S6 LIV. IV. CH. V. JITTKNTAT DE CHJWEL : LB ROI BLESSÉ
CÎDq mois s'écoulèrent à peine sans que les ^ts ee chargeassent de donner raison au vieux magistrat; et sans qu'on vtt où conduisaient la crainte ou la déférence pour quelques grands seigneurs , 4e8 compositions, les dé^llances dans l'accomplissement du devoir, les calculs intéressés. Ptu-is resta un hyisc de régicide; un élève des Jésuites, confessé quatre jours auparavant par un Jésuite, par le père Guérel , attenta de nouveau à la personne du roi'. Henri, de retour àParb du voyage qa'il avait faiten Picardie à la veille d'entrer en guerre ouverte avec l'Espagne, recevait le soir à l'hôtel de Schombei^, derrière le Louvre, les seigneurs qui venaient le saluer. Jean Chasiel, {ils d'un marchand de drap de la Cité, se mêla à la -troupe des seigneurs, trouva moyeu d'approcher le roi, et essaya de le tuer d'un coup de couteau. Comme il le frappa au moment où il se baîssût pour relever, et pour embrasser le sieur de Montigoy , le coup fendit seulement la lèvre supérieure et brisa une dent{27 décembre 1594).
L'assassin jeta & terre son couteau encore sanglant, essayant de se débarrasser ainsi de l'indice de son crime; mais il resta à sa place interdit et troublé. Il était inconnu de tous et tiès rapproché dn rOi : sur ces apparences et sur le sonpçon qui en naissait, Montigny le fit nrrèter en disant : « C'est vous ou moi qui avons blessé 1) le roi.» Henri ne voyantdans celui qu'on accusait qu'un très-jeune homme, de manières simples, refusa d'alM»d de le croire coupable, dit avec une extrême bonté que ce ne pouvait être, lui, et ordonnait déjà an capitaine des gardes qui le tenait de le mettre en liberté. Mais en ce moment, k la lueur des fiambeauz qu'on approcba, le
< Ia nArratioD contempordne dans P. Cayel, 1. ti, p. 6M . <■ U dit a qa'il auroit vea ledit père GuËret, vendrcdy ou sonied; précédtnl » le coup, ajant edU meué vers luy par Pierre Qiastel, son pin, » pour un cas de couBciancc. h Ce vendredi et ce waiedi «ont le U et lu U décembre : l'atteotot est dn mardi iT dAcwnIve.
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l" INTEItHOAATOlRB IHDIOlUriON DO PEUPLE CONTRE LES lÉSUITBB. 627
couteau fut découvert à terre près de lui, et indiqua qui s'en était servi pouf frapper le conp. Le rw commanda alors qu'il fût arrêté et fouillé ; puis ou le mit entre les mains du grand-prévôt de l'hdtf^, qui le fit mener prisonnier au Fort-l'Evêque. Henri, ap[M*nantque le meurtrier était élève des Jésuites, et cédant à un premier moment de juste indignation, dit : « Fallait-il donc que les » Jésuite fussent convaincus par ma bouche 7 ' »
Sur l'ordre du chancelier, Chastel fut interrogé par le lieutenant du grand-prévôt, sans qu'on lui donnât le temps de se reconnaitre. Après un moment d'hésitation et quelques dénégations mal assurées, il avoua son crime avec toutes ses particularités. Une fois dans la voie des aveux, non-seulement il ne témoigna ni regret si repentir de son attentat, mais il dît en propres termes qu'ayant manqué son coup, il le ferait encore s'il le pouvait, estimant cet acte utUe à la religion. Pendant ce premier interrogatoire, la nouvelle du crime et du danger que le roi avait couru se répandit promptement dans Paris, et y excita un grand mouvement, des sentiments divers, tous passionnés. Le peuple remplit les églises, et bénit Dieu d'avoir préservé son libérateur et son sauveur. Tous les bourgeois prirent les armes et se rendirent â leurs corps de garde. Lé cri général était que les Jésuites avEÙent voulu fwre assassiner le roi, et l'exaspération des masses était au comble. La multitude se porta sur le collège des Jésuites de la rue Saint-Jacques avec des cris menaçants,et elle aurait fait un massacre général de ces Pères, si le roi et le Parlement n'avaient promptemeiit envoyé main forte. Le conseiller en la Grand'Chambre Brizai^, capitaine du quartier, le conseiller du Vair. le prévôt Lu-
< Cbevemy, llém., t x, p. SiO B., Mi A. — Thuanni, I. cii, § 18, p. 4t6. — ProcédDTB Taicte contre Jehan Cbastol, daD« les Arcliivei I, t. ini, p. ne. — Lesloile, p. m A.
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goli ne parvinrent qu'avec peine à conleair le peuple, à préserver le collège du sac en y mettant des tmorgeois en garde , à transférer et à mettre en sûreté les Jésuites dans la musoa de Brizanl K
Ces violences prévenues, le cours- fut rendu à la justice. Chastel transféré à la conciergerie du Palais, fut internée d'abord par les présidents et les gens du rm du Parlement. L'instruction prouva que la perrersi<m des idées religieuses avait amené le crime, et qu'après avoir conduit le pays sur le bord de l'abîme par la Ligue, elle pouvait l'y précipiter par le régicide. Cbastel n'avait que dix-neuf ans , et il tenait évidemment de ses mai- Ires les principes d'après lesquels il avait agi. Coupable de monstrueuses débaucbes et de pensées plus inÂmes encore, il s'élait cru urévocablement dévoué à l'enfer, et il n'avait plus cherché dès lors qu'à diminuer la peine de sa damnation étemelle. Dans le collège des Jésuites, chez lesquels il avait été élevé, il avait entendu répéter fréquemment qu'il était permis de tuer le mi, parce que c'était un tyran, et qu'il n'était pas approuvé par le pape. Des entretiens particuliers qu'il avait eus ensuite avec eux, il était résulté pour lui la conviction que cette doctriiie était chez eux générale, réfléchie, ridsounée, et sa disposition à l'embrasser s'en était fortifiée. Admis avec
■ 1 Clieveroy, Mèm., p. 541 A. — Thuanus, § 18, p. Kil. — LesUiile, p. m A. — La DftrralJoii du temps dans P. Cayet, 1. vi, p. 6ï4. « Le renneat de lay pris, confeiaa y avoir longtemps qu'il auroit » pensa en soy meaiue à taire ce coup, et y ayant failly^ le ferait eo- » corc s'il pouToil, ayant cru ^us cela aeroil utile à la religion.... Le » couseiller Brisard, l'un des capilaines de ce quartier-là, eut de la » peine à releoir le peuple qui esloit esneu contre eux, sur ce que » l'on disoit qu'ils avoient voulu faire tuer U Roy..,. Il eulra dedans » le ooUége, et ayant faict asBembler tous les Pères et priocipau::; J^- » suites, il les Dl conduire eo sa maison, et laissa quelques bourgeois » en garde dans ce collège, u — Le collège occupé par lea J£tutte« A pBiid, me Saint-Jacques, se nommait le collège de Clennoot; il est devenu plus tan) le collège Louis-le-Graud.
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