PRÉFACE. XLV
institutions qu'il créa ou qu'il ^fTermil. Dans les matières et les inlérèls d'administration, la nation lui dut la réforme complète, le perfectionnement, différant peu d'une création, des finances, de l'armée, de la diplomatie; elle lui dut encore tous les grands développements et la liberté du commerce et de l'industrie. Ainsi, tout ce qui tient à la rupture définitive entre le moyen-âge et les temps modernes, à la différence entre le monde politique et économique ancien et le monde nouveau ; tout ce qui constitue dans son principe l'excellence de noire société, date de ce règne et y remonte. C'est l'une des plus grandes époques , non-seulement de notre histoire , mais de l'histoire de l'humanité.
rv.
Quelque lai^e place qu'occupent dans l'histoire générale de ce temps les desseins el les actions de Henri IV et Sully, d'un grand roi et d'un grand ministre donnés en même temps à la France, cependant ils ne la remplissent pas à beaucoup près tout entière, et un ouvrage où ils figureraient seuls sérail un ouvrage incomplet. L'historien, quoique dans des proportions moindres, doit représenter les arts de la paix répondant par de magnifiques travaux à l'appel que leur faisaient le roi et le ministre, et à l'impulsion qu'ils recevaient d'hommes tels qu'Olivier de Serres pour l'agriculture, Barthélémy LalTemas pour l'industrie et le commerce, le cardinal de Joyeuse pour les canaux, et tant d'autres citoyens qui, à la sollicitation de Henri IV, consacr^ent des mémoires ou des ouvrages au progrès de ces arts. L'historien doit peindre encore les mœurs de cette société, l'esprit de ce temps, dont l'expression se trouve dans les sciences, la littérature, les beaux-arts. Nous nous sommes attaché à ce double travail, el la génération de la fin du XVI" et du commencement du xvii» siècle, dans ce qu'elle a d'éminent, est devenue le héros de notre livre autant que le souverain lui-même.
L'undenos deux plusgrands historiens anciens, celui qui le premier a le mieux compris ce qui devait entrer dans les
ÏLTl PRÉFACE.
aiinales d'une nation civilisée, et qui a Joint l'application à la théorie, l'exemple au précepte, adit d'une manière excellente : f L'histoire des arts est peut-être la plus utile de toutes, quand * elle joint, à la connaissance de l'invention et du progrès des > arts, la description de leur mécanisme. » Nous n'examinerons pas ici tous les arts utiles qui, sous Henri IV, prirent d'immenses développements, ou qui furent cultivés chez nous pour' la première Tois; le livre se chargera de ce soin. Mais par deux exemples seulement, empruntés à ce qui concerne l'industrie et les travaux publics rapportés au commerce, nous montrerons combien il était nécessaire de satisfaire aux conditions imposées par l'homme de génie que nous venons de citer.
On ouvre une histoire de France, et l'on y trouve que l'industrie des soieries en France remonte à Louis XI. On en consulte une autre, et on lit qu'elle fut introduite dans le royaume par François l". Une troisième enfin aflirme qu'elle fut fondée par Henri IV ; et A l'appui de toutes ces assertions, on apporte des textes iosufOsants ou mal compris. A quoi s'arrêtera le lecteur au milieu de ces contradictions/ au milieu de ces faits que l'on n'a pas pris la peine d'expliquer et de mettre d'accord entre eux ? Dans quelle incertitude n'esl-il pas jeté ? On passe des soieries et de l'industrie à ce qui intéresse au plus haut degré le commerce, aux voies de communication par eau, aux canaux, aux lignes de petite et de grande navigation intérieure. Là, pas d'incertitudes: la date exacte, ou à peu près exacte, de l'exécution de ces travaux est fournie; maison tombe dans une obscurité profonde, résultant d'un exposé où l'on trouve partout des effets sans cause. En effet, les Heuves n'ont pu être joints entre eux qu'après ta découverte d'un système particulier de canaux, des canaux à /mini de partage, système qui permettait de les faire communiquer entre eux, sans couper la chaîne de montagnes qui les séparait, et sans se jeter dans des travaux sans fin, dans des dépenses fabuleuses. Et une preuve qu'il en est ainsi, c'est que, même après l'invention d$s écluses à sas, dans les cent années qui ont suivi cette découverte, aucun peuple n'est parvenu à faire communiquer entre eux deux fleuves, deux cours d'eau coulant dans des bassins diiïérents. Or quand cette découverte