LSS UGUEUBS SONT CHASSÉS DU CAMP DU ROI
OU prit tout ce qui était dedans. De ta, il fit filer deux cents hommes vers la fortification d'en haut, et en chassa les Ligueurs. Par cette suite d'actions d'une décision et d'une vigueur incomparables, l'armée du roi rentra en possession de tout son premier retranchement ou tranchée perdue. Henri ordonna aussitôt d'y conduire des canons qui poursuivirent les régiments suisses de la Ligue dans leur retraite, et envoyèrent quelque temps la mort dans leurs quartiers <.
Telle fut l'issue de cette attaque du camp du roi, nommée la journée d'Arqués. Henri n'acheta pas cher le succès, n n'eut à regretter que cinq officiers de distinction, Foumier et le comte de Roussy, tués sur le champ de batEÙlle, Bacqueville, mort des glorieuses blessures reçues ce jour-là, le comte de Rochefort etle sieur de Rivau. perfidement arrêtés par les lansquenets ennemis. Cent cinquante soldats furent tués, un plus grand nombre blessés, la plupart au moment de la trahison de ces mêmes lansquenets. Parmi les ofEciers et les gentilshommes, Apency, I^roche-Jacquelin, Larchant, Harambure, furent blessés en combattant valeureusement. Lesboui^eois de Dieppe luttèrent d'intrépidité avec les plus braves troupes régulières, et perdirent soixante hommes dans l'action. L'un d'eux, Etrépagny, se signala tellement, en vengeant la mort de son frère, que le roi lui donna des lettres de noblesse. Les Ligueurs perdirent dix officiers supérieurs, trois mestres de camp, trois maréchaux de
> La Force, Héin., 1 i, c. S, p. SS, St. — D'Angouleeme, Mém., t. XI, p. 80 B, SI A. — Discoure an vrai, p. 13. — Lettre d'un genlilbomme, p lt9. — Lettre de Rosof à Corbiaelli, p. 50. — Mémoires cbrou. pour servir à l'bist. de Dieppe, L i, p. 379. — Manuscrit n* 1, p. tl. Voici les détails nouveaux que roumisseut ces deux dernières sources : « Henri IV ordonna aux boit compagnies, tant bourgeoiaes
■ que soudoyées, de se joindre à ces troupes... afin d'aller attaquer * les lajisquenets et les Ligueurs qui s'ëtoient l<%és dans la Maitairie
■ et la cb^elle de Sainl-ËUemie. »
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122 tIV. 1. CH. m. DÉCOUIUGEMENT DANS L'ARMÉE LtGOEUSE.
camp, quatre che& de corps, tués ou faits prisonniers. Quatre cents de leurs soldats, selon quelques historiens, six cents selon d'autres, périrent, et parmi les morts on compta deux cent cinquante gentilshommes ou cavaliers. Dâ eurent un bien plus' grand nombre de blessés et de prisonniers. Cette perte restreinte du combat et du mo- .ment devint bien autrement considérable par les conséquences : la honte et le découragement firent bien plus contre les Ligueurs que le fer de l'ennemi. Une année de trente-cinq mille hommes avait été repoussée dans toutes ses attaques par une armée de neuf mille huit cents hommes, et chassée des positions dont elle ne s'était saisie un moment que par la perfidie. Parmi les volontaires, ce fut à qui fuirait un tel parti : dans les deux jours qui suivirent, trois mille soldats, la plupart boui^ geois de Paris, désertèrent le camp de Mayenne : beaucoup tombèrent dans leur fuite au pouvoir des royaux. ' Nul général n'éleva jamais plus que Henri les sentiments de ses chefs et de ses troupes. Sur le champ même du combat, il rendit à Dieu de publiques action^ de grâces de son succès. D se transporta ensuite au bourg d'Arqués, où les catholiques firent chanter un Te Deum, et où les réformés chantèrent leurs psaumes. Dans cette cérémonie, le roi traça à ses partisans des deux reliions la ligne de tolérance, de mutuelle charité, qu'ils devaient suivre, et dont il voulait lui-même ftùre la règle de sa conduite et de son gouvernement. Quelques uns des
■ Discours au vrai, p. 93, 94. — D'Angoulesme , t.-xi, p. Bi. — liosDj, Lettre A CorbiDeUÎ, p. SI. — Lettre d'un genUlhomine. p.lt9, 150. — Hémoires chron , 1. 1, p. 981. On voit dans le récit de d'Angouteame quelles pertes l'armée de Majeime fit par la déserlioD A la auile de la journée d'Arqaes. n Le Sis d'un marchand de Paris, nommé 0 Lempereur, dit que depuis la journée d' Arques l'année estoit diu miDuée de plus de trois mille bommes, la plospart de Paris, du N nombre desquels il esloit. s
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CONDUITE ET SOINB DU ROI APRÈS LB SUCCÈS. ti3
corps des Suisses de son armée appartenaient à la religion catholique. Il s'approcha d'eux et leur dit : « Nous Croyons tous en un même Dieu : chacun de nous espère la gloire ét«melle par les mérites d'un même Jésus-Christ. Nous tenons deux divers chemins pour y aller : allons donc le remercier de la victoire qu'il nous a donnée ; priez-le à votre mode, je Tirai prier à la mienne ; je vouâ prie, ne vous scandalisez point de moi, je ne me scandaliserai pas de vous. » <
Le roi séjourna trois jours entiers au camp de la Maladrerie, surveillant attentivement les démarches de Mayenne, et prêt à repousser ses attaques si elles se renouvellent. Libre de tout combat par l'inaction des Ligueurs, il s'occupa activement de remédier à sa propre pénurie; d'approvisionner son armée, sans épuiser les Dieppois et ses autres partisans en Normandie ; de réduire l'ennemi aux extrémités dont il sortait lui-même ; de mettre ainsi de son cAté l'aliment et le nerf de la guerre. Déjà précédemment il avait accru ses ressources, et diminué celles de Mayenne, en s'appropriant ce qui était préparé pour lui : le 13 et le 20 septembre, il avait fait enlever par Aussebonne et par le capitaine Foumier deux convois de munitions et de bestiaux destinés à l'armée de la Ligue. Dans les trois jours qui suivirent le combat d'Arqués, il envoya des partis battre la campagne, et Lacrois, l'un de ses capitaines, prit vingt charrettes attelées chacune de quatre chevaux, qui apportaient à Mayenne quarante tonneaux de poudre et trois cent boulets pour canons et conlevrines. En même temps, le roi commença à tirer de ses alliés au dehors ce que ne lui donnaient pas ses captures à la guerre. Le 23, il fit une excursion à Dieppe pour aller recevoir le premier secours que lui envoyait l'Angleterre, et que lui amenaient sur ■ O'Angoulesme, p. SI A. — Robd; , Leitre à CorbiDelti, p. Bï,
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m LIV. I. CH. m-VAYENNE RÉSOUT DB SB TORTER AG&UCHB DE LA
treize vaisseaux lord Stafford et un gentilhomme français nommé Bossy : c'étaient 200,000 livres en argent, 70 milliers de poudre, 3,000 boulets, des blés, biscuits, vins et bierre, des draps et jusqu'à des soiiliers, qu'il ramena dans son camp, et disti'ibua à ses soldats. '
Parmi tous ces soins, il tenait les yeux ouverts sur l'attitude et les desseins de Mayenne. Le duc était revenu à l'idée d'assiéger Dieppe, en attaquant la ville, non plus du cdté du Polet où il avait trouvé une si vive résistance, mais du cAté du château et de la citadelle. Son plan était de battre à la fois la place avec son artillerie, et de l'affamer, de réduire en peu de temps ta population aux dernières extrémités, et de l'amener à capituler. Sa grande expérience et son bonheur précédent dûis la conduite des sièges lui donnaient l'espoir du succès. En conséquence, le dimanche 24, à minuit, il abandonna ses quartiers de Martin-ÉgUse, et mit son année en marche pour en aller prendre de nouveaux, de l'autre côté de la vallée d'Arqués. Henri, instruit par ses coureurs de ce mouvement, et sur ce mouvement jugeant des projets de son ennemi, disposa tout sur-le-champ pour repousser les nouvelles attaques dont la partie occidentale de sa position se trouvait menacée, et pour soutenir un siège après avoir défendu un camp. Il retira son armée du camp d'Arqués ou de la Maladrerie. Il la fit passer parle bourg d'Arqués, et Itussa pour la défense du château, outre les deux compagnies bourgeoises de Dieppe, cinq cents Suisses et uu régiment français, sous le commandement de La Garde, mestre de camp d'un courage et d'une habileté éprouvés, n emmena tout le reste avec lui à Dieppe, et l'établit dans les fauboiu^ voisins de la citadeUe et du château. En joignant ces troupes à la milice bourgeoise et aux compagnies salariées de Dieppe, il mit la ville dans < D'Angouleeme, t. si, p. 7S A, 78 A, 81 B.
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POSITION DU ROI: II0TBN3 DE DftFBNSB dVE. HKNBI LUI OPPOSB. 125
un état de défense formidable. En ménageant à ses soldats des logements sûrs et commodes, il leur donna moyen de se refaire promptement de leurs fatigues. Après avoir satisfait à ces premières nécessités, il travailla de Douveau et plus activement à miner son ennemi , à le ruiner en détail. Il brûla, dans le voisinage de Dieppe, les villages qui pouvaient lui servir de quartiers. Il envoya des partis dans la campagne, et des ordres aux gouver~ neurs des villes qui l'avaient reconnu, pour arrêter et saisir les envois faits à l'armée de la Ligue. Durollet, gouverneur du Pont-de-l' Arche, défit près de Rouen uu grand convoi de soixante chariots qui apportaient au camp de Mayenne des munitions, une prodigieuse quantité d'habillements, et 32,000 paires de chaussures pour l'infanterie et la cavalerie : il fit conduire sûrement et tenir le tout à l'armée du roi. Henri fit commencer en même temps les travaux nécessaires pour ajouter aux moyens de résistance de Dieppe^ protp,ger ses troupes et faciliter leurs mouvements offensif '. Ainsi d'une part, il 6ta à son ennemi et se donna à lui-même tout ce qui fait pour moitié au moins le bon ou le mauvais succès d'un siège, les munitions, le logement, les vivres, les habillements des soldats. D'un autre côté, il lui opposa des forces, des batteries, des retranchements, capables de déjouer tous ses efforts. C'était à la fois une guerre de chicane et une guerre de génie militaire.
Mayenne, en quittant ses campements de Martin-
1 Discours an vrai, p. iS. — Lettre de Rosoy h Corbmelli, p. BO. — D'Angoulesme, p. 88 A. — P. Matthieu, l. i, p. iB. — D'Angou- . lesme, p. Si, indiqua le $3 seplembre comme date da décampement de ^!a;elUle ; mais p. SI il dit : " Qu'après la journée d'Arqués, qui B est du SI, le duc de Hayenoe sëjourna quatre jours dans ces quar* B tiers sans vouloir rien entreprendre, a Cette dernière assertion modifie la première. Les autres contemporains fixent au 34 septemlDre le départ de Bfaycnne de Marliii-l^lise.
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136 in. t. CH. III. MAYENNE VEUT AfiSIÉGBR LE CHATEAU D'aRQUES
Eglise, fit ua détour de sept grandes lieues, tourna le côtuau de Saint-ÉUenue et la forêt d'Arqués, passa la Bé— thuoe près de Dampierre, et l'Arques à Torcy. 11 laissa trois régiments dans le bourg d'Arqués, avec ordre d'attaquer le cb&teau ; se saisit du passage de Bouteille où il logea ses troupes de Lorraine et de Flandre ; poussa le reste de son infanterie en avant, et l'établit dans les villages, ou plutôt sur l'emplacement des villages de Janval, du Jardin, de Rouxmesnil, naguère incendiés par le roi. n se trouvait ainsi à la portée d'une grande canonnade des foubourgs et de la citadelle de Dieppe, presque en face de la localité qu'il avait abandonnée de l'autre côté de la vallée (mardi 26 septembre). Le château d'Arqués, qu'il comptait enlever. Bouteille qu'il avait pris, étaient deux points importants de la position, deux postes avancés de Dieppe, qu'il s'a^ssait de d^endre contre lui ou de lui reprendre. Les trois régiments qu'il avait laissés dans le bourg d'Arqués n'y séjournèrent pas au-delà d'une nuit. Au point du jour, le mestre de camp La Garde fit sur eux une sortie furieuse, en tailla eu pièces et en désarma une partie, chassa le reste : les Ligueurs dès.lors ne revinrent plus dans le boui^, et n'essayèrent même pas le siège du château '. Nous verrons tout à l'heure ce qu'il advint do Bouteille. Toutes les autres attaques de l'armée de la Ligue furent diiîgées contre Dieppe. C'est par erreur que dans un ouvrage moderne, qui pourrait faire autorité, ces attaques contre Dieppe sont transformées en attaques conb-e Arques et le Polet. Les originaux ne lîussent aucun doute sur le point où elles eurent
I Rosny, Lettre à Corbinelli, p. BO. S3. — P. Matthieu, 1. i, p. 16. — D'AngouleBme, t. il, p. 83 A. — Discours au vrai, p. 35, 36. — Rapport dam les Mëm. et Correap. de Duplessb-Moma;, t. iv, p. 433. Le Discoura et le Rapport soat d'accord avec d'Augouleame sur la sortie faite par La Garde et eurses résultats; maiB il» reculent ce fait de quelques jours.
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