S7S LIV. 11. CH. III ARRÊT DU PARL. DE CBALONS CONTRE LEE BCLLBS
grande âéfectioD, et à garantir l'indépenâance nati(ma]e menacée. Dominés par la gravité des intérêts à défendre, par la nécessité d'opposer des moyens de résistance égaux à l'attaque, dans l'ardeur de la lutte ou plutât de la guerre, ils ne choisirent pas les armes, ils prirent toutes celles qui se trouvèrent sous leur main. Ils cessèrent de considérer le pape comme chef de la chrétienté ; ils ne virent plus en lui qu'un souverain étranger, qu'un ennemi, joignant à la puissance temporelle l'autorité morale et spirituelle, plus redoutable encore. Ils s'appliqiièrent à en neutraliser les effets, à tout prix, par la vigueur, par la violence même des mesures de répression adoptées contre le pontife et contre son nonce. Le Parlement de Cliàlons ', sans attendre les ordres du roi, ouvrit le feu de la défense par un premier arrêt rendu le 1 0 juin 1 59 1 . La convenance exige que l'on supprime les termes de ces arrêts : il sulfit d'en rapporter les dispositions. Le Parlement recevait le procureur-général appelant comme d'ahns des excommunications et fulminations lancées à Rome contre le roi : il lui donnait acte de son appel au futur concile de l'élection de Grégoire XIV. L'arrêt déclarait les bulles monitoriales du Pape nulles et abusives; défenses étaient faites aux ecclésiastiques et à toutes autres personnes d'y obéir, de les conserver même, à peine d'être traités comme criminels de lèse-majesté. Le légat, entré dans le royaume sans permission du roi, était décrété de prise de corps ; quiconque le recevrait ou le lèverait serait puni de mort.
Henri se conduisit en roi. Au lieu de se mesurer corps à corps avec le pape et avec le légat, au lieu d'engager
. ' Lp Parh'mpDt, Établi proyisoiremi^iit h Gliftlons, Ëlait composé d'un cerlMD iiumbre de magiâtraU da pftrlempiit de Tours, délégués à Cliâlons pour rendre la juatire aux habilautâ nij aux de la Champagne, qui, au milieu de la guerre civile, se trouTaieDl àaoi l'imiia»- RÎbililÉ de «e rendre à Toura.
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LB XOI SE IffiFEND CONTRB LES BULLES PAR LES BDtTS DE JUILLET. 273
avec eux une guerre d'édits et d'ordonnances, il s'appliqua h défendre l'indépendaDce et l'intégrité du territoire, les pouvoirs et le droit public du royaume. Dans son édit du i juillet, il établit jusqu'à l'évidence les vérités suivantes. Par suite du pacte conclu entre les Guises, les Lorrains, les Savoyards, les Espagnols, la France devenait pour eux une proie qu'ils déchiraient et se partageaient. La guerre faite à Henri était une guerre d'ambition, non de religion : la religion, mise en avant par ses ennemis, n'était qu'un prétexte pour couvrir leurs convoitises, un instrument pour satisfaire leur avidité ', puisque dès le premier jour de son règne il s'était engagé à mmntenir le catholicisme; que, depuis lors, son soin constant avait été de le protéger dans ses croyances et dans son exercice, comme le prouvait la notoriété, comme le proclamait la voix publique ; que les officiers de la couronne, les ministres, les conseillers d'Etat, les gouverneurs de provinces et de villes et leurs lieutenants, en un mot les dépositaires des pouvoirs publics aux divers degrés, étaient presque sans exception catholiques. Sans négliger d'éclairer et de convaincre les esprits, le roi sentit que des actes surtout étaient nécessaires. Dans ce même édit, il prit de nouveau le solennel engagement de maintenir le catholicisme, de lui donner toute sûreté et garantie. Il promit de se soumettre à la décision d'un concile libre ou d'une notable assemblée, en ce qui con-
1 « Us ont abusé du saint nom de religion pour couvrir leur inaaa tiable ambition. ... 11 n'y a si simple qui ne vaye que le Tait de In » reliiiiou dont ils s'arment le plus, c'est de quoy il s'agit le moius. B Les lifnies et associaUoDS qu'ils ont faicles pour l'inva-^ion de ce n royaume avec le roy d'Espagni», lea ducs de Savoie et de Lorraine; » l'> partage de toute l'usurpation taile et h Taire, qui est conclu u enire eux, témoignent assec que ee^^trouble n'est qu'une tactiou » d'Estat; qu'ils ne tiennent cette guerre qu'en trafic et en connu ■ pooT y profiter «eulement. a (Recueil des ancieu. lois ftanç., t p. M, M).
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S7i UV. 11. CB. lU. ABRfrrS DES PARLEHBKTS »B TOURS ET DE PIRIS.
cernait sa propre religion. H renvoya aux Parlements et au Clergé de France les bulles du pape pour eu faire justice, dans tout ce qui atteotait à l'indépendance nationale et aux libertés de l'Eglise gallicane. Par un second édit du même mois, il rétablit l'édit de Poitiers de 1577, et abolit tous ceux que les violences de la Ligue avaient arrachés plus tard à Heuri III. La conséquence de ces dernières mesures était à ta fois l'annulation des actes qui avaient porté atteinte aux droits de la royauté, et la réintégration des calvinistes dans la liberté de conscience et du culte la plus étendue qu'ils eussent jamais obtenue. C'était un grave avertissement donné à tous que dans la conjuration des diverses puissances catholiques contre le roi, il lui fallait bien, chercher un point d'appui du cAté de la Réforme ; cela donnait à penser pour l'avenir.
Le Parlement de Tours enregistra ces édits par arrêts en date des 5 et 6 août. 11 adopta toutes les conclusions et toutes les dispositions de l'arrêt du Parlement de Chàlons, et il en joignit une particulière contre la cour de Rome. n défendit de s'adresser à cette cour à l'effet d'en obtenir aucunes bulles ou provisions pour les dignités ecclésiastiques; intima aux juges de n'avoir aucun égard à celtes qui pourraient être obtenues; ordonna aux banquiers et autres personnesde ne porter aucun argent à Rome, le tout sous peine du ciime de lèse-majesté. C'était un coup sensible porté à la fois à l'autorité et aux finances du pape.
Le Parlement de Paris essaya, mais vainement, d'infirmer l'autorité des arrêts des Parlements de Chàlons et de Tours par celui qu'il rendit le 25 août. L'opinion publique distinguait entre les soixante-dix-buit membres du Parlement Brisson, dominés par les Seize, et les deux cents membres du Parlement de Tours : elle mettait une plus profonde différence encore entre la légitimité des deux causes.
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CÉLÈBRE DÉCLARATION DU CLERGÉ AaSEMBLB A CBARTRES. 275
Après les Parlements dévoués à la cause nationale et à l'ordre, l'Eglise gallicane parla, et aucane voix n'osa s'élever cette fois contre ses décisions.
Les prélats des diverses provinces attachés au parti royal choisirent comme représentants et déléguèrent un certain nombre d'entre eux, cardinaux, évoques, abbés, membres des chapitres, pour répondre à l'appel contenu dans l'édit du roi, et prendre, au nom de l'Eglise de France, tes décisions réclamées par les circonstances. Ces prélats s'assemblèrent d'abord à Mantes, ensuite h Chartres, et signèrent le 21 septembre une déclaration dans laquelle ils surent allier admirablement le respect filial des Sdèles pour le chef de la religion, avec les sentiments et les devoirs de Français. L'histoire doit fidèlement la reproduire pour l'instruction de tous les temps.
* Adverlis que nostre Saint Père le pape Grégoire XIV, i présent i^t, mal informé de l'eslal de ce rDjaume, aurait esté, par les pratiques et artifices des ennemis de cest ElsUt, persuadé d'envoyer quelques nionilions, suspensions, interdits, excommunications, tant contre les prélals et ecclésiastiques, que contre le:' princes, nobles et peuples de France, qui ne Touloienl adhérer i leur faction et rébellion.
■ Après avoir conféré et meurement délibéré sur le fait de ladite bulle, aTODS reconnu par l'autorilé de l'Ecriture sainte, des saints décrets et conciles généraux, constitutions canoniques, exemples des saints Pères dont l'antiquilé est pleine; droits el liberté de l'Egliu galiieane, desquels no* prtdicesseurt évéques se sont toujours prévalut et deffeadus contre pareilles enfreprisu; enfin par l'impossibililé de l'exécution de ladite bulle, pour les inconvénients infipis qui en ensuiiraienl au préjudice et ruine de nostre religion ' ;
< Les évèqued as<emblés à Cliartres comprennent que le pina sAr moyen de propager le calvinisme en France, de lui donner des adhéreiild nouveaux et plus nombreux, est de rendre le catholicisme odieux, eu le Taisant servir aux desseins ambitieux des élrangeri, des Guises, princes lorraioa, et de VEâpagnol Philippe II. L'édit favorable anx proUslanls que le roi vient de rendre, pouseË par la nécessité de ae donner de nouveaux détenseurs, est un autre avertissement pour les prélats.
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276 uv. u. CH. m. défense de la rotadtè de nsNni,
• Que lesâitt moniloires, interdictions, suspensions et e: nicatioiu, sont nuls, tant en la forme qu'en la matière, injustes #1 suggéré* par lu maiiet dtt ettnmgert ennemi* de la Fnnct, el qu'ils
'ne peuvent obliger ny nous, nj autres François catholiques estanten l'obéissance du roy.
Dont nous avons jugé estre de noire devoir et chai^ de voue advertir, comme par ces présentes (sans entendre rieo diniODer de l'bonneur et respect deu i oostre Saint PÈre), vous en advertiuiHU, le signifions et déclarons, afin que les plus infirmes d'entre vous ne soient circonvenus, abuseï ou divertii de leur debvoir envers leur roj et leurs prélats, et pour lever en cela tout scrupule de conscience aux bons catholiques et fidèles François.
* Nous réservant de représenter el faire entendre i nostre Saint Père la justice de nostre cause el nos saintes intentions, et rendre Sa Sainteté satisfaite, de laquelle nous nous devons promettre h m£me réponse que fit le pape Alexandre i l 'arche vesque de Ravaines : i Nous porterons patiemment quand vous n'obéirei i ce qui f nous aura esté, par mauvaises impressions, suggéré et persuadé, t
I Cependant nous admonestons au nom de Dieu tons ceux qui font profession d'estre chrestiens, vrais catholiques et bons François, et pareillement ceux de nostre profession, de joindre leurs twux et leurs prières aux nostres pour impétrer de sa divine bonté qu'il loi plaise illuminer le cœur de nostre roy, et le réunir k son Eglise e*tholique, apostolique et romaine, eodime il nous en a donné espérance dès son avènement à b couronne, et promis par ses déclanlions; et que nous soyons si heureux de voir l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et ce royaume, fleurir comme auparavant par une bonne et sainte paix. >
La plus grande publicité fut donnée à cette déclaration. Tous les curés et vicaires eurent ordre d'en faire afficher copie h la porte de leurs é^^ises, et de la publier aux prdnes '.
' Pour ces paragraphes, depuis le 13 février voir dans les anciennes Lois françaises, t. xv, p. 19, 21-ST, Si, S3, le tfixie d'une partie des bulles du i" mars, en rectifiant la date erronée de 1590, et en y substituant 1S91 ; le texte des deux édita du roi, de l'arrËt du parlement de Tours, de la déclaration du clergé de France. Voir dans les mémoires de la Ligue, t. iv, p. SCi9, S70, te texte de l'arrêt du parlement de Cbâions. Voir en outre P. Cajet, I. Il, p. ÏTT B, STS, 979, S8»-t9a. — Lertoile, p. se A, S7.
DE LA FltANCE. DfiS LIBERTES GALLIC&NES. 277
Les temps de révolution demandent aux citoyens, pour le salut commun, de l'extraordinaire, des prodiges. Un graad sens, une merveilleuse sagacité, une Fermeté à toute épreuve, sachant appeler des décisions de ta plus imposante autorité au droit et à la justice, éclatent dans' ces actes de l'Eglise de France et des Parlements. Il ne fallait rien mcûns que ces efforts de raison et de vertu, combinés avec le courage et la politique si fertile en ressources du prince, pour sauver le pays, eu maintenant dans un certain nombre de provinces et au centre de la France un parti national qui put regagner plus tard le terrain qu'une force supérieure et des circonstances contraires lui enlevaient maintenant. En effet, aux extrémités du royaume, l'invasion étrangère faisait chaque jour de nouveaux progrès, gagnant de proche en proche, tandis qu'une détestable cx>nspiration s'ourdissait à l'intérieur, et devait livrer à l'Espagnol tous les pouvoirs publics.
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278 UV. U. CB. IV. PROGRÈS DE l'iNVASION BTRANCEBE.