ADHÉSIONS DANS LES PROVINCES PARCOURUES. JSI
Cette conduite gagna les cœurs, dissipa les préventions, et partout sur son passage ou à son approche les divers ordres lui engagèrent leur foi et leurs services. Les historiées du temps mentionnent à Tours, outre les corps constitués, le présidial, le clergé < séculier, les magistrats municipaux de la cité; au siège du Mans, cinq cents gentjbhommes du Maine et des pays voisins, faisant acte d'adhésion à sa royauté par leur présence dans son camp ; après la capitulation de la place, l'évèque et les ecclésiastiques de la localité venant lui rendre grâce avec la masse des habitants; presque tous les nobles de la ville et des environs qui s'étaient laissé séduire par la Ligue, abjurant entre ses mains leur erreur d'un moment; à Laval, le clei^é séculier, les chanoines allant au-devant de lui avec les mêmes ornements qu'ils portaient dans les processions, et pendant le ^jour qu'il fît dans celte ville, les populations du voisinage lui apportant à l'envi les assurances de leur soumission; enfin le prince de Dombes lui amenant plus de la moitié de la noblesse de Bretagne. Les sentiments de dévouement et d'admiration pour lui, d'aversion pour les princes lorrains, dont cette portion de la noblesse bretonne était animée, avaient été exprimés peu auparavant par l'un de ses plus illustres représentants, avec l'énergie et le tour incisif particuliers à cette race. René de Riens qui appartenait à l'une des trois plus grandes familles de la Bretagne, et qui avait accompagné le roi dans la guerre d'Arquesen qualité de premier maréchal de camp de son armée, avait été rencontré chez un président du parlement de Bretagne, par Aymar Hennequtn, évéque de Rennes. Hennequin, en opposition avec tons les citoyens notables de celte ville et avec l'immense majorité du haut clergé, se montrait zélé ligueur, et travaiUait pour l'Union et pour Mercœur. Il fit un long discours à de
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15S UT. t. CH. I Y. ADHÉSIONS DANS L& BRETAGNE, LE BERRV,
Rieiix sur la piûssance du pape, sur les excommunications lancées contre te roi de Navarre, sur l'abominaUcm qu'il y aurait à reconnaître un hérétique, et pour concla> sion de cette rhétorique, il finit par lui adresser des propositions de la part du duc de Mercœur. « Ce prince, loi » répondit Froidement de Rieux, que vous appelez sim- » plement le roi de Navarre, est roi de France et légitime » souverain de tous les vrais Français. Personne n'a pu B et ne peut le priver des droits à la couronne qu'il tient » de sa niûssance. D'ailleurs, si j'étais capable de man- » quer à la fidélité que je lui dois et que je lui ai jurée, ce n ne seroit pas, sans doute, pour aider on cadet de la t) maison de Lorraine, M. de Mercœur, à devenir duc de » Bretagne. J'y penserois pour moi, et mon ambition pa- » raitroit je crois moins étonnante que la sienne. » Cet éloignement pour les étrangers, pour les princes de la maison de Guise, ce dévouement réfiéchi à la royauté de Henri fV, étaient partagés par une classe nombreuse de la bourgeoisie et de la magistrature bretonne. Déjà antérieurement, et avant la venue de Henri, le Parlement de Rennes t'avait reconnu le 11 septembre, et lui avut prêté serment de fidélité le 22 octobre. De la coïncidence de ces arrêts et de la démarche des gentilshommes accourus à Laval, il résultait qu'une portion considérable des campagnes et des villes de Bretagne, et Rennes la capitale à leur tète, se trouvaient engagées dans le parti royal '.
1 Caotinuatioii de ce qui est advenu dans l'armée du roi, dans les Uémoires de la Ligue, t. IT, p. 80, 8t, «3, 8(. — Saiot-Foix, Hist. de l'ordre du Saiot-Esprit, t. ii, p. StS, Paris, in-ll, 1775. — Dom TaillaDdier, Hbt de Bretagne, t^ u, p. 378. — L'accueil fait au roi par le clergé séculier de Tour^, du Mans, de Laval, sur lequel noua reriendrOQB tout àriiËure, est décrit delà maaière^uivante daosla lettre do roi au cardinal de VendAme du 10 décembre 1S89, t. m, p. ItO, 101, d'accord avec tous les historiens coulemporÙDS : o Je suis présenta » meut arrivé en c«3te ville (Laval), ayant esté arresté p>4« d'uo«
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LB BOURBONNAIS, LA HARCBE, LB LIHOBIN, LB DAUPHINË. 153
Hors du rayoD de l'influence directe exercée par la présence dit roi, sur la nouvelle des glorieux avantages remportés & Arques, sur la renommée des actes répétés de sa clémence et de son respect pour le catholicisme, on voit à la même époque beaucoup de gouverneurs de provinces, plusieurs. parlements, joindre leurs adhésions à celles dont on vient de présenter le tableau. Montigny dans le Berry, Chazeron dans le Bourbounais, Lacoste- Hézières dans la Marche, Lévy de Ventadour dans le Limosin, arborèrent l'étendard royal, et combattirent vigoureusement la Ligue. Lévy comprima les Ligueurs qui cherchaient à se saisir de Limoges, et soumit cette ville et toute la province à l'autorité du roi, le 15 octobre '. En Dauphiné, Ornano, gouverneur pour le roi sous Henri m, et le chef des protestants Lesdiguières, conclurent une alliance le 13 septembre : pendant les derniers mois de 1589, ils firent reconnaître l'autorité du roi dans Vienne, Valence, Embrun, Gap, Romans, et établirent un parlement royaliste à Romans ^. Il ne resta à ta Ligue de villes importantes que Briançon et Grenoble.
£n demeurant engagé quelque temps encore dans la
» heure k la porte, pour ODir tous c«ulx du clergé qoi m'y sont venns • recevoir avec tous leurs omemeiu, comme ont faict tous les aultrea n de ceate dicte ville, ayant eu le plaîsird'olr chanter Vive le roy, en a musique, par les ecclésiastiques, avec plus grand applaudissement B du peuple que j'o; jamais, d
■ La ThauinasùËre, Hîat. du Berry, I. m, c. lot, 105, 1. 1, p. S05- 108. — P. Cayet, 1. l,'p. 193, 194. Il dit qu'ft la fin d'octobre ou au commencement de novembre, on hit une sorte d'armée pour reprendre Uontrichard sur les Ligueurs « k la poiu^uite de Montigny B avec messieurs du conseil. ■ — Thuanus, 1. icvji, § H, t. iv, p. 810.
* Vie de Lesdiguières, I. ui, p. 93-97. — Tliuanus, 1. xcvii, § 2i, t. IV, p. tn, 81t. — P. Ca^t, 1. I, p. 1B(, 189. — D'Aubigné, I. lu, c. S, t. m, p. SOS. De Thon et Cayet n'indiquent pas et ne semblent pas connaître l'époque où Grenoble s'était engagée dans la Ligue : c'était (oua Henri III, le S mai 1389. [Vie de LesdigniËres, p. 91.)
15i UY. I. CH. IV. CONDUITS DU PARLEMENT DE GKENOBLB.
Ligue, le Parlement de Grenoble sut au moins conserver les sentiments français, et défendre rindépen<3ance du territoire. Les troubles du royaume avaient déjà livré le marquisat de Saluées eu duc de Savoie, sous le règne de Henri m. Le duc espérait que la continuation de ces troubles, sous le règne de Henri IV, lui fournirait les moyens de se saisir du Dauphiné et de la Provence, et de reconstituer à son profit, par le démembrement de la France, l'ancien royaume d'Arles, dans le cas où le corps de la monarchie lui échapperait et passerait sous la loi, soit de son beau-père Philippe H, soit des princes de la maison de Guise. Ses agents se présentèrent donc an Parlement de Grenoble, et pressèrent cette compagnie de reconn^tre la souveraineté de leur maître. Hs alléguaient pour la décider les plus spécieuses raisons. Tous les princes de la m^son de Bourbon ayant été déclarés inhabiles à régner, comme hérétiques ou fauteurs d'hérésie, évidemment le tràne était vacant. Le Parlement ne devait-il pas y faire monter le duc de Savoie, petit-lils de François I" par sa mère, descendant des anciens rois de France? Le duc mettrait fin aux troubles, aux guerres civiles, et donnerait au Dauphiné la paix et la prospérité dont il était privé depuis si longtemps. Avec ses propres forces et avec celles du roi caÛioliquc son beau-père, il assurerait la religion dans la province. Il ne voulait donc devenir leur souverain que pour assurer leur bonheur en ce monde et leur saint dans l'autre. Mais, tandis que les arguments religieux hypocrites et les motifs politiques captieux livraient assaut à la conscience et à la raison des magistrats, le sentiment de la nationalité les fortifiait et les retenait. Ils répondirent « que la requête du duc » étoit importante à tout le royaume de France; que la 0 décision, en pareille matière, appartenoit à une assemn blée des trois Ëstats, dont le Parlement Guivroit les
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