ET DIEPPE. BENKI DÉFEND CONTRE UA LES APPROCHES DE DIEPPE
lieu, et mettent le lecteur en garde contre cette- confusion '.
Le roi défendit avec vigueur les approches de Dieppe contre Mayenne. H attaqua par des escarmouches ses gardes «t ses postes avancés, et s'empara, à deux arquebusades de son camp, d'une petite colhne oiî il logea une partie de son infanterie et deux canons. Les Ligueurs furent contraints de se retrancher de leur cdté, et il fut d'abord impossible de distinguer lesquels, d'eux ou des royaux, étaient les assiégeants et les assiégés. Tandis que Mayenne luttait péniblement contre ces premiers obstacles, . Henri ajoutait aux fortifications de la place de manière à rendre vains les assauts s'ils avaient lieu. Il dressa une épaule en forme d'éperon pour couvrir la porte et la courtine près de la citadelle de Dieppe, et il renforça de deux cents Suisses la garnison de cette citadelle. Du cdté du faubourg de la Barre, il fît faire une traverse de fumier si diligemment, qu'en une nuit la porte fut à couvert. Mayenne parvint peu après à se saisir de la hauteur de Si- Pierre d'Epinay qui dorointùt presque toute la ville, la retrancha, y établit son artillerie avec une partie de son année pour défendre ses canons. H se promettait de grands effets de l'occupation de ce poste : les résultats cependant furent nuls, par suite des moyens préventifs que le roi, toujours fertile en expédients, employa. 11 ordonna de prendre des voiles de navires, d'en faire des masques et de les dresser pour ôter le point de mire aux canonniers ennemis quand ils voudraient battre en brèche *.
I Le Spectaipnr militaire, t. sm, p. 400. Fragment de rhiatAÎre militaire de la Fronce, A* art., par le colonel de Saint-Yon. n Le S octo-
■ bre, MaytMme décourage pat cet, échec, repaaaa les trois ruisseaux,
■ eu mÙTBiit la direction qu'il avait prise d'^ord. Le 6, il te préstnia a de aouDiMu devant le faubourg du Pollel. »
* D'Anf^oulesme, p. 89 B, dit : n Ss Higeaté ordonna de prendre des
■ voiles de navirea, et de laiie dea blindes, pour osier le point de vue
^oiizccbvGoogle
128 LIT. I. CH. III. HATENNB ItlIlIGE DBUX ATTAQUBB SCCCeSSTVBS
L'expédient réussit pleinement. Le duc ouvrit le feu contre les remparts et contre les édifices de Dieppe, avec huit canons, dès le point du jour, ei le continua jusqu'à onze heures, sans causer d'autre dommage à ta ville, que quelques tuiles cassées dans les musons du faubourg,une fille écrasée dans la rue', un cmsinier tué au logis du roi, pendant qu'il écumait tme marmite. L'incident prêta à rire aux assiégés, moins encore que la pauvreté des résultats de l'attaque. Le roi répondit avec le canon des remparts et de la citadelle, démonta deux pièces aux ennemis, et les contraignit à retirer promptement les autres, pour les soustraire à une ruine inévitable. Sur les trois heures après midi, il fit une sortie. Sa cavalerie et son infanterie donnèrent à la batterie du duc, mirent en fuite les Suisses qui la gardaient, brûlèrent les gabions et tes plates-formes, et repoussèrent, avec avantage, les troupes nombreuses qui s'étaient avancées pour les défendre '. Cette première attaque, dans tous ses détails, dans tous ses incidents, tourna donc contre Mayenne.
Le lendemain, le duc en essaya une autre. Les retires de son armée, soutenus par deux régiments d'infanterie, s'avancèrent de Janval jusqu'à une petite hauteur qui regardait la citadelle, et l'occupèrent. Le roi ne voulut pas souffirir les Ligueurs si près des murailles de Dieppe, et se mit en devoir de les chasser de ce poste, avant qu'ils eussent le temps de s'y forlïBer, et d'y éieVer des ouvrages de siège. Une division, composée de cavalerie et d'iofauterie, reçut l'ordre d'aller tes en débusquer : le contingent des Dieppois dans l'infanterie ne fut pas moindre de neuf compagnies bourgeoises ou salariées. Le roi et le
■ aux caDODDiersquîvoudroieDly battre en ruines.» LemotdeMïrufei n'a plus aujourd'hui le sens dans lequel d'Augoulesme le prend.
' Dîscoiir» au vrai, [i. Î5, 88. — Etapport daus les.Mém. et Corre^. de DupLesâs, t. IV, p. 431. — D'Augoulesme, t. xi, ii. B3, Si.
^oiizccbvGoogle
CONTRE DIBPPE : ELUS ^HOtJBNT TOUTES DEUX. 199
maréchal de Biron, ayant sous leurs ordres Guitry pour !es détails de l'exécution, se mirent à la tète de ces forces. L'attaque dut avuir lieu d'après un ordre de combattre inaccoutumé, et avec l'emploi nouveau d'une arme an- cienoe. Il fut convenu que la mêlée une fois engagée les escadrons se dédoubleraient et s'ouvriraient tout à coup ; que quatre canons dont ils étaient suivis feraient feu sur l'ennemi; qu'après cette décharge ils se refermeraient ; que la même manœuvre se renouvellerait pendant toute la durée du combat. Les artilleurs bourçeois de Dieppe servirent les pièces, et dirigèrent le feu avec la même habileté qu'ils avaient déployée au château d' Arques. La manœuvre eut un plein succès. Les troupes royales, après avoir abordé l'ennemi, exécutèrent ponctuellement ce qui avait été résolu : six décharges successives firent de larges trouées dans les rangs des Ligueurs, qui ne tardèrent pas à fuir épouvantés et en désordre jusqu'au village de Janval. C'est le premier emploi de l'^tîllerie légère dans les armées européennes. Le cauonnier normaud Charles Brise en fut l'inventeur, Guitry le promoteur, Henri et Biron les applicateurs. Biron exprima viv«nent l'impres-sion produite alors par cet usage nouveau fait de l'artillerie. Comme on ramenait les pièces, il dit au roi : « Sire, I) aviez-vous jamais vu mener du canon à l'escarmou- » che? » IjCs résultats de ce nouvel avantage furent considérables. Le poste que les Ligueurs avaient momentanément occupé resta au roi , et le gros des forces de Mayenne fut tenu plus que jamùs à distance de Dieppe'.
< D'AagoDlesme, t. xi, p. 83. — La Force, Uém., t. i, c. 3, p. M, B8. — Maouscrit D°i, p. ti. — Davila, I. x, l. n, p. S13, 5H. — MémoireB chroD., t. i, p. 38S. — LeUres mis^iv., t. III, p. SA. Le roi dans ea lellre à Poyaoae du 7 octobre, réaiime et juge eu ces mots le» opératiODB de siège ixintre Dieppe essayées par Mayenne : « Ceste D forme nouyelle d'assiéger lea place» de n'en approcher pas d'un » grand quart de lieue. »
^oiizccbvGoogle
130 tiv. I, en. lit. UN CORPS d'Écossais, puis l'aiwëb françaisk
CepeadoDt l'armée si peu nombreuse de Henri etût menacée de fatigue et d'épuisement, par la contÎDuité des hostilités, et même des avantages qu'elle avait rempor-
, tés. D était grandement temps que les secours qui s'étaient fût trop attendre du cdté des étrangers, puisque le roi aurait pu être écrasé à la journée du 21 ; qui s'étaient fait scandaleusement attendre du côté des nationaux, puisqu'ils ne vinrent qu'après ceux de l'étranger, que ces secours tant différés arrivassent. Enfin ils arrivèrent. Le jour même où les Ligueurs étaient refoulés jusque dans leur camp, un corps de 1260 Ecossais, conduit par le sieur d'Ovins, ancien serviteur du roi, débarqua dans le port de Dieppe (30 septembre). Le faubourg voisin de Bouteille lui fut assigné pour quartier. D'Ovins, après avoir reconnu le poste de Bouteille, dont les Ligueurs, nous l'avons vu, s'étaient saisis, supplia le roi de lui en permettre l'attaque. Sa demande lui tut accordée, et Uenri fit soutenir les Ecossais par le régiment de Navarre et par un corps de cavalerie. L'attaque eut un plein succès : tout ce qu'il y avait de troupes ligueuses dans
. Bouteille fut enlevé ou taillé en pièces, et tout le bagage pris '. Bouteille étant recouvré. Arques et Dieppe conservés, Henri se trouvait maître de toute la ligne occidentale de sa position, et les tentatives de Mayenne au néant.
Le duc, plein de honte et de chagrin, se creusut l'esprit à chercher le point vulnérable de son adversaire, et les moyens d'une revanche, quand les nouvelles apportées à son camp lui apprirent qu'elle lui était interdite.
> D'ADgoulcsme, p. 83, 8t. — Lettre du roi du i" octobre dans les Lett. misâiv., t. ii[, p. 53 -. a Qaiiuit centa Escossais qui sont dit hier a icy. B Ou le roi, iDenactement infonné dans le premier moment, portait un peu trop hnut le nombre des Ecossais, ou bieu le texte oridinsl de sa lettre, au lieu de quinit eenli, porte Irtitt etntt, ce qui lie rapiirocberait iuÛDiment de la vérité.
^oiizccbvGoogle
Ce PICARDIE VIENNENT AU SECOURS DU ROI. MATENNE DECAMPE. (31
Longueville, d'Aumont, ]e comte de Soissons, longtemps arrêtés par de misérables querelles, s'étaient enfin accordés, et amenaient de Picanlie au roi une seconde armée, qui n'était plus qu'à deux journées de marche. Mayeune craignant de se trouver entre deux armées, leva le siège, comme disent les contemporains, qui témoignent ainsi jusqu'au bout sur le genre d'engagements qui eurent lieu entre les deux partis. Le duc décampa te vendredi 6 octobre, après vingt-trois jours d'attaques dirigées contre les divers points de la position du roi, douze jours contre le Polet et le camp d'Arqués, onze jours contre le boui^ d'Arqués et la ville de Dieppe. En s'éloignant de cette ville, il prit sa route vers la Picardie, pour être à portée des Pays-Bas et des renforts qu'il demandait aux Espagnols. Le roi le harcela dans sa retraite, et continua à faire la guerre autant à son matériel et à ses provisions qu'à ses troupes, persuadé que c'était un moyen au moins égal de l'affaiblir. Le premier jour, U le suivit lui-même à la télé de trois mille hommes, enleva le quartier du chevalier d'Aumale, et captura outre ime quantité de meubles précieux, un nombre infini d'arquebuses et d'autres armes. Le second jour, il attacha à sa poursuite un corps de chevau-légers, qui prirent un convoi de 200 bœufs destinés à la nourriture de l'armée ligueuse : ce convoi amené au roi le mit en état de faire aux Suisses une avance sur la solde qui leur était due '.
Henri, revenu de la poursuite des Ligueurs et rentré à Dieppe, envoya sur-le-champ quelques officiers à son armée de Picardie, pour la pi^mtmir contre les surprises, et contre les démarches téméraires. D lui enjoignit étroi-
' D'Angoulesme, Mém., t. u, p, 8*, 8S. — I.a Force, Mëm., 1. i, c. 3, p. 9S. — Discours bu vrai, p. %1. — P. HatChieu, 1. i, p. 17. — Thuaana, 1. icvu, g Ji, p. 80t, Pour la date <le la retraite de Mayenne, que les conteuporaim fixent diversement, voyez la noie à )a âo du Tûlume, parmi les Docoments bistoriiiuei.
132 uv. I. CR, m. HENBi neçoiT ii4 secours de iOOO anglais.
tement, dans le cas oh elle serait approchée par le duc de Mayenne, de ne pas accepter la bataille, de se retrancher, d'attendre que le roi fût accouru de Dieppe k la tète de son armée, et se fût joint à elle, pour en venir aux mûns avec l'ennemi. En même temps, il ordonna à deux cenlâ cavaliers de suivre la marche des Ligueurs, de s'assurer exactement de la direction qu'ils suivraient, de recueillir tout ce qui pourrait l'éclairer sur leurs projets, et de l'en informer sans retard. Pendant le voyage de ces chevaulégers qiii fut de deux jours, il reçut le second secours d'hommes dont l'aidaient ses alliés. Il présida au débarquement d'un corps de quatre mille Anglais, en trois régiments, que la reine Elisabeth lui envoyât sous la conduite de lord WiUnghhy. Il visita l'amiral sur son bord, malgré les avis contraires de ses serviteurs qui craignaient pour la sûreté de sa personne : il passa en revue sur la plage les soldats anglais, en parcourant tons les rangs : par l'abandon de sa confiance, par son afTabillté, il gagoa dès l'abord, l'affection de ce peuple, qui de tous cède le moins aux entraînements du premier mouvement. Cependant les officiers qu'il avait dépêchés à l'armée de Picardie rentrèrent à Dieppe, et lui apprirent que cette armée séjournait actuellement à Gournay, abandonné par les Ligueurs, et que le lendemain elle marcherait sur Gamacbes. Ses coureurs revinrent de leur côté, et l'informèrent que Mayenne, au partir de Gamacbes, avait pris sa route par Oisemont et par Brèves, pour se rendre de ta à Amiens, et qu'il n'avait aucun dessein de se porter à la rencontre de l'armée de Picardie. Sur ces avis, le roi laissa le commandement de l'armée d'Arqués au maréchal de Biron, partit le lendemain dès la pointe du jour, avec une escorte de sept cents cavaUers, et après être demeuré près de quinze beuivs à cheval sans repaître, il joignit son armée de Picardie près de Gamacbes.
FOnCBB DONT IL DISPOSE : RETRAITE ET MARCHE DE lAVENNE, 133
Le soir, au souper, il raconta les combats d' Arques et de Dieppe, comblaDt d'éloges tous les capitaines qui l'avfdent ûdé à vaincre les Ligueurs, enflammant les nouveaux venus d'une généreuse émulatioD, remerciant la noblesse de Picardie d'avoir tout quitté pour le venir secourir , sans laisser entrevoir son juste mécontentement contre les chefs, et leurs blâmables délais, car sa cause avait besoin de leur concours. Le lendemain, il prit la ville et le château de Gamacbes, et peu après celle d'Eu, presque sous les yeux de Mayenne qui n'était qu'à cinq lieues de là, et le provoqua ainsi à un combat qu'il n'osa accepter. Retournant à Dieppe, il conduisit quelques jours après Tannée d'Arqués à Gamacbes, la joignit à l'armée de Picardie, et se vit alors à ta tête de quatorze mille fantassins et de quatre mille chevaux. Un prêt de 60,000 écus, que les HoUandais lui envoyèrent, joint aux fonds qu'il avût reçus d'Angleterre et à la vente du butin fait sur l'ennemi, le mit à même de pourvoir pour quelque temps à la solde de ses troupes. H se trouva donc alors avec les forces et les ressources nécessaires pour tenir la campagne, et prendre le râle agressif '.
Henri avait contracté beaucoup de dettes de reconnaissance envers ses serviteurs : il acquitta toutes celles qu'il pouvût payer en ce moment. La noblesse avait beaucoup
< D'Angonleame, t. n, p. Si-ST. A cette deroière page, il expose comment les misérables querelles pour le commandemeDl enlre LouguevUle et Soïssons, qui avaient si longtemps retardé l'arrivée de Picardie, se renouvelèrent à Gamaches en présence du roi. — Diacoura au vrai, p. 18, 89. — Lettres miasives dea l", 3, 7, 16 octobre, t. m, p. SI-SB. Dans la première, p. S3, le roi flie an 3 octobre l'arrivée du secours anglais, deux jours après celle du secours écossais, n 1" n octobre : quatre mille Anglais qui me doibveni demain arriver, et B quinze cents Escossais qui sont dès hier icj. » D'Angoulesme réduit à douze cent soixante le secours écossais. Les troi^ noms qu'il donne pour les colonels dca régiments anglais sont : lord Uoilllen, cbevalier Sauvage, Sorcarit.
I3i LIV. t. CB. III. GRATITUDE DU ROI ENVERS LES VILLES NORMANDES,
fût, mais n'avait pas tout fait dans les événemeuts accomplis depuis uu mois. La bourgeoisie avait rendu des services de toute espèce : elle s'était montrée admirable de dévouemeut pour la cause du roi, qui était la cause nationale : elle avait lutté d'énergie et de sacrifices avec la magistrature , cette autre portion du tiers-état, représentée alors par les de Harlay, les Pasquier, les Groulart. Les habitants de Caen avaient largement contribué à nourrir l'armée : ' Henri par acte du 1 1 octobre leur accorda la conSrmation de leurs privilèges et tous les articles de faveur qu'ils avaient sollicilés. Les Dieppois et les Poltais , on vient de le voir , avaient mis à sa disposition leurs biens et leurs vies, et en toute rencontre, combattu dans les rangs de ses soldats. Le roi les gratifia dans leurs libertés locales, dans leurs intérêts, dans leur" honneur. Il confirma leurs privilèges, et les exempta de toutes tailles, impositions foraines, aides, subsides et subventions quelconques : par ses lettres patentes du 1 5 octobre, il donna à la ville dix mille livres par an, à prendre sur la ferme des traites pendant neuf ans : il ennoblit les échevins et le plus grand nombre des capitaines des compagnies bourgeoises, qui avadent rivalisé de courage avec ses plus braves oflSciers *. Il témoigna d'une manière
' DoDS ta, lettre du ST septembre', t. m, p. (9, 9D, le roi lenr demande de fournir b rarmée vingt maids de blè converti en farine- Cette réquisition avait nécessairement étâ précédée de plasienrs antres.
1 Lettre du roi, du 11 octobre, à la ville de Caen, dans les Lettres miss,, t. m, p. 57. « Pour tesmoiguage de quoy, nous avons favora- D blement respondu les articles que voslre depputé uous s présentez » de vostre part, g — Recueil général des édits, déclarations, lettrespatentes données en faveur des habitants de la ville de Caen, p. 1-3. Dans la couârmatiou des privilèges des habitants de Dieppe, on lit p. S : « Considérans le secours qu'il nous ont libéralement Tait en ces H troubles, remuemens d'armes, et temps d'infidélité, ayant estimé H très raisonnable de les fçratifler en reconnaissance de leur fidélité, H devoir et seroice. a — Mémoires chron., t. 1, p. Î89, pour les autie* bveurs accordées aux Dieppois.
:!,a,l,z..bvG00gIe
LES CHEFS ET LA NOBLESSE, QUIL'oHT AIDE DANS CETTE LUTTE. 135
éclatante h sa noblesse quel cas il fusait de ses exploits et de l'assistance qu'elle lui avait prêtée. En attendant qu'il put lui distribuer les charges, les dignités, le butin que rendraient disponibles les conquêtes sur l'ennemi, il satisfit sa grande passion, l'honneur. Dans la relation officielle des combats livrés à l'armée de la Ligae, qu'on rédigeaitpresquejour par jour sous ses yeux , et qu'il adressa à toutes les provinces, il désigna nommément tous ceux qui s'étaient signalés par leur courage ou leurs heureuses inspirations militaires: il les mettait ainsi à l'ordre du jour non pas seulement de son armée, mais de la France entière ' . , ■
Dans cette mémorable lutte, il n'y eut pas une seule bataille, comme on l'a répété si longtemps par erreur ; mais il y eut une grande victoire résultant des nombreux avantages remportés par le roi : Mayenne ne perdit pas moins de dix-sept mille hommes par le fer de l'ennemi ou par la désertion : c'était ta moitié de son armée. Henri dut son succès aux savantes dispositions et à la vieille expéiience de Biron, à la bravoure de sa noblesse qui ne faiblit que partiellement et un moment à la journée du 21, à la fermeté de ses troupes, et à lui-même plus qu'à personne. 11 déploya au plus haut degré les qualités qui font le succès de toutes les affaires humaines : la résolution, l'habileté, la vigilance, l'activité. Il lit preuve des talents d'un grand capitaine. L'occupation et la défense de la position d'Arqués et de Dieppe, quand bien même d'autres faits d'armes pareils ne viendraient pas s'y ajouter, suffiraient pour dé mentir la tradition populaire, perpétuée jusqu'à nos jours, qui le réduit aux pro-
' CeU« relotioD est le Discours au vrai, que nous STons rréqaemment cité dans l'exposé de ces roiU. On le Irouve dans les Mèmoîrea et Coiresponduice de Duplessto-Morna; , t. v, p. 1-30, et dans les MéiuoireB de la Ligue, t. iv, p. t8-69.
^oiizccbvGoogle
136 LIV. I. CH. m. APPRECIATION DELA CONDUITE MILITAIRB
portions d'un carabin, d'un capitaine de cavalerie, n'ayaat pas son pareil pour une charge. Son intrépidité héroïque, sans être témérfùre, n'était que le moindre de ses mérites. Ses combinaisons montrent dans quelle mesure il possédait les qualités du général expérimenté et réfléchi, de l'habile stratégiste. Qu'on examine les choses d'un peu près, et l'on verra que sa défense de Dieppe, en donnant à la ville pour avant-poste la position entre Arques et Dieppe, contient toutes les données générales, tous lel éléments principaux de la grande défense des |daces fortes. L'artillerie, dont il fit un continuel usage, contribua puissamment au succès dans ces nombreux engagements : l'on vient de voir que dans le dernier, accueillant sans délai les inventions heureuses, il avait le premier employé l'artillerie légère : c'étîdt une innovation et un progrès dans l'art de la guerre. Aux qualités solides dont Henri ë.t preuve, se joigniùent les quabtés aimables qui exercent une légiûme séduction : l'affabilité avec tous, la franchise del'éloge pour les belles actions, l'humeur cbevaleresque, les mots beureux, tout ce qui fait le caractère français et qui enlève la nation. La critique a, dans ces derniers temps, attaqué l'authenticité de son billet à Grillon ■. Mais les paroles du camp d'Arqués et du souper de Gamacbes siibsistent, et elles passionnaient tout le monde autour de lui. La déclaration de Saint-Cloud avait fait un roi : la victoire d'Arqués le consacra auprès de tous ceux qui voulaient la fia des troubles et le retour à l'ordre, sous la conduite d'un homme fort et généreux. « Ce fut , dit un contemporain,
< a Peads-toi, brave Crillou, nous avons combattu à Arques el tu » n'y étois paa. Adieu, mon ami, je voua aime à tort et à travers. ■ M. Berger de Xtirey peusu que Voltaire, tronipÊ par aca Bouvenirs, a accourci et avancé de plusieurs aunées un billet écrit par Henri IV à Crillou, le 20 septembre 1S9T. Voyez le Recueil des Lettres missives, I. IV, p. SfS.
^oiizccbvGoogle
Dtl ROI DANS LA fiUERRB D'aHOUES BT DE DIEPPE. 137
B la première porte par laquelle il eotra dans le chemin « de sa gloire et de ea boone fortune * . » L'expédition d'Arqués et de Dieppe, on peut l'affîToier, donna à la France le règne de Henri IV, en ce sens qu'elle établit soD autorité sur un fondement solide, qu'elle lui assura l'égalité des forces avec son adversaire, qu'elle, rendit sa royauté viable.
'^ D'Aogoolesme, Mém., p. 7G B.
^oiizccbvGoogle