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Falandre, trois maîtres de camp et divers autres chefs de «orps. Tels sont les résultats généraux de la victoire d'Ivry. l'une des plus complètes dout l'histoire militaire fasse mention. Le roi l'acheta cher : il perdit plusieurs de ses serviteurs les plus distingués, par le dévouement, le courage, les talents, les uns morts sûr le champ de bataille, les autres peu après, des suites de leurs blessures. On cite, parmi vingt-six gentilshommes qui succombèrent, de La Vergne, de Crenay, Qermont d'Entragues, capitaine des gardes du corps ; Pas de Feuquières, neveu de M"' Su Plessis-.Momay; de La Salle, frère de La Curée, et non moins intrépide que lui; le marquis de Nesle, gendre du chancelier Chevemy, (pii quoique capitaine de gendarmes, voulut combattre au premier rang des simples chevau-légers , et tomba percé de quinze blessures; Théodoric de Schomberg, commandant des reîtres royaux qui, ce jour là, combattît comme volontaire dans la cornette et aux côtés de Henri, pour lui donner de plus près des marques de sa bravoure et de sa fidélité; de Longaunay, gentilhomme normand, âgé de plus de soixante-dix ans. On compta au nombre des blessés, le baron de Biron, d'Ângennes, de Montlouet, Lhospital comte de Choisy. Dailton comte du Lude, François d'O, Rosny enfin, qui, couvert de sept blessures, reçut comme prisonnier à la tin de la bataille, Sigognes, chargé de porter la cornette blanche de Mayenne. Parmi les faits qui viennent d'être exposés quelques-uns demandent qu'on s'y arrête : joints à quelques autres, ils peignent avec exactitude le caractèi^ et les idées du temps. De Nesle et Schombei^ sacrifièrent le commandement et la vie pour défendre leur foi politique, et pour acquérir le lustre de la valeur personnelle, dont on faisait alors le suprême mérite de l'homme de guerre. Longaunay montra que, quand l'honneur et le devoir parlaient, la no-
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3S6 LIV> II. CH. |. GRANDEUR ET FéBOGITÉ DBS XŒDRS DU TCMPS.
blesse De coiuiùs&ait pl\i3 uî le temps régulier du service, ni les défaillances de l'&ge. C'est là le beau cAté de ces mœurs, pleines d'énergie, de ressort, de grandeur. D'autres traits accusent leur férocité, et montrent quelle lâche le roi àvEÙt à remplir, pour y faire entrer l'humanité et les adoucir. Fouquerolles et La Curée avaient suivi les reitres dans leur fuite vers le petit bois de la haie d'Epieds. Fouquerolles tua vingt de ces étrangers sans défense, et comme La Curée lui reprochait cette cruauté, il lai ré^nditfroideoaent: «Plusde morts, moinsd'ennemis. » La Chateigneraye s'éttut également rendu à Itosny ; mais ce seigneur, échappé aux dangers du combat, ne put se soustraire aux vengeances des partis. Trois hommes d'armes de lu compagnie de d'O, qui avaient été gardes de Henri UI, ayant reconnu La Chateigneraye, lui tirèrent à bout portant chacun un coup de pistolet en lui criant : a Ah mordieu, traître à ton roi, tu t'es réjoui de son » meurtre, et tu as porté l'écharpe verte de sa mort '. » Cette action, et celle de Fouquerolles, qui se passaient chacune dans un coin du champ de bataille, niontrent combien l'intervention de Henri, au centre des opérations militaires, sauva de meurtres en cette journée.
Le roi la finit d'une manière digne de lui. Au souper qu'il fit en public à Rosny, il admit ses généraux à sa table, rompant pour eux les lois de l'étiquette, et rapprochant du rang suprédie les grands services rendus à la patrie. Instruit de l'arrivée du maréchal d'Aumont, qui, après lui, av^t le plus contribué au gain de la bataille, il se leva pour aller le recevoir au bas de l'escalier, l'em* brossa tendrement et lui dit : a Puisque vous avez bon<wé
1 Discours véritable, p. H», 349. — Thuanus, 1. xcmi, § IO,p. 8(9.
— P. MaUhieii, 1. I, p. 35, — P. Cajet, 1. ii, p. ÎI8 A. — Ghevemj, Uém., t. X delauoUecUoD, p. 498 B. — Journal de La Curée, p. 115,
— Sully, CEcoD. roy. ch. M, p. 76 A.
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i:OMHnTE DU ROI AVEC SES SIRVITliURS, &VBC SES ENNEHtS. 2S7
» mes noces de votre {«^nce, il est juste qu'à mon tour » je vous fasse les honneurs de chez moi. » Durant le repas, il eut l'attention de nommer par leiu^ noms tous les capitaines présents, et les combla d'él(^es qui Uraient un jfoix inappréciable de la qualité de celui qur les donnait, et de la gloire dont il venait de se couvrir. 11 remercia jusqu'aux simples soldats, afin de leur témoigner, même dans sa détresse actuelle, sa reconnaissance pour l'avenir, jeur inspirer les plus hautes espérances, et les attacher invinciblement à sa personne et à sa fortune. Deux jours après, rencontrant Rosny qu'on rapportait blessé dans sa maison, il lui passa les bras autour du cou, le déclara en présence de Ions les princes et seigneurs, vrai et franc chevalier, et lui annonça dès lors que le roi n'aurait jamais bonne fortune et accroissement de grandeur que Rosny n'y participât. Eufin il paya sa dette et celle du pays au corps de la noblesse qui avait combattu autour de lui, eu rendant un éclatant témoignage de sa valeur et de son dévouement, dans la Lettre circulaire sur la bataille d'Ivry qu'il envoya à toutes les provinces. Les procédés dont usa le roi à l'égard des vaincus ne sont pas moins remarquables. Sachant combien la noblesse aimait la noblesse, même ennemie, il avait souvent crié à haute voix, dans la plaine, qu'on épargnât les gentilshommes français, et avait ainsi gagné les cœurs de tous les siens. Après la victoire, on lui présenta les prisonniers : il ne (es accueillit guère moins bien que ceux qui avaient combattu pour lui ; il visita Boisdauphin, et le consola dans sa disgrâce et sa blessure '. On remarquerait l'adresse
■ Thuanuï, 1. xcvui, § 10, t. iv, p. 849. — Davila, I. ZI, t m, p, 14, tS. — Sully, (EcoD. roy., c. 80, p. 81 B. — Lettre circulaire du roi sur la bataille d'Ivry, t. lil, p. 1B7. — P. Malthieu, I. 1, p. 3S. — Voici le [lasBoge de la circulaire sur la bataille d'Ivry, relatif à la noblesàe. « De ce qui peut, par la permission de Dieu, appartenir dans » celle œuvre de gloire, aux boauuea, elle est due aux priuces, olD-
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22S laV. II. CH. I. QOALITÉS ET TAUWTS DÈPLOT^ PAR LB ROI X IVRT.
extrême de cette conduite, ai la prudence ne s'effaçait et ne se perdait dans la bonté et la magnanimité.
Le roi déploya à la bataille d'Ivry les plus hautes qnalités militaires. Il fit un emploi savant des diverses armes, et particulièrement de l'artillerie, qui commença la victoire, et qui la décida en contraignant les Suisses à se rendre. H déploya la science de la tactique, et le talent de la stratégie, s'élevant à des combinaisons qui laissaioit en arrière la pratique de tous les généraux français contemporains, et qui ouvraient la voie aux plus grands capitaines venus ensuite , dans quelques-unes des parties supérieures de l'art de la guerre. Il étendit sa vigilance à cette multitude de détaib, dont im seul, soigné ou négligé, a fait si souvent le destin des batailles '. Il mit au servicedes calculs de l'intelligence, tout ce qu'un homme pouvait déployer de vigueur, d'activité, de mépris des fatigues : ceux qui l'ont vu à l'œuvre, s'étonnent encore plus qu'ils n'admirent. L'intrépidité dont il fit preuve, est merveilleuse : quelques-uns lui ont même reproché de l'avoir poussée à l'excès et de s'être trop exposé. C'est un reproche qu'il est donné à bien peu d'encourir, et à regarder de près, on trouvera qu'il ne l'a même pas mérité. D'abord le préjugé du t«mps lui commandait les grands coups d'épée, pour être admiré et même estimé des siens : l'opinion demandait à chaque chef d'être le plus brave de son corps, et au général de l'armée d'être le plus brave des chefs : tous les lieutenants de Henri se condui^rent en conséquence à Ivry, et exposèrent plusieurs fois leur tête. Ensuite les exploits chevaleresques du roi furent iu-
• durs de la couronne, seigneurs et capitaines, et ft toute la nobl«3M D qui s'y est trouvét.'. Elle y est accourue par telle ardeur, et s'j est H si heureusement employée, que leurs prédécesseurs ne leur ont n point laissé de plus beaux exemples de leur géoérositË qu'ils ne D laisseront en ce fait h leur postérité. » I Uémoirea de NapolÈon, t. vu, p. fll.
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