‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 42 sur 158 · ASSASSINATS , VOL£ , TENTATIVE EN FAVEUR DE PHILIPPE · texte numérisé non relu

ASSASSINATS , VOL£ , TENTATIVE EN FAVEUR DE PHILIPPE

lèrent chaque jour quelque citoyeu, en l'accusant d'être huguenot et politique. Le 2 novembre, au moment même où Mayenne rentrait dans Paris, voici ce qui s'y passait : o La dernière Fête de la Toussaint, un Seize, nommé » Emonnot, tua un bon cathoU([ue nommé Minteme, du- » quel il fit accroire qu'il étoit politique, pour lui voler » quatre cents écus qu'il avoit sur lui. » Le témoin oculaire, qui fournit ces détails, signale trois autres meurtres commis en deux jours par les Seize, et ajoute que ces assassinats étaient non-seulement impunis à Paris, mais approuvés et loués comme témoignage d'un bon zèle à la religion catholique. On voit ensuite dans son récit que ces excès continuèrent pendant tout le mois de novembre '.

En même temps que les Seize étabUssaient cette sanglante tyrannie, ils préparaient tout pour imposer à la France la domination de l'Espagne, Si l'on voulait y réussir, il fallait avant tout renverser, désarçonner, comme disent les contemporains, Mayenne et les princes lorraias. Les Seize y travaillèrent activement, de concert avec plusieurs jésuites iulluents et d'autre» partisans de l'Espagne. Tous ensemble ils parvinrent à reconquérir, dans le conseil de l'Union, la majorité que Mayenne s'était un moment assurée par l'introduction de quinze de ses partisans dans ce corps. Quand il rentra dans Paris le 2 novembre, il trouva hostile à ses desseins et à son pouvoir le conseil de l'Union, redoutable dépositaire d'une part du pouvoir législatif. Il chercha à prévenir ses attaques par un acte d'une adroite politique, auquel il intéressa facilement le Parlement et la bonne bourgeoisie, qui composaient la Ligue française. Nous avons re-

I LestoUe, Begist.'Joum., p. 6 B, 7 A, B, S 5 et 6, 10 B. — P. Cnyel, 1. I, p. ISO A. — Arnâuld, daiw VAnli-Espagnol, rappelle, ces r<iiU. Voir lea Héinoires de la IJgue, t. iv, p. SIS.

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164 LIV. 1. en. V. MAVBNNE FAIT HECONNAime SOLENNELLEMENT

marqué que la Ligue française était passioDnée pour la royauté du cardinal de Bourbon. De plus, elle désirait ardemmeot se soustraire au joug des Seize, rétablir l'ordre public, assurer la vie et les biens des citoyens; et, comme au temps qui nous occupe, elle n'était pas organisée pour la défense, elle se trouvait dans l'absolue nécessité de s'appuyer sur le lieutenant-général. Mayenne combina les désirs et les besoins de ce parti avec ses propres intérêts. Le 21 novembre 1389, il fit proclamer roi le cardinal de Bourbon d'une manière solennelle, par le Parlement. L'arrêt enjoignait à t«ns les Français de reconnaître Charles X pour héritier de la couronne et pour Foi, de lui rendre Qdélîté et obéissance, d'employer leur vie et leurs biens pour le délivrer de sa prison. Dès lors les édits, les ordonnances, tous les actes publics furent rendus en son nom, les monnaies frappées à son effigie. Le même arrêt du Parlement maintenait à Mayenne l'intégrité de son pouvoir, en ordonnant qu'il conserverait la lieutenance-générale jusqu'à ta délivrance du roi '. La royauté de Charles X que Mayenne avait jusque-là amoindrie et éteinte, dans l'intérêt de sa royauté à luimême qu'il croyait prochaine, la souveraineté de Charles X recevait ainsi la réalité et la vie dont elle était susceptible : satisfaction était donnée au vœu de la Ligue française, des légitimistes : toutes les factions de la Ligue étaient ramenées autant que possible, à l'obébsanee du lieutenant^néral. L» nue propriété de la royauté étant déférée au cardinal de Bourbon, l'usufruit à Mayenne, il ne restait rien, au compte de ce dernier, que Philippe II put prendre.

> Thuanna, 1. KCVII, g IG, t. iv, p. 81t. — Arrêt du parlcDinnl de Paris du 21 uovpmbrfî, qui proclame le canlùiql de Hourbun roi, »uu$ le hoin da Charles X, oianuBurit de la bil)iiot1ièqu« nation. Catigè, vol. ISSB/IO, piËce 18.

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LE CARDINAL DE BOUBBON. PROTECTORAT DE PHILIPPE II. Ifô

Les Seize, les jésuites, les ministres de Philippe II k Paris, n'en tirèrent qu'une conséquence, c'est qu'il fallait, en laissant au cardinal un vain Dom, arracher le pouvoir à Mayeone *. Au commencement du mois de décembre 1589, ils proposèrent dans le conseil de l'Union dedéclarer Philippe Il/wo/ccïei/rrfw royaume de France, alléguant qu'il était seul capable désormais de soutenir la guerre, et d'empêcher l'Etat de tomber au pouvoir de Henri IV et des hérétiques. « A ce protectorat, dit l'un B de cens appelés à voter sur la proposition, à ce protec- » torat étoienl attachées des autorités et des puissances . >' royales et souveraines, comme de pourvoir aux princi- » pales charges et dignités du royaume, ecclésiastiques » et séculières, tout ainsi que fait le roi au royaume de » Naples et de Sicile, par-dessus les vice-rois qu'il y » envoyé. » Tous ceux, dans le conseil de l'Union, qui appartenaient à la Ligue française ou au parti de Mayenne, qui conservaient quelque amour de la patrie et quelque pudeur, combattirent une première fois la proposition. Ils représentèrent qu'avec le titre de protecteur, le roi d'Fspagne commanderait absolument dans le pays, au moyen des ofiiciers et fonctionnaires de tout ordre qu'il nommerait, et des armées qu'il enverrait; qu'il s'emparerait des principales places ; qu'ainsi au milieu de la division des partis, il affaiblirait et ruinerait la monarchie française. Dans une nouvelle réunion, à laquelle assistaient les agents du roi d'Espagne Mendoze et Moreo, la proposition ayant été remise en délibération, Villeroy somma Mayenne de ne céder à personne sa qualité de chef de parti, et lui annonçaque s'il se mettaitsous la protection d'un prince étranger, il serait aussitôt abandonné

< p. Ca;et, ChroD. Doveii., 1. i, p. ISI B, 192. n Li^b minislres d'Es- R pagne, la facliou dea Seize, avec quelques JÉsuites, désiroiPDt ceiite ■ protection dn roi d'Espagne, n

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166 LIV. I. CH. V. MAYENNE CASSE LE CONSED. DB L'tlNION.

de ses amis, et principalement de la noblesse qui o'obéirait jamais à l'EspagDol. Aux Ligueurs français se joi< gnireat le Parlement et les principaux membres de la noblesse de la Ligue. Us déctarèreDt unanimement à Mayenne qu'il ne devait pas soufirir qu'il y eût d'autre chef que lui au p(irti de 1 Union ; qu'il falltùt qu'il eût seul toute l'autorité, et ils lui promirent de courir sa foi^ tune. Le duc opposa leur avis et leur autorité à la proposition qui le menaçait. Les Seize et les autres partisans de l'Espagne, dans le conseil de l'Union, épuisèrent successivement tous les moyens pour le faire changer de résolution. Us essayèrent d'ahord de la persuasion. Ode Pigenat, provincial des jésuites, lui fit un long discours pour l'engager à abandonner l'avis de Villeroy et à se ranger au leur. Le trouvant inflexible, ils résolurent de lui faire violence. Us annoncèrent que le conseil de l'Union, qui avait donné la lieutenance-générale à Mayenne, conférerait le protectorat à Philippe II, et ils se mirent en mesure d'exécuter ce projet et cette menace.

Pour échapper lui-même à la déposition, pour soustraire l'Etat à ce danger, Mayenne recourut aux plus énergiques mesures : il ruina en même temps le dangereux pouvoir des Seize et les projets des Espagnols. Il proclama le Pape seul proti-cteur du royaume et de la religion en France. Il déclara que le conseil de l'Union, représentant une forme de république, était incompatible avec la royauté du cardinal de Bourbon et avec la heutenance-générale. En conséquence il cassa le conseil de l'Union, et il y substitua un conseil d'Etat qui devait le suivre partout, même à l'armée, et décider avec lui toutes les affaires administratives et les affaires politiques urgentes. Ce partafje des pouvoirs et ce gouvernement n'étaient en apparence que provisoires. Les Etats-généraux convoqués à Melun pour la Chandeleur, c'est-à-dire

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COHPROmS ENTRE HAYENNE E

pour le 3 février 1590, devaient, en exerçant la souveraineté de la France, décider comment elle serait régie ; mais les dispositions de Mayenne et la force des événements pouvûent faire préjuger déjà que le provisoire établi pour quelqaes mois durerait probablement quelques années. La faveur du Parlement et de la bourgeoisie, la présence des troupesréunies par le duc dans Paris, lui permirent de détruire le conseil de l'Union sans qu'il rencontrât aucune opposition sérieuse '.

La statistique et l'histoire des partis duraut cette période demandent que l'on se rende compte des résultats qu'entraînait le grand changement opéré par la suppression du conseil de l'Union. Les Seize et les Ligueurs vendus à PhiUppe, qui avùent ressaisi la majorité dans ce conseil, perdaient leur pouvoir politique. Mus les Seize ayant une oi^anisation et des réunions qui n'étaient [>as détruites, subsistaient à l'état de parti, et continuaient à influer sm* la situation. Les villes de la Ligue étaient [wivées également de leurs attributs politiques. Tout le pouvoir législatif était concentré jusqu'à nouvel ordre entre les mains de Mayenne et du Parlement : tout le pouvoir exécutif demeurait à Mayenne : les grands intérêts de l'Etat étaient réglés par lui et son conseil d'Etat. Mayenne prétendait à la succession du vieux cardinal de Bourbon et au trône. La Ligue française continuait à vouloir y porter un Bourbon et k maintenir la grande et salutaire institution nommée loi salique. En différend sur ce point, en parfait accord sur la nécessité de main-

' Poar ces deux paragraph^B : Villeroj, Apol. et Disc., t. xi de la coll., p. 146, 147. — P. Cayet, 1. i, l. i, p, 187, 189-191. — Suite du Dialogun du maht^ustre pt du maDant, citée par extraits dans Lestoile, p. B6ï n, S60. — L'Anti-Es|iegaol, dans les Mém. de la Ligue, t. iv, p. 31i, SIS. — Lettre Ue Mayenne pour l'élecliOD des députés aux Etald-génëraux, d'abord pour le S février, ensuite pour le 30 mars 1590, daus les Ane. lois françaises, t. xv, p. 18.

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