ADHESION DUNE PARTIE DE LA
a avis. » Et ils congéâièreut leâ agents du duc avec cette réponse. Ce prince tourna vers la Provence ses vues et les forces restreintes dont il disposait '.
Cinq factions déchiraient et dévastaient la Provence. La faction du duc de Savoie se composait d'abord esclusivement de genfilshommes savoyards établis dans le pays. Il la fortifia par ses intrigues, dans les derniers mois de 1589, D'une part, il s'allia avec une des factions de la Ligue ; d'une autre, il recruta à prix d'argent des partisans dans la basse classe et parmi les hommes perdus d'Âis et de Marseille. D attendit l'occasion de les foire agir de concert en sa faveur, et it la trouva bientdt. Ces actives menées n'empêchèrent pas le parti royal de se constituer et de s'organiser fortement en Provence. Dans les quinze jours qui suivirent la nouvelle de l'assassinat de Henri UI, ceux qui avaient combattu pour ce prince transportèrent à Henri IV leur fidélité et leurs services. Clétaient le gouverneur Lavalette, la portion royaliste du Parlement d'Âis réfugiée à Pertuis, la plus grande partie de la noblesse, les villes et territoires de la partie septentrionale de la Provence. Le 30 août, le Parlement de Pertuis recoijnut Henri ÏV pour roi. Quelques succès obtenus par les Ligueurs, aidés de l'argent et des secours du duc de Savoie, contraignirent le gouverneur à transférer le Parlement royaliste de Pertuis & Manosque, le 1" novembre; mais le parti royal reprit ses avantages sur d'autres points et s'étendît à l'occident et au midi de la province. La noblesse de Tarascon désarma le peuple, et fit passer la ville de l'élat de neutralite et d'indépendance à l'obéissance envers le roi et le gouverneur. Au ' mois de novembre, Lavalette prit Toulon, puis peu après
' Vie de Usdignières, I. m, p. e»-97. — P. Coyet, 1. i, p. ISt, iii — Thuaniu, 1. ïi:vn, g M, t. iv, p. 8îî, 8îî
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1&6 LlVf I. CH. IV. RECONNAISSANCE SOLENNELLE BN LANGtEDOC.
le fort de cette vîUe, et y commença des fortifications qui le rendirent bientôt imprenable '.
Enfin, en Languedoc, la fin de l'année 1589 fut marquée par quelques faits qui servaient la cause de Henri dans l'opinion publique et fwtifiaient son parti. Montmorency, gouverneur de la province, avait donné son adhésion avant la guerre d'Arqués. Mais il s'agissait d'y joindre le libre assentiment des populations, dans un gouvernement où Toulouse et la partie occidentale avaient embrassé la Ligue, et dans un pays d'Etats, où les représentants des trois ordres décidaient, avec une autorité à peu près égale à celle du gouverneur, de toutes les affaires d'intérêt public. Or, dans l'assemblée des Etals, tenue k Béziers le 27 septembre, le président de l'assemblée protesta de leur fidélité envers le roi : les consuls de Carcassoune, Uzès, Mende, Saint-Pons, le Puy, Castres, Lodève, prirent le même engagement : les évêques de Béziers, de Montpellier, de Nîmes, d'Agde;, les vicaires généraux de Carcassonne, Uzès, Mende, Saint-Pons, le Puy, accédèrent à ces promesses. Peu après le 1 3 novembre, l'un des lieutenants de Montmorency fit l'ouverture ' du Parlement royaliste de Carcassonne, dont les arrêts devaient infirmer ceux du Parlement de Toulouse, dans ce qu'ils avaient d'hostile à Henri IV et à son autorité '.
Quand on joint ces reconnaissances aux reconnûssances hardies et généreuses des premiers jours du règne, et aux soumissions résultant des conquêtes de Henri, on voit que dans la presque totalité des gouvernements un parti pour le roi, plus ou moins fort, était organisé à la fin de 1589. lies seuls gouvernements de Guîenne, de
' Bouche, Hiat. de Provence, 1. i, p. 131, 78î. — De Noatredanie, Hist. d« Provence, part, viii, p. 877-880. ■ D. Vaûaette, HÛtoire générale ds Languedoc, 1. xu, t. v, p. 4S9,
L£PAHnR0fALËTABLtDAKSTOUTESLBSPROVU(CeS,MOINSTR0IS. 157
Nivernais, où commandait le duc de Nevers, d'Angoumois etdeSaiDtonge,quiobéissfûeDtàd'EpemoD, persistaient encore dans la neutralité. Mayenne et la Ligue essayèrent bien de protester contre ce résultat, en faisant une proclamation solennelle de la royauté du vieux cardinal de Bourbon, le 21 novembre. Mais, d'une part, Henri s'étût assuré de la personne de ce compétiteur en le tirant de Cbinon, en le transférant à Fontenay en Poitou, et en le livrant à des mains d'une fidélité éprouvée '. D'un autre côté, la royauté de Charles X n'était appuyée que des revers d' Arques, de la perle des villes et du territoire que ces défaites avaient amenée : cette . royauté resta donc toute de déclaration et de protocole; d'effets réels, elle n'en eut point.
Un fait capital, négligé jusqu'à présent par l'histoire, c'est que, dès la fin de l'année 1 589, les neuf dixièmes du haut clei^é de France avaient adhéré à la royauté de Henri IV. L'exposé des faits généraux vient de nous montrer le roi reconnu par les cardinaux de VendAme et de Leaoncourt, par les évèques et les vicùres généraux du haut et du bas Maine, d'unâ partie de la Bretagne, de la portion la plus considérable du Languedoc. Il faut ajouter que M. de Gondy, évêque de Paris, était si ouvertement prononcé pour lui, que la Ligue le força bientôt à se sauver de Paris. Il en était de même dans toutes les provinces. Sur les cent dix-huit archevêques et évèques que l'on comptait alors dans le royaume, cent se prononcèrent pour Henri dans les trois mois (^ui suivirent son avènement. L'auteur d'un écrit publié à la fin de 1589 dit en propres termes ; « S'il faut éplucher les » choses par le menu, de cent ou six vingts archevêques
* LeilreB miaairea de Henri IV, des U août et 1" eeplembre, t. nt, p. 18, 19, SS, 36. — Mémoires et correspoudauces de UupleMW, t. iv, p. BW, 408, «09. — P. Cayet, 1. 1, p. 1B7.
158 LIT. I. en. IV. HENRI BECONNU PAR PRESQUE TODT LE HAUT CLBRCfi.
» OU évèques qui sont au royaume de France, il' n'y en n'a pas la dixième partie qui approuve les conseils de n t'Uniou. » Ce témoignage eat confirmé par celui du pamphlet ligueur intitulé Le Manant et le lUeiheustre, imjo-inié en 1593, mab présentant l'état du royaume tel qu'il était depuis plusieurs années. L'interlocuteur du Ligueur lui dit : a La plupart de vos évéques et chefs » ecclésiastiques vous ont dé}ai53és.... tellement que des » quatorze archevêques de la France vous n'en avez que n trois, et des cent quatre evêques vous a'eu avez que » quinze, encore des moindres '. »
11 ne pouvait en élre autrement. La déclaration de Saint-CIoud donnait au catholicisme toutes les garanties de maintien et de conservation qu'il pouvait désirer : le roi, fidèle aux engagements qu'il avait pris par cette déclaration, respectait partout la religion catholique, ses ministres, sa hiérarchie. La Ligue tenait une conduite absolument contraire. Partout la démagogie de l'Union avait foulé aux pieds la discipline de l'Eglise. Elle s'était rendue indépendante de tout pouvoir ecclésiastique légitime. Pour favoriser l'ambition et l'avidité du clei^é ligueur, elle avait dépouillé les bénéficiaires, confisqué les biens de l'Église, dans la plupart des localités : dans plusieurs, elle avait chassé les évéques de leurs sièges. Ce grief était loin d'être le seul que les évéques eussent contre elle. Appartenaut la plupart à la noblesse, leur patriotisme se révoltait à l'idée de devenir espagnols en devenant ligueurs. Leur boa sens comprenait et disait bien haut que matériellement ta religion ne pouvait sub-
* Réponse ft un avis qui cons«ille h xm Français de se rendre BOds la prolecUon du roi d'Espagne, imprimée eo ise9 : on la trouve dans 1rs Mémoires de la Uku^, t. iv, p. 179. — Dialogue du manant et du tnaheustre, parmi let pièces & la suite da la ootire Ueuippée, t. m, p. 419, 429, édition de 17>6.
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CONDUITE DE LA UGltE ENVERS L'Û>tSCOPAT ET l'oRDRE BCGLta. 159
sister dans l'État;- et que l'État courait le risque d'une complète subversion , au milieu des fureurs de la guerre civile et de la guerre étrangère indéfiniment prolongées. Enfin leur sentiment religieux s'indignait à la vue des excès commis par la soldatesque de la Ligue. Les soldats ligueurs ne se guidant que par leur avidité et par leurs vices, se portaient partout aux dernières violences contre les ecclésiastiques, propageaient la destruction de toute religion, le renversement des lois divines, en même temps que des lois humaines. Le ligueur Villeroy , dans son advis adressé à Mayenne à la fin de 1589, présente le tableau suivant de leurs excès : « Vos gens de guerre ont vécu » si licencieusement et débordement qu'ils vous ont fût n h^r, s'il m'est permis d'ainsi le dire, de Dieu et des f hommes. Qui croira que vous combattez pour la foi ca- - n tholique, voyant à votre suite Dieu mal servi comme il » est, son sEÙnt nom blasphémé, les églises pillées, même » celles que nos adversaires avoient conservées, les bén néfices conférés à personnes indignes, les biens ecclé- » siastiques ravis, el toutes sortes d'impiétés, sacrilèges, B voleries, ravissements, et autres méchanchetés com- B mises sans justice, police, ordre ni i-ègle aucune?.... D Les anciennes marques catholiques sont bannies entiè- » ment de nos villes. Les gens d'église n'y sont pas plus B à leur aise que les bourgeois et les marchands, car » leurs biens des champs étant pillés et ravagés, autant » ou plus que les autres, ils n'ont de quoi subvenir aux . » charges de leurs égUses, ni à leur nourriture '. » L'autorité d'un roi huguenot, mais tolérant et chrétien, qui partout s'interposait pour la répression de ces désordres, était justement considérée par les évoques comme restauratrice et réparatrice de la religion . Une portion du clergé
' AdvU de H. in Villeroy à M. de Ma^eDoe, publié à Para sur la Bn de l'an 1S89, collectioD Mîchaud, t. xi, p. 114 A et B.
1 60 LIV. 1. CH. IV. PARTAGE DANS LB CLERGÉ BNTRB LB ROI BT LA UfltJB.
séculier inférieur ne tarda pas à entj-er dans les idées, à suivreleaexemplHsdesévèques, et se rattacha à la royauté de Henri IV, longtemps avant sa conversion. On a remarqué la conduite de cette classe d'ecclésiastiques à Tours, au Mans, à Laval ; il en fut de même dans beaucoup d'autres villes. Mats l'autre partie du clei^ séculier inférieur, et les ordres si nombreux des moines, excepté quatre, restèrent hostiles au roi.
La Ligue française qui partageait les croyances reli— penses des évèques, qui en politique, avait de commun avec eux la généreuse aversion pour la domination de l'étranger, aurait dû se laisser conduire par eux. Cependant elle ferma les yeux trois ans durant aux frappantes considérations, aux grosses vérités qui avùent déterminé l'épiscopat. Tant il est vrai qu'en France, à tout«s les époques, le bon sens a été la qualité la plus rare, et que ■ la passion est parvenue à obscurcir jusqu'à l'évidence.
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LES SEIZE PORTES A QUINZE imXE.