‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 69 sur 158 · CBUX-CI DÉFENDENT LE POUVOIR TEMPOREL CONTRE LE SPIRITUEL · texte numérisé non relu

CBUX-CI DÉFENDENT LE POUVOIR TEMPOREL CONTRE LE SPIRITUEL

[..a cause du roi, en présence de l'invasion étrangère et des progrès de l'Espagnol, devenait, chaque jour davantage, la cause nationale. Elle n'était pas défendue plus énergiquement, plus heureusement, par les armes de ce prince et de ses lieutenants, que par les décisions des Parlements et du Clergé royalistes. Ces deux corps, qui jusqu'à ce moment s'étaient bornés à autoriser et à soutenir la souveraineté de Henri par leur adhésion, passèrent plus avant cette année. Ils établirent fortement les principes qui, dans le champ de l'opinion comme sur le terrain du droit public, devaient tracer la limite entre l'Eglise et l'Etat, et servir de digue au pouvoir temporel contre les empiétements et les usurpations du pouvoir spirituel. C'était une application en grand des doctrines des Politiques, au moment où le pouvoir pontifical, avec l'immense autorité qu'il conservait encore, se tournait contre le trône et contre le pays ; dans un temps où passant de Sixte-Quint à Grégoire XIV, il était livré en proie à nos ennemis, et devenait à la fois un instrument docile et une machine de guerre terrible, enlre les mains de Philippe II travaillant à nous asservir. L'historique des rappràis entre la France et la cour de Rome, durant les derniers mois du pontificat de Sixte-Quint, l'exposé de la révolution survenue par la mort de ce pape dans nos relations avec le Saint-Siège, vont montrer quel danger nous menaçait, et quels moyens devaient être employés par les grands corps de l'Etat pour le conjurer.

Sixte-Quint s'était montré hostile à Henri IV lors de son avènement. Dans le but et sur l'espoir de renverser UQ prince hérétique et excommunié par lui, qu'il considérait comme un ennemi irréconciliable de l'Eglise ; d'accabler du même coup la Réforme en France et d'en débarrasser Rome ; d'accroître la puissance du Saint-Siège par l'ascendant qu'il prendrait dans les afiJEÛres de France,

206 LIV. U. CH. m. RAPPORTS ÛZ LA FRUICE ET DB L'eSPACNE

il avait hautement favorisé la royauté du vieux cardinal de Bourbon, la lieutenance— générale de Mayenne et leur avait promis l'appui de ses troupes et de ses trésors ' . Les événements avalent promptement changé les sentiments ' et la conduite du pape envers le roi et son parti. Les victoires d'Arqués et d'Ivry, les conquêtes et la prédominance sur la Ljgue qui les avaient suivies, avaient mis Henri et ses serviteurs en position que l'on comptât désormais sérieusement avec eux. Partout la conduite an roi avmt prouvé qu'il respecterait le catholicisme. Le marquis de Pîsani, ambassadeur auprès du Saint-Siège dn temps de Henri IH, resté à Rome après sa mort, avait remontré au pape que le roi avait témoigné l'intention de se faire instruire ; qu'on pouvait concevoir l'espérance de le réconcilier avec l'Eglise , pourvu qu'on n'usât pas de violence à son égard, et qu'on n'employât pas de moyens contraires à son honneur et à sa dignité ; que Sixte en se portant pour son ennemi, jetterait l'Eglise dans un schisme tout prêt àse former; qu'en effet, les princes, les seigneurs, la noblesse qui l'avaient reconnu conformément aux lois du royaume, irrités du refus que fmsait le pape de recevoir le duc de Luxembourg leur ambassadeur el de les entendre, proposaient déjà entre eux d'élire un patriarche, lequel une fois établi empêcherait à jamais l'Eglise gallicane de rentrer 30U3robéissance du Saint-Siège. Dans le temps où ces motifs d'un si grand intérêt ébranlaient le pape, les ambitieuses tentatives de Philippe II le décidaient.

■ Davila, I. ii, L m, p. I, 3. « Ces évéaemenls eugagèreot le Pape » à écrire des lettres plpines d'afièctioD au duc de Mayennn, et aox A catholiques ligués, et ie dé terminèrent à les secourir de troupes et a d'argent, afin de les aider h délivrer le uardinal de Bourbon et à « l'aflérmir xiir le tnine... I.e Pape donna eosuite au légat des lettres M de change à tirer sur les marchands de Lyon, pour la lonuoe de 1 trois cent mille écus, avec avis de les employer suivaot l'occas' M et le besoin, mais surtout de les consacrer à la dËlivrauue du c u dinal de Bourbon, u

AVEC LE SAINT-SIEGE DU TEMPS DE SIXTEHltllNT. 267

Le roi catholique, en poursuivant le protectorat de la France, avait révélé son projet de l'asservir. S'il y parvenait, sa puissance n'avait plus de bornes, et Rome, Venise, Florence, tous les Etats italiens qui défendaient encore leur indépendance contre les envahissements de l'Espagne, perdaient leur point d'appui et leurs moyens de résistance. L'objection tirée de la considération que Mayenne avait ruiné le protectorat dé Philippe IT, et cassé le conseil de l'Union dès que ce prince y avait dominé ; que par conséquent l'on pouvait aider la Ligue ^isarde et française sans servir les projets du roi catholique, et sans pousser à la roue de la fortune ; cette objection qui était de mise la veille encore de la bataille d'Ivry, n'était plus recevable le lendemain. Mayenne vaincu, sans armée, ne pouvant plus désormais tenir t«te à Henri qu'avec les troupes de l'Eupagne, devait forcément' baisser le cou sous celte force militaire étrangère ; s'as.servir lui et son parti à Philippe II ; lui abandonner dans les aSTaires du pays un ascendant aussi contraire à l'intérêt italien qu'à l'intérêt français. L'étroite connexion de ces faits n'avait pas échappé aux Vénitiens , alors les politiques les plus habiles et les plus sensés de l'Europe, et leur ambassadeur disait à Siste-Quint, au moment où l'Union réclamait son aide et ses subsides : u La Ugue » ne peut subsister d'elle-même : elle va se marier avec n le roi d'Espagne, et elle vous demande de payer sa » dot. »

Siste-Quint fixé sur la politique qu'il avait à suivre, avait résolu d'éviter avec un soin égal de perdre la France en se l'aliénant, ou de fournir à l'Espagne aucune arme pour l'envahir, et il avait dès lors réglé sa conduite en conséquence. A la demande que lui adressait Philippe II d'excommunier les Vénitiens déclarés pour Henri IV, il avait opposé un refus, et une eatente plus intime avec

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268 uv. 11. CH. m. rupture db siktb-quint avec Philippe ii.

la république de Venise. Il avait refusé également d'autoriser un impdt que h roi catholique prétendait lever sur te clei^é de tous ses royaumes et principautés, pour faire face aux frais qu'entrainaient la guerre et les intrigues de France (mars 1590). Dans ses rapporte avec la France, il avfdt repoussé les demandes d'ai^nt que lut adressait la Ligue, et ne lui avait accordé aucun des subsides qu'il lui avait promis après la mort de Henri III. n avait d'abord défendu à son légat Gaëtano d'user d'excommunication contre les princes et seigneurs du parti royal. Plus tard il avait reçu le duc de Luxembourg, fait entendre son orateur dans le consistoire, et ramené ainsi un grand nombre de cardinaux aux intérêts de Henri. Enfin il avait adressé des lettres au légat, daii^ lesquelles il lui prescrivait de traiter également avec les royalistes et avec les Ligueurs; de s'employer à ménager la paix entre les deux partis et à rejoindre le royaume divisé ; ajoutant que si son séjour à Paris s'opposait à une œuvre si sainte et si désirée, il eût h se transporter en quelque ville non suspçct«. Un violent conflit avait eu lieu alors entre le comte d'Olivarez ambassadeur de Philippe II et le pape. L'ambassadeur avait insolemment demandé au pontife trois choses : qu'il fit sortir le duc de Luxembourg de Rome ; qu'il excommuniât les cardinaux de Lenoncourt et de Vendôme, et les autres prélats français qui suivaient le parti du roi de Navarre ; qu'il s'obhgeàt par serment à n'admettre jamais ce prince à la couronne de France, quelque soumission et quelque repentance qu'il put témoigner. Le pape ayant rejeté bien loin ces demandes, l'ambassadeur lui avait déclaré au nom de son maître que dés ce moment il ne le reconnaissait plus pour vicaire de Jésus-Christ en terre, et qu'il travaillerait à le faire déposer par un concile desévéques de ses royaumes: il l'avEÙt menacé deluifairelaguerre, et joignant les effets

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■ORT DE SIXTE-QUINT. PURBUBS 1X9 LIGUEtlBS CONTRE CE PAPE. 269

à la menace, il s'était cODcerté avec le vice-roi de Naples pour conduire trois mille soldats sur les terres de l'Église. Le pape avait répondu en envoyant des troupes couvrir ses villes firontières, en resserrant ses alliances avec les États italiens pour la défense commune, en protestant qu'il saurait bien empêcher les rois, queb qu'ils fussent, de se mêler des affaires de la religion, et en ajoutant que pour l'empêcher il y mettrait au besoin sa vie. Décidé à soustraire le Saint-Siège à une servitude si intolérable que le - pape avait tout à craindre dès qu'il refusait de servir l'ambition eties fureurs des rois d'Espagne, il avait formé le projet de leur enlever le royaume de Naples, au moment de la mort de Philippe II : à cette entreprise il avait destiné les cinq millions d'or qu'il avait amassés du patrimoine de Saint-Pierre, et l'alliance de la France qu'il travaillait plus que jamais à pacifier. Son légat Gaëtano ayant désobéi <i ses injonctions, et tardé à quitter le parti de la Ligne, il avait, au mois de juin, annoncé l'intention non seulement de le rappeler, mais même de lui faire trancher la tête, s'il persistait à trahir son mandat. Peu après le pape avait succombé lui-même à une rapide maladie, le 27 août 1590. Ce fut alors le bruit commun en Europe que Philippe IT s'était défait de Sixte-Quint par le poison, comme il s'était débarrassé du prince d'Orange par un assassinat. La nouvelle de cette mort arriva à Paris le 15 septembre. Le curé de Saint-André l'annouça en chaire a comme un des grands biens et miran clés, avec celui du siège de Paris, que Dieu avoit faits » entre les deux Notre-Dames ; usant de ces mots ; que )' Dieu nous avoit délivrés d'un meschant pape etpoliti- » que; lequel, s'il eust vescu plus longuement, on eust » esté bien étonné d'oulr prescher à Paris contre le pape, » el toute fois qu'il l'eust fallu faire '. » Philippe II avait > Pour lee deux paragraphes qui précèdent, vo;ei : Thuanus,

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tTO UT. U. CH. UI. GRÉGOIBB UV HOBTtLE AU ROI BT A LA FHUKX.

menacé le pape de la guerre et de la dépoâtion, et peutilre l'avail fait périr, dès qu'il l'avait trouvé rebelle à ees ambitieux et iniques desseins. Maintenant telle était l'oraison funèbre que le clergé ligueur faisait au successeur de saint Pierre. Voilà quel était le 'catholicisme de ceux qui se. donnaient pour les catholiques par excellence.

Après la mort de Sixté-Quint, Philippe, par les intrigues, l'argent, rintimidation, se rendit si pleinement maître du consistoire, que ses agents écrivaient aux cardinaux : « Sa Majesté ne veut pas qu'un tel soit pape; nlle - » consent qu'un tel le soit : elle veut qu'un tel obtienne 1 cette dignité. » Au pontiticat éphémère d'Urbain VIÎ, succéda celui de Grégoire XIV, le 5 décembre 159Q. Le nouveau pape, créature des Espagnols et entièrement dévoué à leurs intérêts, se déclara hautement contre Henri IV, et l'attaqua à la fois avec les excommunications et les armées '.

Le 12 février 1591, le jour même où une garnison es-

I. scïlll, § 7, 11, H, n, t. lï, p. 8(1, 851, ^5, 860; 1. c, t. t. — P. Cayet, 1. il, p. i3\ Î8B, S77 II, 178. — Méieray, l. m, p. 781, 781, 783. — Sur la politique de Sixte-Quint et sur bod union avec les VéuiiieiiB » raiiil>as«adeur de Venise reprë^entolt au Pape l'accrois » semeut formidable de la puiesance d'Espagne. Le Pape craignit » d'aggrandir |>ar dessus sa teste la puissance da monde qu'il redoutoîl a te plus... la, république de Venise donna ordre secret à Bodoare I' son ambassadeur, d'encourager le Pape, de louer sa rèsolutiou et B de la fortifier par aes conseils el par Us offres dt toutes sortes d'as- » sitfonte. n — Sur la mort du pape : « Geste mort (de Siite-Quint), i> advenue assez subitement, car il ne fut que deux jouis malade, ne 1' fut sans soupçon de poizon. Quelques-uns ont dit qu'il fut empoiu zonné en oirvrant nue lettre venant d'Es|iagnp : d'autres d'une aun tre façon. » — M. Hurault, deuTiéme discours, fol, 103 verso; oSLit*-- « Quint' commença, sur la fin de ses jours, à devenir un peu plus B doux, et à escoutcr la raison : aussi ne dura-t-il guéresjiprès. u — Pour les autres détails, voir Du Plessis, Mfm., t. iv, p. t6B, 467. — Lestolle, régis. Joum. de Henri IV, p. 34 B.

' P. CayetjJ. u, p. ïB6 B : b Su magestad no qiiiere que N sea papa: a se holgarà que N le sea : quiere que S lo tenga. « Voir de plus P. Cayet, I. U, p. 365 B.

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SES BULLES MOHlTORtALBS. ARIIBe QU'IL DIRIGE COHTRB LA FRANCE. 871

pagnole entrait dans Paris, le pape fît une véritable déclaration de guerre à Henri et à tout le parti royal, par un bref qu'il adressa à son nonce, le cardinal de Plaisance, et qui ne tarda pas à être publié dans le royaume. Le 1" mars, il donna à Rome deux bulles monitoriales, cootenant trois parties principales. Le roi était frappé de nouvelles censures, excommunié, décbu de ses royaumes et seigneuries comme hérétique et relaps. Les archevêques, évêques et autres ecclésiastiques, suivant son parti, étaient excommuniés et privés de leurs bénéfices, si dans quinze jours ils ne se retinûent de l'obéissance et de la suite de Henri de Bourbon. Enfin, la Noblesse, les Parlements, le Tiers-état, étaient sommés d'en faire autant, s'ils ne voidaient encourir l'indignation et les sévérités du pape. Un nouveau nonce, Landriano, fut envoyé en France pour répandre, dans les diverses villes du royaume, ces bulles, qui furent affichées le 3 juin aux portes de Notre- Dame.

En même temps, pour justifier les paroles dans lesquelles il annonçait qu'il fournirait à la Ligue et aux ennemis de Henri les secours spirituels, temporels et même militaires, Grégoire XIV employait les trésors amassés par Sixie-Quint à lever, en Suisse et dans le Milanez, (lès le commencement de mai, une année de neuf mille hommes, qui devait entrer en France, Si l'autorité exercée par le pape sur tous les ordres, mais principalement sur le clergé, les détachait de la cause du roi; si l'armée pontificale venait se joindre à la grande coalition des Ligueurs, des Lorrains, des Savoyards, des Espagnols, le pape, selon toute apparence, disposait alors plus littéralement du trône de France qu'il n'avait disposé des couronnes à aucune époque du moyen-àge. Le danger était immense.

Les Parlements avaient à sauver le parti du roi d'une

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