‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 51 sur 158 · BS DERNIÈRES RECOMMANDATIONS POUR LB GAIN DE LA BATAILLE · texte numérisé non relu

BS DERNIÈRES RECOMMANDATIONS POUR LB GAIN DE LA BATAILLE

H donna alors aux cbe^ de corps son ordre suprême, leur exprima sa pensée militaire la plus iutime pour cette journée. Couvaincu d'après les obser-' vatioDS du prince de Condé son oncle «t de l'amiral de Coligny, que la perte des batailles de Dreux et de Saint- Deuis devait être attribuée surtout à la circonstance qu'on avait attaqué l'infanterie plutôt que la cavalerie, il enjoignit à ses capitaines de diriger leur premier et principal effort contre les escadrons ennemis , en se persuadant bien qu'après avoir défait les gens de cheval, ils auraient bon marcbé de ceux qui combattaient à pied. Il échaufTa le courage des officiers et des soldats par ces courtes et significatives paroles ; « Mes amis, vous êtes tous Fran- » çais, je suis votre roi, et voilà l'ennemi! » Retourné à son escadron, il dit aux seigneurs et aux gentilshommes qui l'entouraient : « Mes compagnons, si vous courez ma » fortune, je cours aussi la vôtre. Je veux vaincre ou w mourir avec vous. Gardez bien vos rangs, je vous prie, » et si la chaleur du combat vous les fait quitter, pensez n aussitôt au ralliement; c'est le gain de la bataille. » Vous le ferez entre ces trois arbres, que vous voyez là- » haut k main droite, a Et il leiu* montra trois poiriers qu'on découvrait dans cette direction. Ces mots étaient un cri de charge, qui, adressés à l'impatience et à l'impétuosité française, ne souffrait aucun délai. Aussi, informé dans ce moment que les renforts de Picardie, conduits par d'Humières et de Mouy , n'étaient plus qu'à une demi— lieue du champ de bataille, il refusa de retar-, der le commencement de l'action jusqu'à leur arrivée. Il prescrivit de les joindre au corps de réserve, dont il trouvait prudent du reste d'accroître la cavalerie, et il ordonna à son artillerie d'ouvrir le feu '.

< Pour l'ordpe dODQÉ par le roi d'attaquer la cavalarie ennemie

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206 Liv. II. CH. I. l'artiu. des rov. leur DONNB CN prem. atant&gb.

L'artillerie, dirigée avec habileté par le grand-maitre La Guiche, fît neuf déchai^savantquereDueini eut mis le feu à une seule de ses pièces : eue pointa avec assez de précision pour que tous ses coups portassent, tandis (pje les canons du duc tirèrent constamment trop bas : elle profita enfin de la position contre les Ligueurs, qui, postés sur la pente d'un coteau, donnaient prise sur eux d'une manière désastreuse. Aussi fit-elle de larges tiouées dans les rangs de l'armée de la Ligue, tandis que les canons de Mayenne ne tuèrent qu'un seul gentilbomioe dans la troupe du duc de Montpensier*. La supériorité de l'artillerie du roi, qui se montre au commencemeDl de

plutôt que l'inlanterie, et pour les raiB(»is qui le détennineDt, voir Matthieu, 1. 1, p. S3. Le même historien, à la même page, rapporte les mois énergiques adressés par Benri aux soldats et onx. capitaines. — Pour la harangue de Henri aux seigneurs et aux guerriers de sod escadron, nous adoptons la Tersion Tournie par Mèzeray, Bisloire de Fraace, t. m, p. 768, T6S, 1* parce que l'historien témoigne que pour diver;' détails de la journée d'Ivry, iJ était soigneusement intormÉ au^ prés de ceux qui ; avaient assisté; i° parce qu'on voit par trois passages de Mézeray lui-mËme, p. 171, et de P. Matthieu, p. 31 et 33, que, dans la bataille, Henri [V et tous les cbefa de l'armée pratiquèrent le ralltemeat coutinuei, si fort recommandé dans la harangue, et conduisirent leurs troupes à droite, précisément dans la direction indiquée par Henri. Ainsi d'après Matthieu, I. i, p. M, le maréchal d'Aumoot dit à sa troupe ; « Voici des gens qui viennent en bon ordre, nais ils » sont k nous. Allons, donnons, nostre ralliement est à la drokte. ■ 3* parce que le roi se dirigea lui-même à droite, et s'arrêta aux poiriers. — Pour l'ordre donné par Henri de joindre & la réserve les renforts amenés par d'Humières et de Mouy, Du Plessis-Momay, t. iv, p. t7T fournit un détail qui montre combien le roi, an milieu du plus grand entraioement, se possédait et calculait tout : « Sa Majesté ne n fust d'advis que ceste trouppe combatlist, aine qu'elle âst ferme; » et de faict, elle aida fort i reUier le reste, et à orrester le cours

■ Discours véritable, p. S44. « Le aieur de La Gnicbe avoitfïit tirer ■ neuf canonnades avant que les autres eussent commencé. » — D'Aubigné, 1, m, c. S, p. 230. « Cela se fit de oeuf cauounades, qui pour n estre de près, et pour ce gwe l'armée liguée parnU beau jeu tur la • descente d'un cofleau, il y eut du dommage h bon esuieot. »

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D'AmiONr HBT BN FUITB U CAVUXIUE LÉfiftRB DB LA LIGUE. 207

l'action, reparaît à la fin, et décide les derniers événements de la jolmiée.

Les charges des divers corps suivirent de près les premières canonnades. La cavalerie légère de la Ligue, conduite par de Rosne, attaqua le corps du maréchal d'Aumont. Cette cavalerie, double en nombre de celle des royBUX qu'elle assaillait, était soutenue en outre à ses flancs par les lansquenets, que Mayenne estimait les meilleurs fantassins de son armée. Tout semblait ménagé pour lui assurer l'avantage du premier engagement. Elle ne tint pas cependant contre la résolution et l'irrésistible vigueur de d'Aumont. Le maréchal prévint le choc des chevau-légers ligueurs, en fusant les deux tiers du chemin, les attaquapar le flanc, les enfonça, et les poursuivit l'épée dans les reins l'espace de cinq cents pas, jusqu'à l'entrée du petit bois. Ni la mêlée de la charge, ni le feu terrible des lansquenets, essuyé à la longueur de deux piques, n'avaient changé en rien l'ordre de sa troupe, devenue inébranlable sous sa conduite. Il résista à la tentation de poursuivre les vaincus, à la séduction de combattre seul et h part, à l'égolsme du succès personnel, pour travailler à une action d'ensemble et à une victoire générale. Conformément à ce qui avjait été concerté et convenu avant qu'on en vint aux mains, il s'arrêta à la lisière du petit bois, et ramena sa troupe eu corne à cell» du roi '. Dans cette position, il se trouvait à portée des autres divisions de l'armée royale, de manière à prendre part aux combats qu'elles livreraient : il était aussi assez rapproché du corps de bataille, commandé par le roi.

> D'AubigDÉ, I. Ul, c. B, p. 131. a Le mareschal d'AumODt ramena a SB troupe eu corne à celle du rai, comme ii avait tsté amcerU d'aa vanet. « — Discours vérit., p. 144 : « Le loaréchat d'Aumont les mena B battant jusqu'au petit bois qui étoiL derrière, où il fit terme pour D Tenir retroQ-rer le roi, comme il tn avait eu amartasdement. t

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308 UT. II. cm. 1. l'avantage passe aux ugubdre.

pour se joindre à lui dès qu'il avancerait, et pour le seconder dans son attaque contre le centre des Ligueurs. L'on ne saurait trop remarquer et trop louer la prévision du général, l'obéissance dévouée du lieutenant.

Ces heureux commencements pour l'armée royale furent suivis de revers partiels et d'un moment de sérieux danger. Ce n'est pas ce que disent les historiens modernes, qui font de cette journée un romau, et qui la réduisent à quelques chairs, toutes heureuses, exécutées par Henri et par ses lieutenants ; mais c'est ce que témoignent tous ceux qui combattirent. L'artillerie royale continuait son feu et ses ravages dans les rangs des ennemb. Deux corps souffiwent surtout de ses déchaînes : les reîtres placés sur le front de l'armée ligueuse ; l'escadron du comte d'Egmont, posté près des reîtres, et à l'extrémité droite du corps commandé par Mayenne. Les chefe des reîtres et d'Egmont résolurent de soustraire leurs troupes au feu qui les décimait, en allant attaquer l'ennemi et enlever l'artillerie royale. Les reîtres partirent les premiers, et donnèrent contre la cavalerie légère du comte d'Auvei^e et de Givry, qui s'avança pour défendre les canons menacés. La multitude des assaillants jeta l'effroi parmi les chevau-légers, les ébranla, les désunit. Les reîtres, après les avoir entamés, regagnèrent leur place de bataille pour reformeç leurs rangs, selon leur habitude militaire '. Le comte d'Egmont les rem-

1 Jonmal de La Curée, l'un des combattanU à Ivry, danB le mann»» crit fol. t9, 50, dans l'imprimé, p. 113. « Lee premièrt^s troupes des n ennemis que les encadrons de M. le comte d'Auvergne et M. de « GiTTy chargèrent furent les reistres. i> — Discours vérit., p. î(5. « Le » hoat des reistres de leur maio droite, qui TOuloit venir à l'arliUerie, » j trouvaul les chevaux-légers qui s'y étoient avaiicéi, il leur SI une » charge... Les chevaux-légera de Sa Majesté furent un peu séparés n de ce grand effroi qu'avoit mie parmi eux cette troupe de reîtres. b — Davila, I. xi, t. m, p. B6 et Matthieu, I. j, p. SI, mentionnent l'effet de l'artillerie rojale; mais omettent celte première attaque des retires.

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ÉCHECS MOMBin'AK&S DE DIVERS CORPS DE L'aRKEE HOTALE. S09

plaça. Menant h. sa suite six cents cavaliers wallons et flamands et l'infanleriedes lansquenets, il attaquaave^ fureur les escadrons de d'Auvergne et de Givry. Les chevaulégers, déjà inférieurs en nombre, ne'purent soutenir le choc des lances et l'effort des gros chevaux flamands : ils furent enfoncés au centre, dispersés à droite et à gauche. Le maréchal d'Aumont, qui pour les secourir fit une charge et des prodiges de valeur, les sauva de la destruction, mais ne put empêcher leiir déroute. Leur fuite, funeste en soi, laissait de plus l'artillerie sans défense. Les wallons tuèrent une partie des soldate qui la servaient, contraignirent les autres à se sauver, et renversèrent les pièces. Après avoir éteint le feu de l'ennemi, ils s'élancèrent à la poursuite des chevau-légers, et menèrent battant trois cents d'entre eux plus de mille pas. Ils se reployèrent ensuite, et prenant leur marche en remontant, Us se dirigèrent de nouveau vers le canon. I^ baron de Biron les chai^ea à leur retour, attaqua leur escadron en queue et parvint à l'entamer; mais il fut blessé au bras et au visage, et ses soldats, laissés sans conduite pendant qu'on le pansait, consternés de son accident, mollirent et restèrent inactifs. Les wallons de d'Egœont et les lansquenets eurent alors un moment partie gagnée. Ils s'emparèrent de l'artillerie, qui demeura quelque temps entre leurs mains; se disposèrent à charger de nouveau les chevau-légers et à les écraser; répandirent l'étennement et l'ébranlement dans tente cette partie de l'année royale '■ Le duc de Montpensier

' Journal de La Curée, p. lis, IIS de l'imprimé. — Sully, (Ecod. roy., cb. !0, p. 75 B.— Davila, 1. il, t. ni. — D'Aubigné, [. m, I. m, c. 5. — Matthieu, I. i, p. B3, 33. v L'escadron des lajive« eatraDgërud » viol Toodre sur les chevaux-légera du Roy, les rompit el meua batn loiil trois ou quatre ceuts chevaux plus de mille pas, ce qui talonna a et eibranla fort l'armée du Roy... Ou avait veu les cbevaux-lègerâ du D Eoy rompeus, l'arlilUrie abaadoiinée. b

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8tO LtV. 11. CB. i. L'AVAKT'GAItDe ET L'AILB GAUCBE BN PÉRIL.

tcDta de rétablir les affaires en attaquant la division du duc de Nemours, qui lui était opposée, et dont il se promettait la défaite. La rare valeur qu'il déploya méritait qu'il réussit. Mais renversé de son cheval , tué sous lui , remonté non sans peine par ses gentilshommes, il vit ses troupes repoussées avec perte, et ses espérances cruellement déçues '. Ces échecs multipliés réagirent sur la situation du maréchal d'Aumont qui, jusque là, avait soutenu la cayalerie légère. Il se trouvait au milieu de «Mps ennemis, partout vainqueurs autour de lui, et courait risque d'être accablé et mis en déroute. Il ne fallut rien moins que l'intervention de la réserve, et que l'attaque dirigée par le roi contre le centre de l'armée ennemie, survenant coup sur coup, et opérant une puissante diversion, pour dégager et sauver le maréchal *.

Ainsi, à l'avaut-garde et à l'aile gauche de l'armée royale, tout était perdu ou compromis. En ce moment, le catholique La Curée, qui ce jour-là eut trois chevaux tués sous lui, avisa sur le champ de bataille son ami, le huguenot Fouquerolles, aide- maréchal-de-camp, aussi

1 Davila, L Xl, p. SI. — Méïeray, p. 709.

* Cea deroierâ Taits qui ne ^ trouvent dans aucuD hblorien, sont attestés par trois tËmoiDs oculaires. Duplessïs-Uornay, Mémoires, t. iv, p. 475, édit. lSi4. n Nos chevaulï-légers feurent renversés. M. dt * Monlpensier qui chargi^oit à la droite du roj, n'en eut pas meilleur ■ compte. » La droite du roi est une faute évidente d'inipressioD, il Tanl la gauche, comme on le voit dans le Discours véritable, p. SS9. — L- tire du comte de Saint-Paul à M. de Nevers, préface de* Mém. de Nevers, p. 7. h M. le Grand-Prieur (comte d'Auvergne) et M. de Givr; a qui menoient les chevaulx-légers feurent poussez par l'eDuemj ai^ei D loing, comme aussi fut VavaaI-garde qae Cùnduîsoit M. de lUonl- B pensier, a Dans ce paasagi;, le mot avant-garde signifie un corpt non pas placé au devant du gros de l'armée el de la ligue de bataille, mais sur la Ugne de bataille immédiatement avant le corps du centre, — Lettre du maréclial de Biron à du Haillan, p. 176. n Le Roj éloitea n danger, s'il ne se fut avancé, comme il Bt, que la troupe de H. (e s mareschal d'Aumont eut été renversée et mise en route («Jéroulej, a et ses chevoui légers. ■

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