisse de Croc de Limosin,
> D'Anbigné, t. m, 1. m, c. 16. — Uezeray, Abrégé cbron. sur l'an 1589.— Satire Menippée, t. i, p. 34 et note, et p.i9ï; t. ii, p. 10, 86, 87, 878, 879. — D'Aubigné, l. ill, 1. lll, c, 16, p. 167. o Vert BelUime D (Belleune) et Danfront (Domtrunt) les preetres esmoovoient la po> a pulace, ayant Tait BuccËder aux Gautiers, tme canaille de Lipans, » desquels je ne pense pas devoir recueillir Ut brigvtdages. a On v.oU que \ea Lipans avaient succédé au:i Gautiers dans le Percba et la Normandie : notez l'expression dont w sert d'Autûgné pour caructëriaer leurs actes: les brigamtagu.
I as
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S9i UT. IV. Cfl. V. nsfcfUBLI CUtOHnON DES P&TSUtS DAMS unn.
vers Saint-Yrieix la Perche, ou de ce qu'ib désigoètoit par le mol de cioqiiaats , c'est-à-dire de maogeors, les nobles qui leur renvoyèrent ce sobriquet '.
La condition du peuple des cuupagnes dans uoe pwtioQ des provinces du midi était intolérable. Le roi avait été jusqu'alors impuissant à réprimer ces déswdrcs. Obligé avant tout de maintenir son parti, le parti natirual, ayant besoin de tout le monde, il s'était vu contraint de ménager ses serviteurs poor n'avoir pas de défectioonaires, alors même que ses partisans abusaient de leur pouvoir. Au lieu de se livrer au gouvernement intérieur, il avait été tout occupé de la guerre contre la Ligue, l'Espagne, les coalisés de l'Espagne. Une partie considérable des pays du Midi n'avait pas reconnu jusqu'alors ses lois. On a vu au précédent chapiti^ que tes villes capitales de ces pays, Périgneus et Sarlat en Périgord , Rodez dans le Rouelle, Agen dans l'Agenois, ne se déclarèrent pour lui qu'aux mois d'avril et de mai 1594, et il comptait luimême, à la même époque, que dans la Guyenne et le Languedoc plus de quatre-vingts villes n'avaient pas encore fait Leur soumission *.
Le peuple acquittait double imp4t, l'un levé au nom du roi, l'autre exigépar Montpezat,Pompadoiir, Rastignac, Saint-Cbamant, La Cbapelle-Riron, le baron de Gimel, qui soutenaienl encore la Ligue dans ces pays. Au-delà des impdts, les agents du fisc, trésoriers et collecteurs, li* raient des contribuables d'autres sommes par les concussions. Ce que les paysans paytûent aux deux partis, formait à peine la moitié de ce qu'on leur extorquait, et ih
' D'Aubigné, t. iu, 1. n, c. 1», p. 18». — P. Cayet, Ghron. aor., I. Ti, p. 57*.
■ Dana sa lettre du S mai 1594, t. iv, p. 151, Henri dit, en parlul
de la saumUsioa de loyeaan, qu'il espère prémsturément k cRUe époque : u Geste reduclîoD amené 6, mon obëUsaDce plus de quatre vingla » villes de mon pays de Lauguedoc oa de la Guyenne. ■
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PITIB qu'ils INSnnENT AU ROI. S9S
avaient moins à souffirir encore de sacrifices au-dessus de leurs forcesque de traitements les uns indignes, les autres atroces. Les soldats les pillaient et se servaient d'eux comme de bêtes de somme, les contraignant à porter leurs tambours, leurs mousquets, leur bagage. Les gentilshommes du parti royal, faisant la guerre à leurs frais, étaient entraînés dans des dépenses au-dessus de leurs revenus : beaucoup s'imposaient la gène ou s'appauvrissaient , mais d'autres exîgefdent de leurs vassaux des redevances extraordinaires, fjfis nobles de la Ijgue, devenus la plupart des brigands, et des brigands delà pire espèce, leurenlevtûenl leurs blés et leurs troupeaux , se saisissaient de leurs personnes, les mettaient à rançon, et pour les contraindre à la payer ou k l'emprunter , leur infligeaient d'atroces tortures ; quelques-uns allaient jusqu'à leur percer les pieds avec des fers rouges '. Voilà dans quel état la guerre civile et la Ligue avaient mis les campagnes. Le roi, cachant une vérité sous une plaisanterie, disait au commencement de l'insurrection des Croquants : « Qu'il vouloît en être, » comme d'un parti fort juste. » Lorsqu'ils eiu^nt gâté leur cause par leurs excès , que le but et les proportions de leur soulèvement devinrent un danger pour le pays; que Henri fut contraint de permettre contre eux la répression, il leur conserva sa pitié, les soulagea de leurs charges les plus pesantes, usa tant qu'il put à leur égard des moyens de la conciliation.
Le soulèvement des paysans éclata au mois de fé-
■ Lb liste des chefs BonUDonl encore le parti de la Ligue dans ces pays est portée su chapitre 73, t. i, p. 14S A, des (Econ. roy. de Sully, p.t au cbap. T, p. 378 de Ducbesne. — La requête présentée an Conseil du roi 'par les députés des Croquants, dans P. Cayet, L vi, p. SÏ5, 576. — D'Aubigné, t. m, I. lï, c. 14, p. SBS. — Lestoile, p. 889 A rapporte bo autre mot du roi sur les Croquants, identique pour le Tond, quelque peu différent pour la forme, a Le roy dit eu gosaant A B sa manière accoustumée : que s'il n'eust pas eaté ce qu'il estoit, et » qu'il eust en un peu plus de loisir, il se tust toil volontiers Crocan.u
596 LIV. [V. CB. V. SA COHDUnfi k LEUR ÉC&IU) : 8B8 INSTHOCTWie.
vrier 1 594 . Les premiers entre les Croquants qui prirent les armes étûeat des paysans du Lîmosin. Leur association s'éleva en peu de temps à 15,000 hommes. Instruits par les défaites de ceux qui les avaient précédés, ils cb^chèrent de meilleurs et de plus sûrs moyens de défense. Ils n'étaient pas armés, comme les gens des communes au temps pa^, de perches durcies au feu, mais d'arquebuses, de piques, d'épées qu'ils s'étaient procurées de longue mmn. Le 11 mars 1594 leur ligue embrassait la plupart des paroisses du Limosin, et plusieurs cantons du Périgord et de la Saintonge < .
Le roi ne songea d'abord à dissiper le soulèvement que par les voies de la douceur et par de sa^es réformes, qu^il espérait faire prévaloir auprès de ses partisans , en leur donnant pour appuis son autorité et les menaces ooêmes des insurgés. Le 11 mars, il écrivait aux gouverneurs : « J'envoye le sieur de Boissize, conseiller en mon conseil H d'Ëstat, en mes pays de Limosin, Périgord et Xainc- » tonge, avec charge et commission d'ouïr les plaintes et » doléances des peuples souÔlevez èsdicts pays, et d'y » pourveoir par la voie de justice.... Je désire, s'il est 11 possible, que ce remuement et désordre se compose par o /a c^ceur; que les soublevez se recognoissent et posent » les armes. » Pendant toute la durée du soulèvement, comme le montre sa correspondance, il persista dans les mêmes sentiments, tint le même tangage et pratiqua constamment la maxime émise par lui dans d'autres affaires : « Mes subjecis ne peuvent souSrir aucune ruine qui ne » retombe sur moy, comme redondant à l'affoiblissement » de l'État*. » Due perdit pas uu instant de vue qu'il était
1 Dnctiesne, Hist. gënéaloi^que de 1s mfu»on deiChasteigDers, 1. m, c. 7, p. S16. — D'AubigDë, t. m, I. n, c. li, p. 3B1. — Letlre du roi à M. de Baurdeille du 11 mara 1594, t. iv, p. 111.
■ Lettres du roi à M. de Baurdeille, en date de» Il mai, H juillet
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